« Les interrogations sur les vaccins : Salvini en tire profit, un infectiologue met en lumière l’arrêt de l’obligation »

L'infettivologue Ivan Gentile de l'Université de Naples Federico II clarifie les raisons derrière l'obligation vaccinale en Italie

Les récentes déclarations du ministre Matteo Salvini sur l’abrogation de l’obligation vaccinale soulèvent des préoccupations majeures. L’expert Ivan Gentile fait le point sur l’importance cruciale de la vaccination pour la santé publique, insistant sur le fait que chaque individu a un rôle dans la protection de la communauté.

L'infettivologue Ivan Gentile de l'Université de Naples Federico II clarifie les raisons derrière l'obligation vaccinale en Italie

L’infettivologue Ivan Gentile de l’Université de Naples Federico II clarifie les raisons derrière l’obligation vaccinale en Italie

L’hypothèse relancée par le ministre Matteo Salvini d’abolir l’obligation vaccinaleravive les doutes et crée encore plus d’incertitudes là où il n’y en a pas.” Le professeur Ivan Gentile, expert en maladies infectieuses et membre de la Société Italienne des Maladies Infectieuses et Tropicales (SIMIT), aborde la polémique qui a émergé suite à la dissolution du Nitag en raison de la présence de membres considérés comme sceptiques sur l’obligation vaccinale.

Les personnes – souligne l’expert de l’Université de Naples Federico II – ont des doutes sur les vaccins, et le ministre Salvini intervient dans le débat. Lorsqu’il évoque la suspension de l’obligation vaccinale, il s’appuie sur l’idée d’un choix personnel possible: une position qui, d’un point de vue politique, peut sembler raisonnable, mais qui, en médecine, ne fonctionne pas.”

Pourquoi? Qu’est-ce que cela implique?
La question de l’obligation vaccinale est complexe, car chacun est enclin à penser qu’il devrait pouvoir disposer librement de son corps.

Cependant, ce principe doit être contextualisé au sein de la communauté, surtout lorsqu’il s’agit des vaccins, qui protègent non seulement l’individu, mais aussi les personnes vulnérables, ainsi que l’ensemble du système de santé. La vaccination constitue donc un bénéfice pour chaque individu en évitant des maladies graves et potentiellement mortelles, mais elle protège également les personnes qui ne peuvent pas être vaccinées, en plus d’engendrer une économie de ressources humaines et économiques pour notre fragile système sanitaire.

Pour les personnes vulnérables, comme les immunodéprimés, qui par exemple ne peuvent pas recevoir le vaccin contre la rougeole, la protection dépend du taux d’immunité dans la population, ce qu’on appelle l’immunité collective, notion qui a été largement évoquée durant la pandémie de Covid. Dans le cas de la rougeole, un taux de couverture vaccinal supérieur à 95 % garantit que l’infection ne circule pas parmi la population, offrant ainsi un avantage évident pour l’ensemble du système de santé.

Mais il est vrai que, dans d’autres pays européens, la vaccination n’est pas obligatoire. Pourquoi cela ne s’applique-t-il pas en Italie?
Malheureusement, en Italie, nous faisons face à un problème culturel, que les chiffres corroborent, montrant que les taux de vaccination n’ont augmenté qu’après l’introduction de l’obligation. En d’autres termes, nous n’avons pas une culture suffisamment développée pour gérer un vaccin recommandé. Afin d’atteindre un certain niveau de protection dans notre pays, il est nécessaire que les vaccins soient obligatoires.

Cela peut cependant engendrer des doutes dangereux…
Malheureusement, c’est le cas, car il suffit d’un mot mal choisi pour éroder la confiance dans la science. Face aux vaccins, d’un côté se trouvent la méfiance, une réaction qui est tout à fait compréhensible et que nous ne devons pas stigmatiser, mais de l’autre, il y a des problèmes de communication, en particulier dans une période comme celle-ci, où nous ressentons la fatigue post-Covid.

Alimenter d’autres doutes dans ce contexte ne ferait qu’amplifier encore davantage le scepticisme. Si seulement on réfléchissait…

Dans quel sens?
Il suffirait de considérer que les vaccins obligatoires sont des formulations utilisées depuis des décennies, présentant une histoire d’efficacité et de sécurité prouvée, ainsi qu’un impact significatif en matière de santé publique. Or, souvent, l’esprit humain a tendance à se concentrer sur les risques actuels plutôt que sur les bénéfices futurs… à craindre les effets secondaires des vaccins, qui sont minimes par rapport aux risques encourus en ne se faisant pas vacciner. Sautez aussi le fait qu’avec la vaccination, on évite non seulement de contracter la maladie spécifique, mais on prévient aussi les conséquences de celle-ci, y compris l’usage de médicaments qui, dans certains cas, peuvent être très nocifs.

Et pourtant?
Et pourtant, il y a les antivaccins, qui représentent une minorité bruyante, mais il y a surtout une grande part d’hésitants, c’est-à-dire de personnes indécises, qu’il n’est pas facile de convaincre simplement en affirmant ‘faites-vous vacciner car c’est obligatoire’.

Il est donc essentiel de communiquer clairement avec elles, en expliquant les bénéfices, les données et la sécurité des vaccins.

Cependant, cette démarche est une stratégie à long terme, comportant le risque que, entre-temps, la confusion entre les évidences scientifiques et les avis personnels, parfois erronés, se renforce, comme ceux qui ont refait surface récemment, concernant la supposée insuffisance de mesures telles que l’obligation vaccinale. Car envisager d’abolir l’obligation – ce que, personnellement, je ne crois pas qu’il adviendra – serait une erreur supplémentaire, à la fois technique et médiatique, qui engendrerait encore plus de désordre et nous ferait régresser davantage que nous ne l’étions avant l’instauration de la loi.