Des préoccupations émergent quant à la pollution marine due aux produits courants, mettant en lumière des conséquences potentiellement préoccupantes. Un appel à la recherche et à l’action s’impose pour mieux comprendre les effets, suscitant ainsi la réflexion sur nos choix quotidiens.
Malgré leur aspect inoffensif, un produit essentiel pollue les océans. Selon les chercheurs, les effets des substances chimiques présentes dans les écrans solaires demeurent inconnus.
Les écrans solaires sont des produits recommandés pour les soins personnels. Cependant, les experts s’inquiètent des substances chimiques qu’ils libèrent.
En effet, une nouvelle étude du Laboratoire marin de Plymouth et de l’Université de Plymouth révèle que ces substances s’infiltrent de plus en plus dans l’océan, bien que leur impact sur la vie marine soit encore mal compris.
Cette revue souligne la vaste gamme de produits chimiques issus des écrans solaires que nous savons être libérés dans les environnements marins côtiers et montre que notre compréhension des effets de ces composés toxiques sur les organismes marins est étonnamment limitée.
Affirme Frances Hopkins, co-auteure de l’étude et biogéochimiste marine au Laboratoire marin de Plymouth.
Pourquoi ces produits chimiques peuvent-ils être toxiques pour les océans ?
Les écrans solaires utilisent des filtres UV – organiques (basés sur des produits chimiques) ou inorganiques (basés sur des minéraux) – pour absorber ou disperser les rayons ultraviolets.
Outre les écrans solaires, ces filtres sont ajoutés à de nombreux produits, notamment des shampoings, des hydratants, des rouges à lèvres, des plastiques, des caoutchoucs, des peintures et des ciments, afin de les protéger des dommages causés par le soleil.

Inévitablement, les modes de vie modernes introduisent ces produits chimiques dans les environnements marins par une exposition directe et indirecte.
L’exposition directe se produit lorsque des personnes nageant ou plongeant transportent l’eau chargée de crème solaire de leur peau directement dans la mer.
L’exposition indirecte se produit lorsque les résidus sont évacués lors des douches, du lavage des serviettes et même par l’urine.
De plus, les eaux usées recyclées jouent un rôle significatif, car certaines pratiques agricoles utilisent de l’eau traitée ou des boues qui peuvent introduire des contaminants dans les sols, finissant par ruisseler vers les rivières et les côtes.
En effet, le traitement traditionnel des eaux usées n’élimine pas efficacement de nombreux produits chimiques présents dans les filtres UV. Les données montrent la présence de filtres UV organiques dans 95 % des effluents d’eaux usées et 86 % des eaux de surface à travers le monde.

Ces filtres ont été trouvés non seulement dans des zones balnéaires très fréquentées par les touristes, mais aussi dans des régions reculées comme l’Antarctique et l’Arctique. Cela souligne leur portée généralisée.
Les quantités et les variétés de crèmes solaires entrant dans l’environnement augmentent, et les contaminants se retrouvent dans toutes les combinaisons possibles.
Il est donc impératif de comprendre leur potentiel de bioaccumulation le long de la chaîne alimentaire et les mécanismes par lesquels ils agissent à un niveau moléculaire et mobile, seuls ou en combinaison avec d’autres facteurs de stress.
Précise Awadhesh Jha, auteur senior de l’étude et professeur de toxicologie génétique et d’écotoxicologie à l’Université de Plymouth.
Un seul écran solaire peut contenir entre trois et huit composés de filtres UV, représentant jusqu’à 15 % de la masse du produit. Les filtres organiques – il en existe jusqu’à 55 types différents – agissent en absorbant les radiations UV, tandis que les filtres inorganiques, tels que le dioxyde de titane et l’oxyde de zinc, les réfléchissent.
Étant donné que chaque composé a des propriétés, des toxicités et des solubilités différentes, les efforts pour comprendre le comportement de ces produits chimiques dans l’océan deviennent plus complexes.
Les chercheurs appellent à une action politique
L’étude, publiée dans la revue Marine Pollution Bulletin, a impliqué l’analyse de plus de 110 publications liées aux écrans solaires, filtres UV et leurs impacts écologiques ou toxicologiques.

Les chercheurs notent qu’au moins 25 % des filtres UV d’un écran solaire sont éliminés lors de la baignade et qu’une seule plage animée peut recevoir jusqu’à 35 kilos de crème solaire par jour.
Nous sommes essentiellement assis sur une bombe à retardement. Il est crucial de faire preuve de prudence dans l’introduction de nouvelles substances, car cela pourrait aggraver les défis existants.
Expliquent Mahasweta Saha, coautrice de l’étude et écologue chimiste marine au Laboratoire marin de Plymouth.
Face à ces conclusions, les chercheurs estiment qu’il est essentiel d’élargir la recherche et, par conséquent, la compréhension de ce problème.
Parallèlement, les scientifiques appellent à des actions politiques coordonnées et basées sur des données scientifiques pour lutter contre les menaces de pollution causées par les écrans solaires.
En effet, l’absence d’action pourrait intensifier les pressions existantes sur les habitats marins, avec des implications possibles pour la sécurité des produits de la mer et la santé globale des eaux de notre planète.