Pourquoi les tourbières non protégées sont une véritable bombe à retardement, selon les scientifiques

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Un nouvel éclairage sur les tourbières révèle leur rôle essentiel dans la lutte contre la crise climatique, tout en mettant en évidence leur fragilité. Avec seulement 17 % protégées, ces écosystèmes, malgré leur contribution massive au stockage du carbone, sont menacés par les activités humaines. Ce constat appelle à une action immédiate.

Les tourbières sont parmi les écosystèmes les plus précieux du monde, mais aussi parmi les moins protégés. Cela en fait, selon les experts, une véritable bombe à retardement qui pourrait aggraver considérablement la crise climatique. La raison est simple : ces endroits, zones humides caractérisées par l’accumulation de végétation en décomposition appelée tourbe, sont parmi les principaux stockeurs de carbone de la planète. Bien qu’ils ne couvrent que 3 % de la surface terrestre, les tourbières accumulent environ 600 milliards de tonnes de dioxyde de carbone (CO2) ; c’est plus que dans toutes les forêts du monde réunies.

Malheureusement, beaucoup de ces écosystèmes sont fortement menacés par l’homme, qui les assèche et les détruit pour créer des cultures agricoles, des mines ou d’autres infrastructures. En éliminant les tourbières, nous perdons non seulement des accumulateurs de carbone puissants, mais nous libérons également dans l’atmosphère le CO2 déjà stocké, aggravant ainsi la crise climatique. Le CO2 est en effet le principal des gaz à effet de serre, capable de piéger le rayonnement solaire à la surface, augmentant ainsi les températures moyennes. Il n’est donc pas surprenant que, tout comme les dépôts de méthane sous les couches de pergélisol en dégel, les tourbières soient considérées par les experts comme des bombes à retardement prêtes à exploser. Si les centaines de milliards de tonnes de CO2 qu’elles contiennent étaient relâchées dans l’atmosphère, tout en éliminant leur précieux rôle de stockage de carbone, l’impact sur le changement climatique serait énorme.

Un groupe de recherche international, dirigé par des scientifiques américains du Global Conservation Program de la Wildlife Conservation Society, a déterminé que les tourbières sont en grave danger. Ils ont collaboré étroitement avec des collègues de divers instituts, tels que l’École de géographie et de développement durable de l’Université de St. Andrews (Royaume-Unis), le Département de géographie de l’Université d’Exeter, le Département des études environnementales de l’Université de Californie à Santa Cruz et d’autres. Les chercheurs, coordonnés par la docteure Kemen Austin, ont tiré leurs conclusions après avoir analysé l’état de conservation de toutes les principales tourbières de la planète.

Les chercheurs expliquent que les pays avec le plus grand nombre de tourbières sont le Canada, la Russie, l’Indonésie, les États-Unis, le Brésil, la République Démocratique du Congo, la Chine, le Pérou, la Finlande et la République du Congo. Ces dix pays possèdent à eux seuls 80 % des tourbières de la Terre, tandis que les cinq premiers, en particulier le Canada et la Russie, en détiennent 70 %. Cependant, malgré leur extrême importance et leur fragilité, seulement 17 % d’entre elles sont protégées. De plus, bien qu’elles figurent dans des zones dites « protégées », elles ne le sont souvent pas réellement et sont exposées à la dégradation et à l’impact humain. La Wildlife Conservation Society souligne qu’en comparaison, 38 % des forêts, 42 % des mangroves et 50 % des zones salines sont protégées.

C’est un problème car les tourbières non seulement stockent d’importantes quantités de CO2, aidant ainsi à lutter contre le changement climatique, mais elles sont également caractérisées par une biodiversité très riche. Environ 25 % des tourbières subissent une forte pression anthropique, principalement due à l’agriculture mais également à l’industrie minière, tandis que 27 % se trouvent sur des territoires de peuples autochtones, où elles sont mieux préservées (grâce à un rapport beaucoup plus profond et respectueux avec l’environnement naturel). Selon les estimations des scientifiques, 15 % des tourbières sont asséchées pour faire place à des cultures et jusqu’à 2,5 milliards de tonnes de CO2 sont émises chaque année par celles qui sont dégradées à cause des activités humaines. Les chercheurs soulignent l’importance cruciale de les protéger où qu’elles se trouvent, tout en soutenant la gestion sur les territoires des peuples autochtones, où se trouvent certains des plus grands et des plus importants de ces écosystèmes. Les détails de la recherche intitulée « Mismatch Between Global Importance of Peatlands and the Extent of Their Protection » ont été publiés dans Conservation Letters.