L’arnaque des blogueurs food à Rome, dîners gratuits en échange de vidéos : « Le marché est drogué »

L'arnaque Des Blogueurs Food à Rome, Dîners Gratuits En échange

L’avocat Massimiliano Dona est le président de l’Union nationale des consommateurs. Il a expliqué à Netcost-security.fr comment fonctionne le marché du parrainage pour les restaurants : « Ne pas signaler une annonce peut vous coûter cher, jusqu’à cinq millions d’euros »

Selon le mythe, les détracteurs du Guide Michelin ne s’identifient jamais. Ils cachent leur identité, se tiennent à l’écart des interviews et des podiums, ils ne s’annoncent pas, ils ne s’exposent pas et surtout ils paient toujours l’addition de ce qu’ils mangent. Un label nécessaire pour maintenir la crédibilité de leurs avis. Une étiquette qui semble un peu éloignée des témoignages qui mettent au jour le marché des blogueurs culinaires à Rome. Un système qui pourrait aussi être étendu à d’autres villes.

Tout a commencé avec une série de vidéos du youtubeur Franchino Er Criminale. 44 ans, Roman, 200 000 abonnés sur sa chaîne YouTube, lui aussi s’occupe de critiques culinaires. La nourriture qu’il montre dans la vidéo est principalement de la nourriture de rue, des sandwichs aux plats à emporter. Parfois, il s’oriente aussi vers les pizzas et les sushis. Depuis quelques jours, il commence à publier des vidéos dans lesquelles il répudie les critiques faites par des créateurs plus ou moins connus dans les clubs de la capitale. Les critiques qui, selon lui, ont clairement été payées. De cette façon, le contenu publicitaire est transmis au public comme s’il s’agissait d’un avis authentique.

De plus, il y aurait une liste de prix et une série d’agences qui font la médiation entre les créateurs et les restaurants. Le journal La Repubblica a également publié les chiffres : de 70 euros pour un contenu unique à 1 400 pour une collaboration de longue durée. Tous sont passés pour des critiques spontanées. Une pratique qui est illégale et qui conduit les followers à ne plus faire confiance à leurs créateurs, comme l’a expliqué à Netcost-security.fr l’avocat Massimiliano Dona, président de l’Union nationale des consommateurs.

Quelle est la différence entre avis et parrainage ?

Les avis sont du contenu qu’un client publie après avoir utilisé un produit ou un service. Les parrainages, quant à eux, sont des publicités payées en espèces ou en nature. Afin de se comprendre. Si un restaurateur offre un dîner ou obtient une remise substantielle sur l’addition, on parle alors de parrainage. Même si aucune indemnité n’est versée.

Comment les parrainages sont-ils signalés ?

Les méthodes sont variées, il suffit de les préciser. Tout d’abord il y a les hashtags, par exemple si un produit ou service est offert en cadeau il y a des hashtags comme #supplied ou #gifted. Si des frais sont payés à la place, #adv ou #ad est utilisé.

On dit que les détracteurs du Guide Michelin paient toujours la note.

Pas seulement. Les détracteurs du guide Michelin paient la note et signalent anonymement. Et cela suffit déjà pour comprendre la différence entre les avis professionnels et ceux faits par les créateurs au centre des affaires dont on parle ces jours-ci. Si, même juste au moment de la réservation, j’annonce que j’ai des centaines de milliers de followers, il est normal que le service se gâte en amont. Ensuite, il y a aussi la question du professionnalisme. Quelles sont les compétences de ces créateurs ? Quels sont les paramètres d’évaluation ? Ici nous sommes dans le domaine de la communication publicitaire.

Ce sont souvent les commerçants qui font appel à ces créateurs.

Il y a aussi une grande responsabilité de leur part. Il y a ceux qui recherchent de la publicité à bas prix, il y a les créateurs qui ne demandent pas de rémunération mais se contentent d’un dîner. Et donc ce marché de la drogue est créé, ce qui a permis à certains profiteurs de passer peut-être des semaines entières à dîner seuls.

Quels sont les effets pour le consommateur ?

Le consommateur ne sait plus qui croire. De plus, un créateur qui ne déclare pas la publicité qu’il fait pose non seulement un problème avec la confiance accordée par les utilisateurs mais aussi avec l’Antitrust.

De quelles sanctions parle-t-on ?

Dans les cas les plus graves, elle peut même atteindre cinq millions d’euros, mais ce n’est pas le genre d’amende que pourrait encourir un créateur qui s’occupe de nourriture. Ensuite, il y a une étape à franchir. Ces bénéfices ne concernent pas que le restaurateur et le créateur. La relation est quintuple : il y a le restaurateur en quête de publicité, l’agence à laquelle il postule, l’agence du créateur, le créateur puis la plateforme sur laquelle sont postés les contenus. Et l’Antitrust doit comprendre qui est responsable.