La comète interstellaire 3I/ATLAS suscite un intérêt croissant parmi les scientifiques et les médias. Cette comète, dont la vitesse impressionnante et les caractéristiques atypiques défient les normes des comètes solaires, ouvre un débat captivant sur sa nature et ses origines. Les avis divergent, et les hypothèses continuent de se multiplier.

La comète interstellaire 3I/ATLAS photographiée dans le ciel du Nouveau-Mexique. Crédit : Satoru Murata / ICQ Comet Observations
Découverte le 1er juillet de cette année, l’objet interstellaire 3I/ATLAS est surveillé de près par des scientifiques. Cet événement attire les regards, car il s’agit seulement du troisième « visiteur » en provenance d’autres systèmes stellaires, après 1I/’Oumuamua et 2I/Borisov. Si les caractéristiques scientifiques de cette comète suscitent l’intérêt, les théories controversées du professeur Abraham Avi Loeb sur ses anomalies sont, elles, au cœur de nombreuses discussions.
Pour résumer, le professeur de l’Université de Harvard affirme que ses traits, tels que les jets, la trajectoire, la composition, et bien d’autres, semblent incompatibles avec ceux d’une comète naturelle, suggérant qu’il pourrait s’agir d’un objet de nature artificielle, tel qu’une astronave. Malgré l’enthousiasme médiatique entourant cette hypothèse, la grande majorité de la communauté scientifique reste convaincue que 3I/ATLAS est simplement une comète interstellaire. Pour obtenir davantage d’éclaircissements, Netcost-security.fr a interrogé un expert en astrophysique. Voici ses commentaires.
Qu’est-ce qui rend cette comète interstellaire si particulière et quelles sont ses caractéristiques uniques comparées aux comètes habituelles du système solaire?
C’est la troisième comète interstellaire découverte. Pourquoi est-elle qualifiée d’interstellaire? Elle arrive à une vitesse incroyable, de 250 000 kilomètres à l’heure. Cela dépasse de loin les vitesses des comètes habituelles du système solaire, mais aussi celles des deux autres déjà identifiées. 1I/’Oumuamua est passée en 2017, et 2I/Borisov en 2019. Ces comètes sont rares; il est improbable qu’une comète errante se dirige vers notre direction après avoir voyagé durant des milliards d’années.
Il s’agit de comètes qui n’orbite pas autour du Soleil, donc, contrairement aux comètes normales que nous observons souvent, celles-ci proviennent d’ailleurs. Elles ont flotté sans approcher d’étoiles pendant des millions, voire des milliards d’années, puis se rapprochent du Soleil. Leur origine, bien éloignée de notre petit système solaire, suscite un grand intérêt. Les comètes que nous rencontrons d’habitude sont aussi vieilles que notre système solaire, soit environ 5 milliards d’années. Les comètes interstellaires peuvent être bien plus anciennes. Elles offrent une perspective inédite sur l’étude des comètes.
Avis sur les théories controversées, notamment celles du professeur Loeb, qui considère qu’il pourrait s’agir d’un artefact artificiel?
Pour moi, c’est tout simplement une comète, semblable aux autres. C’est une fragile sphère de glace errante. Elle se distingue juste par son origine lointaine, mais pour le reste, aucun expert en comètes ne penserait qu’elle a une origine naturelle. Chaque comète est unique. Je respecte le professeur Loeb en tant que grand astrophysicien, mais ce n’est pas un spécialiste des comètes. Bien sûr, il est bon d’explorer des idées novatrices, mais nous devons nous référer aux données et les faits qu’il mentionne possèdent des explications simples, que n’importe quel spécialiste pourrait fournir.
Pouvez-vous expliquer cela avec un exemple?
La composition en nickel diffère de celle d’autres comètes. Toutefois, le nickel est présent, comme chez les autres. Sa quantité peut varier par rapport au fer. En plus, 3I/ATLAS ne provient pas de notre système solaire, donc nos statistiques ne peuvent être appliquées ici. Nous avons observé seulement trois comètes interstellaires, rendant toute généralisation difficile, d’autant plus qu’elles viennent de lieux très variés. Ses caractéristiques comportementales sont également influencées par sa vitesse : elle arrive si rapidement qu’elle n’a pas le temps de se réchauffer comme le font les autres comètes habituelles. Cette rapidité change son comportement, faisant que ses queues peuvent être différentes.
De plus, elle a passé bien plus de temps dans l’espace interstellaire que les comètes que nous connaissons. Sa longue exposition à un environnement différent a également un impact sur sa composition.
Avez-vous discuté de ces théories avec vos étudiants?
Pour l’instant, au cours, nous n’en avons pas encore parlé, mais je prévois cette question.
Bientôt, la NASA publiera des images de cet objet interstellaire. Que pensez-vous que nous allons voir?
Ce seront de magnifiques images d’une comète.
La sonde Mars Reconnaissance Orbiter (MRO) a capturé une image pris au début d’octobre. Toutefois, celle-ci n’a pas encore été divulgée à cause d’un arrêt de travail aux États-Unis.
Cette image est significative, car elle a permis de déterminer avec plus de précision la position de l’objet à partir d’observations tant depuis la Terre que depuis Mars. Cela a amélioré la connaissance de son orbite. Plusieurs télescopes ont observé cette comète, et des missions de l’ESA prévoient également de l’étudier.
Concernant les différentes anomalies mentionnées
Il existe effectivement des anomalies associées aux valeurs extrêmes par rapport à celles des comètes du système solaire, ce qui rend 3I/ATLAS encore plus captivante. Certaines preuves statistiques ont été citées, telles que le fait que la comète arrive d’une direction précise dans un angle de moins de 9 degrés.
Quel est le problème avec cette approche statistique?
Il s’agit de statistiques a posteriori, ce qui est une méthode erronée. La bonne démarche aurait été de prévoir l’arrivée d’une comète d’une direction donnée avant d’observer, pour ensuite établir une probabilité. Maintenant que nous savons d’où elle vient, mentionner des probabilités ne sert à rien. Plus d’un exemple illustre l’usage inapproprié du concept de probabilités.
C’est fascinant, car les probabilités extrêmement faibles, comme celle de l’alignement avec Mars, Vénus et Jupiter, sont parmi les anomalies mentionnées par le professeur Loeb.
Cela ne relève pas de la statistique; ce n’est pas ainsi que fonctionne la recherche scientifique.
