Une plateforme obscène révèle un côté troublant de la technologie moderne. Les vidéos de « Cum Tribute » circulent, exploitant les visages de femmes, allant des célébrités aux inconnues. L’intelligence artificielle facilite ce phénomène, transformant des images en outils de déshumanisation et d’humiliation.

Une page à fond noir, des écritures fluorescentes et d’innombrables listes de vidéos en avant-première. Certains titres mentionnent des noms d’actrices et d’influenceuses italiennes, d’autres de personnes ordinaires. En haut de la page, on lit “Cum Tribute Italia”. Ces tributs sont des vidéos d’hommes se masturbant sur des photos de femmes, qu’elles soient imprimées ou affichées sur des écrans d’iPad ou de smartphones. Le principe est simple : souiller l’image d’une femme, puis la partager avec fierté. Ce phénomène existe depuis plusieurs années, et la pornographie de haine est aussi vieille qu’Internet. Mais aujourd’hui, l’intelligence artificielle facilite considérablement ce processus, le rendant plus réaliste et humiliant.
Auparavant, les photos des Cum Tribute étaient dérobées sur les réseaux sociaux, mais grâce aux logiciels d’IA, il est maintenant possible de dénuder une femme en un clic, donnant naissance à des deepnudes qui alimentent le marché des Cum Tribute. Sur le site que nous avons exploré, nous avons découvert des photos et vidéos de femmes italiennes. On y trouve des images d’actrices, de politiques, d’artistes, mais aussi des photos d’influenceuses moins connues et de femmes ordinaires : « Ces vidéos de ma collègue, je les rêve. On la dénude ? », peut-on lire dans les commentaires. « Je veux ça sur le visage de ma sœur ». Les utilisateurs réclament régulièrement de nouvelles femmes à « tributer », en écrivant des noms et prénoms dans les commentaires.
Ce que nous avons observé n’est pas une simple dérive pornographique, mais une forme de violence numérique organisée. Autrefois, il fallait voler des photos, aujourd’hui, un algorithme suffit : un clic, et l’intelligence artificielle déshabille n’importe qui, transformant un visage ordinaire en corps nu prêt à l’humiliation.
Ce que nous avons trouvé dans le forum des tributs
La section du forum que nous avons visitée fait partie d’une plateforme pornographique. Ici, les utilisateurs ne partagent pas seulement leurs vidéos, mais ont créé une communauté : ils commentent, demandent de nouveaux sujets à “tributer”, échangent des liens et des conseils pour trouver du « matériel ». Certaines photos proviennent de réseaux sociaux, mais la majorité sont des images modifiées avec des logiciels de deepnude. Par exemple, nous avons trouvé des vidéos TikTok où la personne, habillée dans la clip originale, apparaît nue sur le forum.
Certaines clips comptabilisent jusqu’à 80 000 vues. Les catégories incluent « italiennes », « teen » et « photos Instagram ». La page promeut également des bots pour générer des deepnudes. « Créez aussi le video avec l’IA de votre voisine, amie ou toute personne souhaitée« , indique-t-on, avec un lien vers un logiciel.
Dans les commentaires, certains décrivent ce qu’ils aimeraient faire aux victimes, d’autres jugent la qualité des vidéos. « Génial, je veux encore la voir humiliée« . « Super qualité, tributons-la aussi ? ». « Comment faire cela avec ma cousine ?« . Ce ne sont que quelques exemples des commentaires que nous avons lus. Le forum est un catalogue d’humiliation, où la violence numérique est célébrée comme un jeu collectif, et la femme représentée devient un objet de désir et de domination.
Pornographie de haine 2.0 : comment l’IA amplifie la violence digitale
Les Cum Tribute sont présents sur différentes plateformes, même des sites renommés comme Pornhub ont une section dédiée. Cependant, l’IA – comme nous l’avons vu dans le forum exploré – permet de créer des images sur mesure, perpétuant ainsi le phénomène. C’est une chose de le faire avec des stars du porno consentantes, une autre avec des femmes non informées, et encore pire si les victimes sont dénudées et sexualisées en un clic.
Les experts en culture numérique qualifient ce phénomène de « pornographie de haine« . La première vague est apparue au début des années 2000, avec des forums dédiés au partage de photos d’ex-petites amies. Viennent ensuite les sites consacrés à la “revenge porn”, et maintenant, l’ère de l’IA a ouvert un nouveau chapitre : celui des deepfakes non consensuels.
Nous avons déjà évoqué sur Netcost-security.fr les forums misogynes où les femmes sont dénudées en un clic. La page Cum Tribute suit cette logique. Elle exploite la technologie pour perpétuer une violence enracinée sur le web. Avec l’intelligence artificielle, le corps devient matière première manipulable à l’infini, prête à être partagée et « tributée » sans limites. Les victimes ne le savent pas, mais leurs images sont consommées, commentées, et revendues comme si elles étaient un produit. La technologie n’a pas engendré ce problème, elle l’a juste rendu plus rapide, plus accessible et plus brutal.
