Un chercheur d’un institut prestigieux propose une méthode inattendue pour aborder la situation climatique actuelle. Sa proposition, innovante à plus d’un titre, pourrait apporter une nouvelle perspective sur la lutte contre le changement climatique. Les implications et le raisonnement derrière cette idée méritent d’être explorés pour mieux comprendre le défi global que nous affrontons.
Un chercheur du Rochester Institute of Technology (RIT) a avancé une solution radicale pour faire face à la crise climatique, perçue comme une menace existentielle pour l’humanité. Il propose de faire exploser une immense bombe atomique au fond de l’Océan Antarctique pour lutter contre le réchauffement climatique ; voici comment.
À des problèmes extrêmes, des solutions extrêmes. C’est ainsi que l’on peut interpréter la proposition singulière d’un jeune chercheur américain, qui envisage de faire exploser une puissante bombe nucléaire au fond de l’Océan Antarctique pour lutter contre la crise climatique. Le changement climatique provoqué par le réchauffement global est, selon la communauté scientifique, une menace existentielle majeure pour l’humanité. Nous nous dirigeons vers un « territoire inexploré » avec une augmentation de plus de 1,5 °C par rapport à l’époque préindustrielle, et les conséquences sont jugées graves et irréversibles. Parmi celles-ci figurent la montée du niveau de la mer, pouvant submerger îles, grandes villes et zones côtières, ainsi que des sécheresses, famines et incendies extrêmes. La fréquence et l’intensité des événements climatiques violents vont croître, des vagues de chaleur mortelles se multiplieront, et des pathogènes tropicaux se répandront, entraînant potentiellement des migrations massives et des conflits mondiaux pour les ressources restantes. Les pertes économiques pourraient atteindre plusieurs centaines de trillions de dollars d’ici 2100.
Face à un scénario aussi alarmant, la véritable option à notre disposition semble être une réduction drastique et soudaine des émissions de CO2 et d’autres gaz à effet de serre, comme le méthane (CH4), responsables de l’effet de serre qui cause le réchauffement global. Ces gaz emprisonnent la chaleur dans les couches basses de l’atmosphère, augmentant ainsi les températures. Comme le montrent les données, les concentrations atmosphériques de CO2 n’ont cessé d’augmenter, nous éloignant de l’évitement d’une apocalypse climatique. Devant cette catastrophe imminente, un scientifique pense que l’étincelle d’une bombe atomique dans les abysses n’est pas une idée si insensée, bien que cela puisse sembler fou au regard des enjeux. L’idée émane d’Andy Haverly, un jeune chercheur au Rochester Institute of Technology, une université privée de l’État de New York.
Le jeune homme, âgé de 25 ans, propose de faire exploser une immense bombe nucléaire dans un fond marin isolé pour « pulveriser le basalte » et ainsi accélérer le sequestre du carbone via l’Enhanced Rock Weathering (ERW). Cette technique permet d’extraire le CO2 de l’atmosphère grâce à certaines roches, notamment celles riches en silicates, comme le basalte. Lorsque ces roches sont broyées en petites particules, elles peuvent réagir avec le CO2 et le transformer en bicarbonate, une substance stable qui piège le carbone pendant des millénaires. En détruisant une énorme quantité de basalte marin grâce à une explosion nucléaire suffisamment puissante, Haverly estime que les conditions seraient réunies pour capturer le carbone atmosphérique et réduire les concentrations de CO2 qui alimentent la crise climatique actuelle.
“En localisant précisément l’explosion sous le fond marin, nous visons à confiner les débris, les radiations et l’énergie, tout en facilitant un affleurement rapide des roches à grande échelle, ce qui influerait significativement sur les niveaux de carbone atmosphérique », a expliqué Haverly dans l’abstract de son étude. Cependant, il serait nécessaire de déclencher une bombe atomique d’une puissance colossale, atteignant les 81 gigatonnes, pour réduire 3,86 trillions de tonnes de basalte. Pour se rendre compte de la puissance d’un tel engin, il suffit de rappeler que la bombe atomique ayant explosé à Hiroshima (connue sous le nom de Little Boy) avait une puissance de 15 kilotonnes. Cela indique que cette bombe pour contrer la crise climatique serait 5,4 millions de fois plus puissante, surpassant même la célèbre Bomba Tsar de 50 mégatonnes, la plus puissante jamais testée. D’où la nécessité de la placer à 3 kilomètres de profondeur dans l’Océan Antarctique, pour « minimiser » l’impact sur l’environnement et les populations.
Le scientifique souligne néanmoins qu’il pourrait y avoir des pertes humaines dues au fallout radioactif et des dommages à long terme sur les écosystèmes dans des zones s’étendant sur des dizaines de kilomètres carrés, en raison des retombées de l’explosion d’un tel dispositif. Malgré cela, il estime que ces conséquences seraient bien moindres par rapport aux dégâts que pourrait engendrer la crise climatique. Naturellement, cette idée, proche de la science-fiction, n’a pas reçu un accueil enthousiaste au sein de la communauté scientifique, pour plusieurs raisons. Parmi elles figure le fait qu’elle pourrait nous déresponsabiliser face aux efforts de décarbonisation en proposant une solution « rapide », nous permettant de continuer à polluer sans encourager des changements de comportement vertueux. Par ailleurs, construire et transporter en toute sécurité un tel engin représenterait une tâche titanesque, même si théoriquement faisable. Les détails de la recherche intitulée “Nuclear Explosions for Large Scale Carbon Sequestration” ont été publiés dans la base de données ArXiv et n’ont pas encore été soumis à un test par les pairs.
