Baies, carcasses d’oiseaux (qui risquent de les infecter avec la grippe aviaire) et bois de rennes à grignoter. Ce sont les sources de nourriture que les ours polaires essaient de récupérer pendant l’été arctique sans glace, de plus en plus long à cause de la crise climatique. Cela est montré dans une longue et dramatique vidéo « en première personne », grâce à des caméras installées sur 20 spécimens.

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Une nouvelle, dramatique vidéo montre la dure vie à laquelle sont condamnés les ours polaires (Ursus maritimus) en raison du changement climatique, dont l’habitat naturel fond littéralement en raison des températures anormales. La particularité de la vidéo, développée par une équipe de recherche internationale, réside dans le fait que les images ont été capturées « en première personne » par les ours eux-mêmes. Les scientifiques ont en effet équipé 20 spécimens d’un harnais spécial équipé d’une caméra et d’un GPS, dans le cadre d’un projet de recherche mené entre 2019 et 2022. Les plantigrades ont été suivis pendant environ trois semaines par an (19-23 jours) pendant la période critique de l’été arctique, d’août à septembre, pendant laquelle les jours sans glace de mer s’allongent en raison de l’impact du réchauffement climatique.
L’objectif des scientifiques était de vérifier le comportement des ours polaires lors d’une phase aussi délicate de la saison, où ils sont contraints de passer de plus en plus de temps sur le continent. Les chercheurs se sont concentrés sur les spécimens de la population vivant dans la Baie d’Hudson et, plus précisément, dans le Parc national Wapusk au Canada, près de la ville de Manitoba. Ce sont parmi les ours polaires les plus étudiés au monde, également parce que cet habitat a été particulièrement touché par le réchauffement climatique. Il suffit de savoir que entre 1975 et 2015, le nombre de jours sans glace de mer pendant l’été arctique a augmenté d’environ trois semaines, passant de 100-110 jours à 130. Cela indique au moins 20 jours de plus avec d’énormes difficultés à se nourrir ou à jeûner, avec la nécessité d’économiser autant d’énergie que possible pour ne pas mourir de faim. Si l’on considère que dans le futur, les jours sans glace seront de plus en plus nombreux, les ours polaires risquent une condamnation à l’extinction, qui pourrait se produire d’ici la fin du siècle pour de nombreuses populations. Celle de la baie d’Hudson a déjà chuté de 50% en seulement un demi-siècle, en raison de la difficulté des mères à produire suffisamment de lait ou de qualité pour leurs petits, comme le montre une récente étude de l’Université de Toronto Scarborough.
La nouvelle enquête a été menée par une équipe de recherche dirigée par des scientifiques américains de l’US Geological Survey – Alaska Science Center, qui ont collaboré étroitement avec des collègues de l’Université d’État de Washington, du département de la pêche et de la faune de l’Alaska et de l’Institut de l’environnement et du changement climatique du Canada à Edmonton. Les chercheurs, coordonnés par le professeur Anthony M. Pagano, ont non seulement observé leur comportement pendant la période de surveillance des animaux, mais ont également recueilli des données sur la dépense d’énergie, les déplacements et les changements dans la composition corporelle. Ils ont découvert que les longues périodes de repos alternées avec la recherche spasmodique de nourriture sur le continent ne suffisent pas à préserver la graisse corporelle. Au cours de la période d’étude, 19 ours polaires sur 20 ont en effet perdu en moyenne environ 1 kilogramme par jour (de 0,4 à 1,7 kilogramme). Un seul a pris du poids, probablement parce qu’il a trouvé une carcasse de phoque ou d’un autre animal.
La façon dont les ours polaires cherchent à survivre pendant la période où ils ne peuvent pas chasser les phoques sur la glace est bien mise en évidence dans la vidéo, que vous pouvez voir en haut de l’article. On y voit les majestueux plantigrades se nourrir de baies et de carcasses d’oiseaux, une petite quantité pour des animaux majestueux pouvant atteindre une tonne de poids pour plus de 3 mètres de longueur. De plus, la consommation d’oiseaux les expose au risque de grippe aviaire; on a récemment appris que le premier spécimen retrouvé mort (en Alaska) est décédé à cause du virus H5N1 hautement pathogène, qui fait des ravages chez les oiseaux depuis fin 2021.
Les ours affamés dans la vidéo ont même été vus ronger les bois de caribou (comme on appelle le renne en Amérique du Nord). Un spécimen plus chanceux a été filmé avec la carcasse d’un phoque dans la bouche, mais on ignore s’il est le seul à ne pas en avoir perdu. Trois spécimens ont plutôt été impliqués dans des nages énergiques en mer, parcourant un total de 54 à 175 kilomètres. Malgré les efforts déployés pour chasser leur nourriture, ce qu’ils ont réussi à récupérer n’a pas suffi à préserver leur masse corporelle. Selon les experts, deux des spécimens étudiés, deux femelles, sont même condamnées à mourir de faim dans un avenir proche.
Comme l’explique Charles Robbins, directeur du Bear Center à l’Université d’État de Washington et co-auteur de l’étude, ni le repos ni les stratégies d’alimentation enregistrées par la caméra ne pourraient permettre la survie des ours polaires dans un monde sans glace. En pratique, ils ne sont tout simplement pas capables de s’adapter au bouleversement de leur habitat naturel causé par les émissions de CO2 et autres gaz contribuant au changement climatique. La photo émouvante « Ice Bed » prise par le photographe naturaliste Nima Sarikhani, montrant un ours polaire se reposant doucement sur un petit iceberg à la dérive, est un symbole de la condition précaire dans laquelle nous condamnons ces merveilleux animaux, qui risquent de s’éteindre à cause de nous. Les détails de l’étude « Polar bear energetic and behavioral strategies on land with implications for surviving the ice-free period » ont été publiés dans le journal scientifique Nature Communications.
