Du Moyen Âge à l’intronisation de Charles : une étude éclaire les mystères de la Pierre du Destin

La Pietra del Destino présente à une cérémonie pour le Roi Charles. Crédit : Getty

Un récent examen met en lumière l’histoire fascinante de la Pietra del Destino, un symbole puissant pour la monarchie britannique. Sa présence lors de cérémonies royales, et les événements entourant son vol et sa restitution, soulèvent des questions sur son importance historique et sur les morceaux éparpillés à travers le monde.

La Pietra del Destino présente à une cérémonie pour le Roi Charles. Crédit : Getty

La Pietra del Destino présente à une cérémonie pour le Roi Charles. Crédit : Getty

Un nouveau study examine le sort des fragments de la Pietra de Scone ou Pietra du Destin, un objet essentiel lié à l’intronisation des monarques britanniques. Son rôle lors de l’intronisation de Roi Charles III d’Angleterre en mai 2023 à l’Abbaye de Westminster en témoigne. Ce symbole royal trouve ses origines au Moyen Âge, servant à couronner les rois d’Écosse. En 1296, elle fut prise comme un “trophée de guerre” par Roi Édouard I d’Angleterre, intégrée à la “Coronation Chair” à Westminster, et devint ainsi essentielle pour les intronisations anglaises (et britanniques).

Cette pierre a joué ce rôle pendant plusieurs siècles, se transformant en un trésor chargé de significations au cœur de l’abbaye, jusqu’à Noël 1950, lorsqu’un groupe d’étudiants nationalistes écossais mené par Ian Hamilton a décidé de la ramener chez eux, réparant une injustice vieille de presque 800 ans. Le bloc de grès rouge, pesant environ 150 kilogrammes et équipé de deux anneaux de fer, s’est cependant brisé en deux morceaux lors du transport. Ce vol provoqua une telle agitation qu’il entraîna la fermeture des frontières entre l’Angleterre et l’Écosse pendant un certain temps, un fait inédit depuis des siècles.

Un an après le vol, alors que l’intronisation de la Reine Elizabeth II approchait, le groupe qui avait volé la pierre – cachée initialement dans le Kent – décida de la faire réparer et de la restituer à l’abbaye pour la cérémonie. Le maçon Edward Manley, effectuant des réparations assez sommaires, produisit plusieurs fragments de l’artefact historique. On estime qu’il y en avait plus de 30, envoyés à diverses destinations dans le monde, selon le souhait de Gray de les faire parvenir sur tous les continents.

La Pietra del Destino exposée au musée de Perth en Australie en 2024

La Pietra du Destin exposée au musée de Perth en Australie en 2024

Le nouveau study de la professeure Sally Foster s’est penché sur le destin des morceaux de la Pietra du Destin, retrouvés chez de nombreuses personnes, bien que les preuves soient parfois peu convaincantes. Certains fragments demeurent manquants. La majorité des morceaux a été distribuée à des amis et parents du politicien Gray, qui les avait soigneusement catalogués. L’un d’eux a été offert à Ian Hamilton, qui l’a intégré dans une broche en argent pour sa femme Sheila. Un autre fragment se trouve entre les mains d’une touriste australienne, Catherine Milne, qui l’a légué au Musée du Queensland après son décès. Un morceau est même arrivé chez l’ex-premier ministre écossais Alex Salmond, qui le conservait dans une vitrine à la bibliothèque du Scottish National Party (SNP). Un autre fragment a été intégré dans une voiture royale, fixé sous les sièges. D’autres morceaux demeurent dans des collections privées de connaissances de Gray, mais certains restent introuvables, incitant la professeure Foster à poursuivre ses recherches jusqu’à les retrouver tous.

Fait intéressant, en 1996, la Couronne britannique a confié la gestion de la Pietra du Destin aux Commissaires Écossais, la rapatriant en Écosse avec la condition d’être transférée à l’Abbaye de Westminster pour chaque nouvelle intronisation royale, comme c’était le cas pour le Roi Charles III. Non seulement elle a été présente à l’intronisation de mai 2023, mais a également été exposée au Château d’Édimbourg avec les joyaux de la Couronne lors d’une cérémonie honorant le nouveau roi et sa consort en novembre. Des nationalistes ont attaqué la vitrine de la pierre, témoignant que l’histoire de cet objet, près de 800 ans après le « vol » initial d’Édouard I, reste source de tensions politiques. L’histoire de ses fragments est relatée en détail dans l’article “Life in pieces: lessons in the value of fragments from the secret lives of the stone of scone/destiny” publié dans la revue scientifique The Antiquaries Journal.