Et si votre médecin vous prescrivait de l’exercice plutôt que des médicaments

Et si votre médecin vous prescrivait de l’exercice plutôt que des médicaments

La recommandation de faire de l’exercice est courante en clinique. Un article de la revue Brain Health propose de la repenser. Les auteurs plaident pour une prescription médicale individualisée de l’activité physique, sur le modèle d’un traitement, pour protéger et améliorer la santé cérébrale.

Un nouvel article d’opinion paru dans la revue Brain Health soutient que l’activité physique doit être considérée comme un soin structuré et individualisé pour la santé du cerveau, et non comme un simple conseil donné en fin de consultation.

Personnes pratiquant une activité physique

« Faites un peu d’exercice » est l’une des recommandations les plus fréquentes en médecine. Pourtant, selon un article publié dans la revue scientifique Brain Health, celle-ci est souvent formulée de manière trop vague. Les auteurs, Carl Zhou et Nicholas Fabiano du Département de Psychiatrie de l’Université d’Ottawa, et Stanley Wong de l’Université de Toronto, estiment que l’exercice devrait être prescrit comme un médicament. Leur analyse s’appuie sur des essais cliniques randomisés, des méta-analyses et des études de cohorte. Elle définit la santé cérébrale comme le maintien des fonctions cognitives, émotionnelles, comportementales et sociales tout au long de la vie.

Comment l’exercice agit sur le cerveau

Le fonctionnement cérébral dépend de vaisseaux sanguins sains, d’un métabolisme équilibré, d’une inflammation contrôlée et de la neuroplasticité. L’exercice physique influence chacun de ces facteurs.

Un des modèles présentés est l’axe muscle-cerveau. Selon ce concept, la contraction des muscles squelettiques libère des molécules de signalisation appelées myokines. Celles-ci interagissent avec des voies métaboliques, inflammatoires, neuroendocrines et neurotrophiques liées à l’humeur et à la cognition. L’article précise qu’il s’agit d’un modèle parmi d’autres, car le sommeil, le risque vasculaire et des facteurs psychologiques comme le sentiment de compétence ou de connexion sociale jouent également un rôle.

Historiquement, l’article cite un essai randomisé de 2011 mené par Erickson et ses collègues chez des personnes âgées. L’exercice aérobique a augmenté le volume de la région antérieure de l’hippocampe, une zone cruciale pour la mémoire, et a amélioré les performances mnésiques. Les auteurs rappellent cependant qu’une partie des preuves associant l’activité physique à une meilleure cognition et à un vieillissement cérébral ralenti reste observationnelle et doit être interprétée avec cette limite.

Schéma illustrant l'axe muscle-cerveau
L’axe muscle-cerveau. L’activité physique amène le muscle squelettique à libérer des myokines et d’autres signaux influençant les voies métaboliques, inflammatoires, neuroendocrines et neurotrophiques liées à l’humeur et à la cognition. Crédit : Julio Licinio, via EurekAlert

Les domaines où les preuves sont les plus solides

C’est dans le domaine de la santé mentale que la synthèse offre les conclusions les plus robustes. Les données d’essais randomisés et de méta-analyses montrent que les interventions basées sur l’activité physique peuvent réduire les symptômes dépressifs, l’anxiété, la détresse psychologique et les risques liés au suicide. Une méta-analyse en réseau publiée en 2024 conclut que la marche, la course, le yoga et la musculation atténuent les symptômes de la dépression, avec des effets généralement plus marqués à intensité élevée.

Des analyses dose-réponse indiquent par ailleurs qu’un bénéfice existe même en deçà des recommandations officielles. Environ la moitié du volume préconisé pour la santé publique, soit approximativement 75 minutes par semaine d’activité modérée, apporte déjà un avantage.

Concernant le vieillissement, l’activité physique est associée à un risque moindre de déclin cognitif, de démence toutes causes confondues et de maladie d’Alzheimer. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) l’inclut d’ailleurs dans ses recommandations pour réduire le risque de démence. Les auteurs soulignent à nouveau que le caractère observationnel de ces études limite les conclusions de cause à effet.

Personne faisant du sport

Schizophrénie et « mimétiques de l’exercice »

L’article accorde une attention particulière aux personnes atteintes de schizophrénie ou d’autres troubles mentaux graves. Ce groupe présente des taux élevés de sédentarité, de maladies cardiométaboliques et de mortalité précoce, en partie à cause de handicaps sociaux et d’effets secondaires des médicaments.

Les preuves méta-analytiques suggèrent que l’exercice aérobique pourrait améliorer la cognition globale dans la schizophrénie, avec des bénéfices possibles sur la mémoire de travail, l’attention et la cognition sociale. Ce point est important car la plupart des traitements disponibles ont peu d’impact sur ces fonctions. Stanley Wong met en garde : ces résultats reposent sur un nombre limité de petits essais, et des études de plus grande envergure sont nécessaires.

Pour les personnes incapables de bouger suffisamment, le modèle de l’axe muscle-cerveau a suscité l’intérêt pour les mimétiques de l’exercice. Ces agents pourraient en théorie reproduire certains effets moléculaires de l’activité physique. Les auteurs précisent qu’ils seraient un complément pour les personnes confrontées à d’importantes barrières au mouvement, et jamais un substitut à une activité physique sûre et accessible.

Personne âgée utilisant un appareil de sport à domicile

Comment rédiger la « prescription »

Pour les adultes, l’OMS recommande entre 150 et 300 minutes d’activité aérobique d’intensité modérée par semaine, ou entre 75 et 150 minutes d’activité vigoureuse. À cela s’ajoutent des exercices de renforcement musculaire au moins deux jours par semaine.

Selon les auteurs, la prescription médicale doit préciser les éléments suivants :

  • Le type d’activité ;
  • La fréquence ;
  • L’intensité ;
  • La durée ;
  • Les questions de sécurité ;
  • Le plan de suivi.

Une fragilité, des symptômes cardiaques ou respiratoires instables, ou des chutes récentes peuvent nécessiter une évaluation médicale, une supervision ou un arrêt temporaire. Pour la majorité des patients, les chercheurs préconisent une progression graduelle, en commençant modestement.

Comme la dépression réduit l’énergie et la motivation, la première étape peut être minime : une marche de cinq minutes, des exercices sur chaise, un groupe supervisé ou une activité déjà intégrée au quotidien comme promener le chien. Pour Nicholas Fabiano, le point de départ n’a pas besoin d’être spectaculaire, mais seulement réalisable. De petits succès répétés renforcent l’auto-efficacité et l’habitude.

Selon l’article, les cliniciens peuvent évaluer l’activité physique de leurs patients lors des consultations de routine, collaborer avec les soins primaires et la kinésithérapie, et orienter vers des programmes communautaires.

Les auteurs avertissent cependant : prescrire de l’exercice sans résoudre la question de l’accès peut aggraver les inégalités. Ils proposent donc des programmes communautaires financés, une aide au transport et des partenariats avec des centres récréatifs et communautaires.

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Et si l’exercice physique était remboursé ?

Bien que l’article n’aborde pas directement le financement, la proposition des auteurs pourrait avoir des implications dépassant la santé cérébrale. Si l’exercice est considéré comme une intervention thérapeutique prescrite et suivie par des professionnels de santé, cela pourrait ouvrir la voie à sa prise en charge par les systèmes de santé publics et les assureurs. Les auteurs défendent d’ailleurs des programmes communautaires financés et une aide au transport pour garantir l’accès.

Une prescription médicale pourrait ainsi donner accès à des programmes d’exercice supervisé à coût réduit, voire entièrement pris en charge par des organismes financeurs. Cela rendrait l’activité physique plus accessible, surtout pour les personnes atteintes de maladies chroniques ou nécessitant un accompagnement spécialisé.

Au Portugal, le Décret n° 8932/2017 identifie le Service National de Santé (SNS) comme un facilitateur de la promotion de l’activité physique. Il lui attribue la fonction d’intégrer ce déterminant de santé. La Direction Générale de la Santé (DGS) maintient le Programme National pour la Promotion de l’Activité Physique, qui cherche à intégrer l’exercice dans la pratique clinique.

Prescrire de l’exercice ne signifie pas automatiquement son remboursement. Pour cela, il faudrait établir des règles de financement, définir les programmes éligibles et garantir un suivi par des professionnels qualifiés.