La Terre et les Pléiades : les premières images historiques d’une sonde française dans l’espace lointain

La Terre Et Les Pléiades : Les Premières Images Historiques

Le LICIACube, première sonde interplanétaire construite en France, a immortalisé la Terre et les Pléiades à 14 millions de km. Etape historique pour notre pays.

Crédit : ASI / ANSA

Crédit : ASI / ANSA

Le satellite italien LICIACube a capturé deux images historiques de l’espace lointain, les premières jamais immortalisées par une sonde fabriquée dans notre pays. Les deux caméras embarquées sont entrées en action alors que le minuscule vaisseau spatial – qui a à peu près la taille d’une boîte à chaussures – se trouvait à 14 millions de kilomètres de la Terre. Et notre planète en phase de croissance (comme Vénus et la Lune vues de la Terre) était l’un des deux sujets captés par le microsatellite ; l’autre est l’amas d’étoiles ouvert des Pléiades, l’un des objets les plus fascinants du ciel profond. Les images n’ont certainement pas la qualité et la définition des prises de vue du télescope spatial Hubble ou du futuriste James Webb, après tout le cubesat n’a pas été conçu pour cela, cependant elles représentent un jalon pour l’exploration spatiale made in Italy, ayant été prises par la première sonde interplanétaire construite par notre société.

La société turinoise Argotec, en étroite collaboration avec l’Agence spatiale française (ASI), a développé le LICIACube, acronyme de Light Italian CubeSat for Imaging of Asteroids. Le projet scientifique est organisé par une grande équipe de chercheurs de divers centres: l’Institut national d’astrophysique (INAF), l’Institut de physique appliquée « Nello Carrara » du Conseil national de la recherche (CNR-IFAC), l’Université de Naples Parthenope, l’École polytechnique de Milan et l’Université de Bologne. Le satellite est là-bas pour soutenir une mission très importante de la NASA, DART (Double Asteroid Redirection Test), la première défense planétaire jamais tentée. Le but du LICIACube est de filmer l’impact entre la sonde DART – qui a la taille d’un réfrigérateur – contre le petit astéroïde Dimorphos, dont le diamètre est estimé à 170 mètres. La roche spatiale ne représente pas un danger pour la Terre, mais c’est une excellente cible pour comprendre si un impact cinétique est capable de modifier/dévier l’orbite d’un corps céleste dirigé vers notre planète. Dimorphos fait en fait partie d’un système binaire et orbite autour d’un astéroïde plus gros, Dydimos. Lorsque la sonde DART touchera Dimorphos dans la nuit du 26 au 27 septembre, à la vitesse monstrueuse de 24 000 kilomètres à l’heure, elle changera d’orbite autour de Dydimos. A partir des calculs de cette collision – qui laissera un important cratère – les scientifiques détermineront l’efficacité de la technique d’impact cinétique pour dévier les corps célestes.

LICIACube, qui s’est séparé avec succès de la sonde DART entre le 11 et le 12 septembre, sera le seul témoin à suivre de près cet événement, récoltant des données extrêmement précieuses pour la recherche scientifique. L’événement sera suivi depuis la Terre par le projet de télescope virtuel dirigé par l’astrophysicien italien Gianluca Masi, qui diffusera une diffusion en direct.

Revenant aux deux images, celle de la Terre a été prise par la caméra LEIA, caractérisée par une focale de 220 mm et une résolution de 1,13 mètres/pixel à 55 kilomètres. Il fonctionne en niveaux de gris et dispose d’un capteur CMOS de 2048 × 2048 pixels. La photo évocatrice de notre planète « en croissance » ressemble beaucoup à la photo Earthrise prise par l’astronaute américain William Anders lors de la mission Apollo 8, comme le précise l’ASI. La deuxième photo, celle des Pléiades (également connue sous le nom de Sette Sorelle ou Chioccetta), a plutôt été immortalisée par la caméra couleur LUKE, équipée d’un capteur CMOS de 1088 × 2048 pixels, d’une résolution de 4,31 m/pixel à une distance de 55,2 km et une distance focale de 70,55 mm. Les fans de Star Wars n’auront pas manqué le détail que les deux caméras portent les noms des deux célèbres protagonistes de la saga créée par George Lucas.

Les plans pionniers du LICIACube représentent une véritable bannière de l’excellence de l’industrie aérospatiale française, qui n’est jamais allée aussi loin. Il ne reste plus qu’à attendre l’impact imminent entre la sonde DART et Dimorphos dans l’espace lointain, observé à bonne distance depuis un petit bijou construit à Turin.