Non, tu n’as pas de colibri dans ton jardin : c’est le sphinx du galium

Sfinge del galio. Crédit : Andrea Centini

Dans les jardins, parcs et simples jardinières, on rencontre souvent un animal au vol particulier qui se déplace rapidement d’une fleur à l’autre pour sucer le nectar. Beaucoup le prennent pour un colibri, mais ces oiseaux ne vivent pas en Italie. Voici de quoi il s’agit.

Sfinge del galio. Crédit : Andrea Centini

Sfinge del galio. Crédit : Andrea Centini

Lorsqu’il y a des fleurs, que ce soit dans la nature ou en ville, pratiquement tout le monde a déjà observé un animal volant au aspect curieux qui se déplace rapidement d’une corolle à l’autre – sans la toucher – pour y insérer une longue « proboscide » et sucer le nectar. Beaucoup, en observant le vol agité de cette merveilleuse créature, croient avoir affaire à un colibri. Mais les colibris, de petits oiseaux colorés (pas toujours), n’existent pas en Europe. Leur aire de répartition est en effet limitée au continent américain, où ils peuvent être observés de l’Alaska (États-Unis) à la Terre de Feu (Argentine). Il existe plus de 350 espèces, parmi lesquelles se trouvent les plus petits oiseaux du monde, comme le colibri d’Elena ou le colibri abeille (Mellisuga helenae) qui pèse à peine 1,95 gramme et mesure un peu plus de 5 centimètres. Aucun colibri, nous le répétons, ne vit naturellement en Europe.

Une fois clarifié qu’il n’y a pas de colibris en Italie, qu’est-ce que cet étrange animal qui se comporte exactement comme les magnifiques petits oiseaux protagoniste de nombreux documentaires? Il s’agit d’un lépidoptère, plus précisément d’une sphinx du chèvrefeuille (Macroglossum stellatarum), appartenant à la famille des sphingidés (Sphingidae). Mais ce n’est pas son seul nom commun ; il est également connu sous les noms de « fiutola » et « sphinx colibri ». Ce dernier est une claire référence aux oiseaux mentionnés ci-dessus, avec lesquels il partage le même comportement alimentaire et la même niche écologique, sauf qu’il le fait sur un continent différent. Nous sommes en présence de ce que les biologistes appellent une « convergence évolutive », c’est-à-dire le développement d’adaptations similaires chez des animaux très éloignés du point de vue phylogénétique, tels qu’un papillon de nuit (donc un insecte) et un oiseau. Il existe de nombreux exemples de convergence évolutive ; l’un des plus intuitifs est la forme hydrodynamique et pisciforme développée par les requins (poissons), les dauphins (mammifères) et les ichthyosaures (reptiles éteints), façonnée par la vie aquatique.

Sfinge del Galio. Crédit : Andrea Centini

Sfinge del Galio. Crédit : Andrea Centini

La sphinx du chèvrefeuille et les colibris partagent le même vol acrobatique, caractérisé par des manœuvres aériennes complexes. Parmi les plus caractéristiques, tel qu’expliqué par Piemonte Parchi, il y a le « hovering », le vol battu « sur place » qui leur permet de sucer le nectar en restant suspendus devant les fleurs sans se poser. L’hovering est un comportement également observé chez d’autres animaux volants (comme le martin-pêcheur, par exemple), mais la sphinx du chèvrefeuille et les colibris sont capables d’un type de vol appelé « swing-hovering » ou « side-slipping », des déplacements rapides de droite à gauche et vice-versa. Les deux exploitent la même méthode d’alimentation, en suçant le nectar en profondeur dans les nectaires (glandes à nectar) de fleurs inaccessibles pour d’autres animaux. Si cela est rendu possible chez les colibris grâce au bec long et mince recourbé et à la langue allongée, la sphinx du chèvrefeuille utilise une très longue trompe, un organe semblable à une proboscide présent chez les papillons.

Sfinge del galio. Crédit : Andrea Centini

Sfinge del galio. Crédit : Andrea Centini

Il existe environ 1 500 espèces de sphingidés dans le monde, dont plusieurs présentent ces mêmes comportements caractéristiques similaires à ceux des colibris. La plus courante en Italie est justement la sphinx du chèvrefeuille, présente du Nord au Sud (y compris la Sardaigne) et visible pratiquement toute l’année, principalement le jour mais aussi au crépuscule. Chaque année, selon le climat de la région, jusqu’à quatre générations différentes peuvent se succéder. Parchi Piemonte souligne qu’en Italie, il y a peu d’autres sphingidés diurnes similaires aux colibris, mais beaucoup plus difficiles à observer que la sphinx du chèvrefeuille : parmi ceux mentionnés figurent Hemaris fuciformis, Hemaris tityus et Hemaris croatica. Cette dernière, explique l’institution, peut être observée uniquement au Frioul.