Parmi les nombreuses conséquences du réchauffement climatique, il y a également une réduction drastique des récoltes en raison de la sécheresse extrême et des températures anormales qui tuent les plantes. Les rizières sont particulièrement affectées : les données catastrophiques sur la production de riz en Italie en 2022, l’année la plus sèche jamais enregistrée, le démontrent. Le carnaroli délicat, à la base des risottos les plus savoureux, est particulièrement en danger.
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Le changement climatique est considéré comme la principale menace existentielle pour l’humanité, en raison de ses graves et multiples conséquences : événements météorologiques de plus en plus extrêmes et fréquents, élévation du niveau de la mer, sécheresse catastrophique, propagation de maladies tropicales, incendies dévastateurs, vagues de chaleur mortelles, effondrement des récoltes, perte de biodiversité, migrations de masse sans précédent et guerres territoriales, pour l’eau et la nourriture. Il s’agit seulement d’une liste partielle de ce qui nous attend dans un proche avenir si nous ne réduisons pas nettement et rapidement les émissions de CO2 (dioxyde de carbone) et les autres gaz à effet de serre qui catalysent le réchauffement climatique, en diminuant l’utilisation des combustibles fossiles.
Il n’est pas surprenant que, dans ce contexte, selon certains chercheurs, la civilisation telle que nous la connaissons aujourd’hui pourrait disparaître dès 2050. Mais avant d’arriver à l’appelée apocalypse climatique, nous risquons de perdre de nombreux plaisirs à table, y compris plusieurs excellences italiennes et produits protégés très appréciés dans le monde entier. L’impact de la dévastatrice inondation en Émilie-Romagne sur les plantations de pêchers, en particulier de pêches nectarines, nous le rappelle. Mais parmi les plats menacés par le changement climatique en Italie, le risotto, surtout celui à base de riz carnaroli, est en première ligne.
Crédit photo : Risotto aux champignons porcini.
Les rizières, comme on le sait, sont assez exigeantes en eau et la sécheresse extrême causée par les températures anormales en est leur principal ennemi. Ce que l’on peut constater clairement, c’est ce qui s’est passé dans la plaine du Pô en 2022, l’année la plus sèche jamais enregistrée en Italie. Avec la chaleur exceptionnelle et le Po à sec, d’où ont émergé les restes d’animaux préhistoriques et des véhicules coulés pendant la Seconde Guerre mondiale, les plantations de riz de cette vaste région de plaine – le cœur battant de la production made in Italy – ont été extrêmement touchées, entraînant une baisse drastique des récoltes.
Il faut savoir qu’en fonction des données de l’Ente Nazionale Risi, l’Italie a perdu 26 000 hectares de rizières en 2022 et la production a subi une baisse de plus de 30 pour cent. En 2023, moins sèche mais toujours brûlante, 7 500 hectares ont été perdus. Les résultats ont été influencés par l’absence de précipitations lors de l’hiver précédent, qui n’a pas alimenté les montagnes en neige. L’Arpa (Agence régionale de protection de l’environnement) avait estimé une perte de 2 milliards de mètres cubes d’eau dans les grands réservoirs de la Lombardie en mars 2022. Sachant que 50 pour cent du riz produit en Europe vient précisément d’Italie et surtout de la plaine du Pô, il est évident que l’impact du changement climatique sur les récoltes a été considérable.
Comme indiqué dans un long article publié dans The Guardian, ce sont les rizières de carnaroli et d’arborio qui ont le plus souffert en 2022. Le carnaroli est considéré comme le « roi des risottos » grâce à sa capacité à absorber les saveurs, mais son règne est menacé par la fragilité de ses plantes, qui se détériorent facilement dans des conditions non optimales. Le carnaroli souffre particulièrement de la chaleur d’août, comme l’a raconté un agriculteur de la région au Guardian. En raison des énormes dommages causés aux rizières, plusieurs agriculteurs de la plaine du Pô ont décidé de diversifier leur offre en réduisant la production de riz. En effet, sa vulnérabilité et ses faibles rendements n’en font pas un produit rentable dans des conditions aussi compliquées, qui devraient inévitablement se détériorer à l’avenir.
Si nous ne prenons pas des mesures concrètes contre les émissions de CO2, nous dépasserons non seulement le seuil de réchauffement de 1,5 °C par communiqué à l’époque préindustrielle dans un avenir proche, seuil au-delà duquel nous attendent des conséquences dramatiques et irréversibles du changement climatique, mais nous irons droit vers une augmentation des températures moyennes de 2,7 °C d’ici la fin du siècle. Avec des valeurs aussi extrêmes, l’impact sur les rizières (et pas seulement) sera tout simplement catastrophique, il n’est donc pas exagéré d’imaginer qu’à l’avenir, les conditions pour cultiver le riz pourraient ne plus être réunies. Surtout pour celui qui est à la base des risottos italiens les plus délicieux.
