Recouvrir les pistes de neige artificielle a un énorme impact environnemental : la consommation des grandes villes

Recouvrir les pistes de neige artificielle a un énorme impact environnemental : la consommation des grandes villes

La neige artificielle est devenue indispensable pour permettre le tourisme et le sport en montagne, mais l’impact environnemental dû à la consommation d’énergie et d’eau est comparable à celui d’une grande ville.

Un canon

Un canon « à neige » en action. Crédit : pixabay

Le changement climatique est intimement lié aux émissions de CO2 (dioxyde de carbone) et d’autres gaz à effet de serre provenant des activités humaines, telles que la production d’énergie, les transports et de nombreux autres secteurs stratégiques et non stratégiques. Si l’impact environnemental des centrales au charbon, des gros pétroliers ou des anciennes flottes de véhicules routiers est immédiatement évident, du point de vue de la libération « brute » de carbone dans l’atmosphère, pour d’autres réalités, il peut ne pas en être ainsi, même si les nombres concernés sont significatifs. Parmi les exemples les plus emblématiques figure la production de neige artificielle, devenue de plus en plus importante pour assurer le flux de touristes vers les montagnes et la pratique des sports d’hiver. Qu’il suffise de rappeler que les Jeux olympiques de Pékin 2022 ont été les premiers de l’histoire à s’appuyer sur de la neige 100 % artificielle. Une solution à laquelle il a fallu recourir précisément parce que de moins en moins de vraies chutes de neige et les températures moyennes de plus en plus élevées dans les montagnes – où le réchauffement climatique frappe très fort – font fondre le manteau blanc beaucoup plus tôt que prévu, ou ne lui permettent pas de prendre racine. En 2100, seule une ville qui a déjà accueilli les Jeux olympiques d’hiver serait en mesure de le faire à nouveau « naturellement », selon une étude menée par l’Université de Waterloo. La neige continue de disparaître des montagnes – comme le souligne le CNR – et aussi en 2023 il faudra recourir à l’utilisation massive de la neige de culture, pour permettre des activités économiques et sportives. Quel est donc l’impact environnemental réel d’un vrai substitut de neige ?

Pour ce calcul on peut se référer à un rapport spécifique de la Commission Internationale pour la Protection des Alpes (CIPRA) cité par un document du WWF et au dossier « Nevediversa » de Legambiente publié en 2019. Pour alimenter les 23 800 hectares de pistes avec de la neige artificielle recouverte de neige dans les Alpes, une consommation énergétique globale de pas moins de 600 Gwh (gigawattheure) a été déterminée, ce qui correspond à « la consommation électrique annuelle de 130 000 familles de quatre personnes », comme le précise la CIPRA. En pratique, pour recouvrir les pistes de ski de neige et permettre aux touristes de pratiquer les sports d’hiver – et aux sportifs de s’entraîner et de concourir – on consomme autant de consommation qu’une ville d’un demi-million d’habitants pendant un an (Gênes, par exemple, en compte 560 000) . L’une des raisons pour lesquelles la neige artificielle est si énergivore réside dans les nombreuses et puissantes machines de transformation et de transfert d’eau liquide en mètres cubes de neige, des tours de refroidissement à eau aux générateurs de neige, en via les canons à neige classiques.

Mais l’impact environnemental ne se limite pas seulement à l’énorme consommation d’électricité, qui se traduit par une empreinte carbone importante (principalement ancrée aux sources fossiles). Même la consommation d’eau douce, la denrée la plus précieuse que nous ayons sur Terre et à laquelle nous devons notre vie, est stratosphérique. Comme l’explique le dossier WWF Alpi, avec 1 mètre cube d’eau il est possible de produire en moyenne de 2 à 2,5 mètres cubes de neige de culture (chaque mètre cube pèse 350 kilogrammes, contre 70 – 1000 sur 1 mètre cube de neige naturelle) . La CIPRA a calculé qu’au moins 1000 mètres cubes d’eau sont nécessaires pour l’enneigement de base d’une piste de ski d’un hectare, avec des coûts encore plus élevés pour les couches suivantes. Le dossier Legambiente a mis en évidence que jusqu’à 20 000 mètres cubes d’eau sont nécessaires pour faire de la neige avec des canons à neige sur une piste de ski de taille moyenne, longue d’un peu plus de 1,5 kilomètre. Pour couvrir de neige les quelque 24 000 hectares de versants alpins enneigés, la commission a déterminé qu’il fallait 95 millions de mètres cubes d’eau, soit l’équivalent de la consommation d’eau d’une grande ville de 1,5 million d’habitants pendant une année entière. La commune de Milan compte moins de 1,4 million d’habitants. Mais ces chiffres peuvent varier considérablement en fonction des circonstances. Par exemple, on a calculé que 180 millions de litres d’eau ont été consommés pour couvrir les 800 000 mètres carrés de surface des JO de Pékin avec de la neige artificielle.

Enfin, il faut ajouter à la consommation importante d’énergie et d’eau l’impact potentiel sur les écosystèmes de la neige de culture, qui peut contenir des additifs polluants pour la faune et la flore présentes en montagne, de plus en plus menacées par le changement climatique. De nombreuses espèces se déplacent de plus en plus haut en raison du déplacement du point de congélation, mais tôt ou tard la montagne finira. Pour protéger la planète et en même temps continuer à profiter des activités hivernales (sans causer davantage de dommages à l’environnement), il serait conseillé de réduire drastiquement et rapidement l’utilisation des combustibles fossiles, en embrassant pleinement les sources renouvelables. Comme l’expliquent les scientifiques, il faut tout faire pour limiter l’augmentation de la température moyenne à pas plus de 1,5°C de réchauffement par rapport à l’époque préindustrielle, pour éviter les conséquences les plus catastrophiques et irréversibles de l’urgence climatique.