Un conflit émerge entre le Conseil Européen de Éditeurs et Google en raison de l’utilisation des contenus médiatiques pour former une IA, avec des conséquences sur le trafic et les revenus des éditeurs. La situation devient critique pour de nombreux médias européens.
Le EPC porte plainte contre Google devant Bruxelles pour utilisation de contenu médiatique afin de former son IA sans compensation, tout en lui enlevant jusqu’à 40 % de son trafic
Le Conseil Européen de Éditeurs (EPC) a déposé une plainte antitrust formelle auprès de la Commission Européenne contre Google concernant AI Overviews et AI Mode. L’accusation : utiliser du contenu journalistique sans autorisation ni paiement, détourner le trafic vers Google et abuser d’une position dominante dans la recherche en ligne. Le pacte qui a fonctionné pendant des années — Google indexe, les médias reçoivent des visites — s’est rompue lorsque l’IA permet de retenir l’utilisateur sans le rediriger vers les sources.
Android Headlines rapporte que la plainte, surtout, insiste sur le fait que l’utilisateur consomme l’information sans cliquer sur l’article original. Certains médias signalent des chutes de trafic de 40 % depuis le déploiement. Ce n’est pas anecdotique : cela concerne des revenus publicitaires et des abonnements qui soutiennent toute une rédaction.
Google impose un choix entre visibilité ou protection

Ces blocs de texte sont à l’origine de tout ce désordre
Christian Van Thillo, président de l’EPC, résume : « Il s’agit de freiner ceux qui utilisent leur pouvoir de marché pour s’approprier le contenu sans consentement, sans compensation juste et sans offrir de réelle protection au journalisme ». Le problème va plus loin : les éditeurs ne peuvent pas bloquer le suivi de Google pour AI Overviews sans perdre de visibilité dans la recherche générale. Il n’existe pas d’option pour séparer une fonction de l’autre.
Google a déployé AI Overviews dans plus de 100 pays et, depuis mai 2025, insère des annonces dans ces résumés. Il monétise du contenu étranger tout en érodant les visites vers les sources. OpenAI a signé des accords avec le New York Times, Anthropic avec Reuters, et Perplexity avec l’Associated Press. Google n’a conclu aucun accord avec les médias européens et, selon la plainte, utilise sa domination pour éviter cela.
La réponse de Google affirme que ses fonctions d’IA mettent en avant du contenu de qualité et que les éditeurs disposent de contrôles simples. Un porte-parole a déclaré que « ces affirmations inexactes tentent de freiner de nouvelles fonctionnalités d’IA utiles que les Européens désirent ». Cependant, les contrôles actuels obligent un choix entre protéger le contenu ou perdre de la visibilité. Renoncer à apparaître dans la recherche Google n’est pas une option pour la plupart des médias.
L’EPC invoque l’article 102 du Traité de Fonctionnement de l’UE, qui interdit les abus de position dominante. La plainte renforce le dossier préliminaire que Bruxelles a ouvert en décembre 2025 sur l’IA générative dans la recherche. L’Independent Publishers Alliance a déposé une plainte similaire en 2025, la CMA britannique a reçu une autre soutenue par Movement for an Open Web et Foxglove, et aux États-Unis, une entreprise d’edtech a poursuivi Google pour perte d’abonnés.
Van Thillo ajoute que « AI Overviews et AI Mode saperont le pacte économique qui a soutenu le web ouvert ». Si les rédactions perdent leur capacité à attirer des annonceurs, le dommage n’est pas seulement économique : la pluralité de la presse est menacée. Il ne s’agit pas de l’avenir, mais de licenciements et de fermetures déjà en cours dans certains pays européens.
Bruxelles a contraint Meta, Apple et Amazon à modifier leurs pratiques dans des cas similaires. Avec des médias perdant quatre visites sur dix et sans compensation en vue, ce que Google a présenté comme une amélioration du moteur de recherche est devenu un défi réglementaire qui définira la façon dont l’IA générative et la presse professionnelle coexisteront en Europe. Pour l’instant, Google n’a toujours pas signé d’accords de licence.
Google répond avec des chiffres agrégés sans préciser si ces clics ont chuté depuis l’arrivée d’AI Overviews. La Commission Européenne enquête sur la façon dont Google utilise le contenu web pour former son IA. Cette plainte formelle de l’EPC ajoute de la pression. Cela pourrait entraîner des sanctions ou des changements obligatoires, d’autant plus maintenant que le Règlement sur les Marchés Numériques impose des obligations supplémentaires aux grandes plateformes.
