Les phalènes se nourrissent des larmes des élan : des photos incroyables prises aux États-Unis

Des papillons qui sucent les sécrétions lacrymales des yeux d'un élan mâle. Crédit : Vermont Department of Fish and Wildlife

Des chercheurs ont découvert un comportement rare chez certaines papillons qui se nourrissent des larmes d’un élan, une première au-delà des tropiques. Cette interaction surprenante remet en question notre compréhension des relations entre espèces et pourrait avoir des implications pour la conservation des grands mammifères.

Des papillons qui sucent les sécrétions lacrymales des yeux d'un élan mâle. Crédit : Vermont Department of Fish and Wildlife

Des papillons qui sucent les sécrétions lacrymales des yeux d’un élan mâle. Crédit : Vermont Department of Fish and Wildlife

Aux États-Unis, des chercheurs ont observé des papillons se nourrissant des larmes d’un élan mâle (Alces americanus americanus), le plus grand cervidé du monde, mesurant plus de 2,30 mètres au garrot et pesant plus de 800 kilogrammes. Cette interaction rare n’avait été documentée qu’une fois en dehors des régions tropicales. Le premier cas connu en dehors des zones tropicales concernait un papillon de la espèce Euchlaena pectinaria, observé en train de consommer les sécrétions lacrymales d’un cheval en Arkansas, toujours aux États-Unis. Le comportement de lacrifagia concerne une espèce non identifiée de lépidoptère, que les chercheurs pensent appartenir à la famille des Geometridae, observée dans la forêt nationale de Green Mountain, une vaste forêt tempérée de feuillus au Vermont, dans le Nord-Est des USA.

Lacrifagia sur un crocodile. Crédit : iStock

Lacrifagia sur un crocodile. Crédit :

Dans les régions tropicales, la lacrifagia – ce terme désignant la consommation de larmes – a été observée à plusieurs reprises par des chercheurs, documentaristes et photographes naturalistes. Les lépidoptères ont été vus se nourrissant des sécrétions lacrymales de divers vertébrés tels que les mammifères, reptiles et oiseaux. Parmi les animaux concernés figurent des équidés et des bovins, mais ce comportement a également été observé chez des éléphants, des tortues, des crocodiles et bien d’autres (principalement en captivité). On pense qu’il s’agit d’un adaptation évoluée pour compléter les nutriments issus de leur alimentation de base, généralement liée au nectar liquide des fleurs. Les papillons et les papillons succombent au nectar par un organe buccal en forme de trompe appelé proboscis. Cet organe peut être prolongé et utilisé comme une véritable paille (comme le montre ces photos d’un sphinx du gaillet, un papillon souvent confondu avec un colibri en Italie, bien que ces oiseaux soient absents d’Europe). En plus du nectar, les lépidoptères peuvent consommer des fluides provenant de cadavres, du sol, des excréments et même de la sueur humaine, toujours dans le but d’intégrer sels minéraux et autres substances que les plantes ne peuvent fournir (ce comportement est connu sous le nom de “puddling”).

Des papillons qui sucent les sécrétions lacrymales des yeux d'un élan mâle. Crédit : Vermont Department of Fish and Wildlife

Des papillons qui sucent les sécrétions lacrymales des yeux d’un élan mâle. Crédit : Vermont Department of Fish and Wildlife

Une équipe de recherche a décrit et documenté la succion des larmes d’élan aux États-Unis. Les chercheurs ont collaboré étroitement avec les collègues du département de la pêche et de la faune et du service géologique des États-Unis. Leur découverte a été possible grâce à une phototrappola installée dans la réserve naturelle. Les interactions entre l’élan mâle et les papillons ont été documentées par 80 photographies prises entre 01:44 et 01:48, soit au cœur de la nuit, le 19 juin 2024. Pour comprendre la rareté de ce phénomène, cela représente les seules observations de lacrifagia au milieu des 250.000 images d’élans capturées dans le Maine, le Massachusetts, le New Hampshire et le Vermont (dans 500 zones d’étude différentes).

Les chercheurs notent que les lépidoptères des zones tempérées préfèrent la consommation de sodium pour leurs nutriments de base, tandis qu’aux tropiques, “ils pourraient privilégier les protéines”. Il existe une espèce de papillons strictement lacrifages – nommée Lobocraspis griseifusa – capable de digérer les protéines présentes dans les larmes. On ne sait pas quelle substance les papillons recherchent en s’alimentant des larmes d’élan. Les chercheurs estiment que ce comportement pourrait avoir des effets néfastes possibles sur ces grands mammifères, tels que le risque de conjonctivite. Il n’est cependant pas prouvé que ces papillons géométrides puissent être des vecteurs de pathogènes ou causer des inflammations dues à la sécheresse oculaire. Ce qui est certain, c’est qu’une telle condition rendrait les élans plus vulnérables à la prédation par des loups, ours, pumas et autres prédateurs. Fait intéressant, les orques figurent également parmi les prédateurs des élans, pouvant les attaquer lors de leur traversée à la nage entre différentes îles. Les détails de cette nouvelle recherche, intitulée “Observations de la consommation de larmes par les lépidoptères sur les élans (Alces americanus americanus) dans le nord-est de l’Amérique du Nord”, ont été publiés dans la revue scientifique Ecosphere.