Jumeaux Kessler, quelles sont les différences entre l’euthanasie et le suicide assisté ?

Les jumelles Kessler

Les jumelles Kessler, icônes des années 60 en Italie, ont quitté ce monde par suicide assisté à l’âge de 89 ans. Leur choix soulève un débat crucial sur le droit à l’autodétermination en fin de vie, un sujet complexe qui mérite davantage d’attention dans notre société.

Les jumelles Kessler

Les jumelles Kessler

Alice et Ellen Kessler sont décédées le 17 novembre, à l’âge de 89 ans. Connues en Italie depuis leur première apparition à la télévision dans les années 60, les jumelles Kessler sont mortes ensemble à leur domicile à Grünwald, près de Munich, en recourant à un suicide assisté. La Deutsche Gesellschaft für Humanes Sterben (DGHS), principale organisation allemande défendant le droit à l’autodétermination en fin de vie, a confirmé cette information à la radio bavaroise, précisant que les jumelles étaient depuis longtemps engagées en faveur des activités de l’association.

Leurs disparitions recentrent l’attention sur un sujet essentiel ces dernières années, y compris en Italie : le droit à l’autodétermination en fin de vie. C’est un sujet complexe, encore entouré de confusion. Il convient de préciser que le suicide assisté, utilisé par Alice et Ellen Kessler, diffère de l’euthanasie. Le premier est légal en Allemagne et en Italie, bien que des différences fondamentales existent, tandis que l’euthanasie n’est autorisée dans aucun de ces pays.

Différence entre euthanasie et suicide assisté

L’Associazione Luca Coscioni explique que l’euthanasie désigne une intervention médicale qui implique « l’administration directe d’un médicament létal à un patient qui en fait la demande, sous certaines conditions ».

Dans le cas du suicide assisté, c’est la personne elle-même qui, en toute capacité cognitive, demande à autosomministrarsi le médicament létal, le médecin se contentant de fournir une aide indirecte.

Situation légale en Allemagne

En Allemagne, seul le suicide assisté est légal, et non l’euthanasie. En réalité, la situation légale demeure encore floue : le suicide assisté est considéré comme légitime suite à une décision historique de la Corte Costituzionale di Karlsruhe le 26 février 2020. Cette décision a reconnu, dans le cadre du droit à la personnalité protégé par la Constitution allemande, la liberté de mettre fin à ses jours comme partie du droit à mourir de manière autodéterminée.

Selon l’association DGHS, « le suicide assisté ne peut être accordé que si la décision repose sur une volonté libre et autonome ». Cela indique que la personne sollicitant le suicide assisté ne doit pas avoir pris cette décision sous l’influence de facteurs susceptibles de modifier sa volonté, tels qu’un trouble mental aigu ou « des pressions indues exercées par des tiers », et une certaine constance de détermination intérieure doit être présente.

Situation en Italie

En Italie, la situation est encore plus complexe. Bien qu’il n’existe pas de loi nationale sur le suicide assisté – certaines régions ayant récemment adopté des lois régionales – il est possible d’en faire la demande suite à la décision 242/2019 de la Cour constitutionnelle.

Après la bataille initiée par Dj Fabo avec le support de Marco Cappato, cette décision a déclaré illégitime l’article 580 du code pénal dans la mesure où il ne pouvait pas exclure la pénalisation de ceux qui aident à la réalisation d’un désir suicidaire d’une personne ayant pris cette décision de manière libre et consciente, sous réserve de respecter des conditions spécifiques. Parmi celles-ci figurent la présence d’une maladie irréversible et de traitements de support vital maintenant la personne en vie. En revanche, l’euthanasie est totalement illégale, constituant un crime conforme aux articles 579 et 580 du code pénal.

Fonctionnement du suicide assisté en Italie

En Italie, le processus d’accès au suicide assisté requiert quatre conditions pour que la demande puisse être évaluée par les structures compétentes du Service Sanitaire National et par un comité éthique, comme stipulé par la Cour constitutionnelle.

Les conditions appliquées sont plus strictes qu’en Allemagne. Selon l’Associazione Luca Coscioni, « la personne qui en fait la demande doit être pleinement capable de comprendre et de vouloir, afficher une pathologie irréversible entraînant de graves souffrances physiques ou psychiques, et dépendre de traitements de support vital ».

Le débat sur ce que l’on entend par « traitements de support vital » est toujours en cours, et ces dernières années, dans plusieurs cas de demandes de suicide assisté en Italie, cette définition a été élargie par les Cours et les Comités éthiques, dépassant l’idée selon laquelle seuls des appareils ou machines de maintien en vie seraient concernés.