La sécurité des vols en Europe compromise par la quête de profit, d’après une étude

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Un récent rapport souligne des préoccupations croissantes concernant la sécurité des pilotes et des équipages dans le secteur aérien européen, en particulier parmi les compagnies low-cost. Les conditions de travail atypiques et la pression commerciale semblent nuire à la signalisation des problèmes de sécurité, mettant en lumière des enjeux cruciaux à résoudre.

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Un document récent de l’Air Accidents Investigation Branch du Royaume-Unis a confirmé que l’aviation commerciale est l’un des modes de transport public les plus sûrs au monde, avec une diminution progressive du taux d’incidents sur le long terme. Cependant, l’année 2025 a été marquée par une augmentation significative des morts liée aux accidents aériens, atteignant près de 40 % dans les six premiers mois par rapport aux moyennes décennales. Cela constitue une exception au sein d’un secteur qui prône la sécurité. Un rapport alarmant de l’Université de Gand soulève des questions sur la sécurité des vols en Europe, notamment pour certaines compagnies low cost et celles opérant sous le système de wet lease, un type de location où une compagnie aérienne fournit un aéronef, l’équipage et des services annexes tels que la maintenance et l’assurance.

Selon le comuniqué, la quête constante du profit par ces entreprises a mené à une hausse notable de contrats de travail atypiques, engendrant une précarité et un surcharge de travail. Cette situation pousse souvent les pilotes et les membres d’équipage à ne pas signaler les problèmes de sécurité, de fatigue ou de santé, par crainte pour leur carrière. Les steward et hôtesses ressentent également une détérioration de leur métier, qui se concentre de plus en plus sur la vente de produits comme des parfums et des boissons alcoolisées, au détriment du bien-être et de la sécurité des passagers.

Ce rapport, intitulé UGent 2.0 – Evolving Social Challenges for Aircrew and the Need for Regulatory Response, est une suite de l’étude “Atypical Employment in Aviation” publiée par l’Université de Gand en 2014. Pour la première fois, des membres d’équipage de cabine ont été inclus, avec environ 7 000 travailleurs de près de cent compagnies aériennes européennes interrogés. L’étude est dirigée par le professeur Yves Jorens et le docteur Lien Valcke, et elle fait partie de l’Istituto di ricerca internazionale IRIS.

Les chercheurs ont soumis des questionnaires aux pilotes, steward et hôtesses, révélant des données significatives sur les conditions de travail dans le secteur aérien. Environ 10 % des travailleurs ont un contrat atypique et précaire, ce qui se traduit par une protection syndicale réduite et une pression accrue de la part des entreprises. À titre d’exemple, 40 % des équipages interrogés affirment que leur contrat influence des décisions cruciales en matière de sécurité, tandis que jusqu’à 45 % déclarent ne pas signaler leur fatigue ou des problèmes de santé par crainte de répercussions sur leur carrière.

Le rapport de 2014 indiquait que jusqu’à 82 % des pilotes se sentaient aptes à contester des décisions des compagnies pouvant affecter la sécurité. Toutefois, cette dynamique a changé, car les pilotes expérimentés avec des contrats solides ont été remplacés par des jeunes acceptant des horaires flexibles, des salaires réduits et des conditions qui compromettent la sécurité. La charge de travail intense et la flexibilité exigée peuvent également entraîner une fatigue chronique. Une enquête récente révèle que plus de 90 % des pilotes allemands ont déclaré s’être endormis pendant un vol. Environ 30 % des pilotes et la moitié des assistants de cabine hésitent à se déclarer inaptes à voler.

La majorité des steward et hôtesses expriment un fort mécontentement à l’idée de devoir vendre des produits, mentionnant que cette pression commerciale nuit à la mission sécuritaire de l’équipage. Jorens et Valcke soulignent que cette orientation commerciale pourrait fragiliser la dimension sécuritaire de leur travail, engendrant des conflits de rôle, des tensions psychosociales et des ambiguïtés légales. Bien que ces pratiques puissent sembler favorables aux compagnies aériennes, elles affectent le bien-être des travailleurs, les normes de sécurité et l’intégrité professionnelle.

Étant donné que les conditions de travail à bord des aéronefs ont des conséquences cruciales sur la sécurité, les auteurs insistent sur la nécessité d’une réglementation adéquate des contrats, en s’intéressant aussi au bien-être physique et psychologique des travailleurs. Ils notent que la situation en Europe s’est aggravée depuis la pandémie de COVID-19, en raison de l’augmentation progressive du nombre de passagers, atteignant des niveaux records ces dernières années.