Né à Londres en 2014, il ne servait au début qu’à acheter des billets pour des événements. Désormais, il recommande des soirées et promeut des artistes.
Elle est née comme une appli mais ressemble déjà à un réseau social, elle colonise un espace vide qu’il fallait tôt ou tard combler. Dice est très facile à utiliser, très compliqué cependant pour comprendre quels effets il va produire dans l’industrie de la musique et du live. D’une part, il semble être le seul bastion capable d’éviter le ticket secondaire. D’un autre côté, il pourrait devenir un autre hachoir à viande algorithmique qui aplatit tout ce qu’il touche.
Sur Dice, vous pouvez acheter des tickets numériques. C’est comme ça que c’est né et puis ça devient autre chose. Un moyen de se tenir au courant des spectacles en direct, de marquer les dates des soirées club, de revendre des billets. Une forme de promotion d’artistes, de festivals et de projets. La plateforme conseille également aux gens à quel concert aller en fonction de leurs goûts musicaux (et cela peut poser problème).
Né à Londres en 2014, l’idée est de Phil Hutcheon qui est aussi à la tête du label australien Modular Recordings. Puis l’application grandit, arrive aux États-Unis, en Espagne, en France et aussi en Italie, en 2019. Elle fait ses débuts à Milan, grâce à un accord avec Radar Concerti, une agence de promotion indépendante, puis se déplace à Turin, Rome, Bologne, Naples et Gênes.
Comment ça marche
Il suffit d’ouvrir l’écran principal pour retrouver les concerts, festivals, spectacles proposés par les algorithmes. Concentrez-vous sur l’utilisation mobile uniquement et les tickets numériques. Une fois acheté, un code QR arrive qui ne sera activé que deux heures avant le concert. Une manière d’éviter le ticket secondaire. De plus, cela facilite également la vente de billets sans, par exemple, avoir à changer de nom. En effet, ceux qui trouvent le « sold out » peuvent s’inscrire sur une liste d’attente, et acheter les billets qui sont revendus directement depuis l’application. Grâce à ce procédé, il n’est pas possible de gonfler les prix des billets sur le marché secondaire.
Les promesses de Dice
Il dit qu’il pourrait éliminer l’un des grands monstres de l’industrie du live : le ticket secondaire. Une mise à l’échelle 2.0 qui a créé de nombreux problèmes ces dernières années. Le cas emblématique était un concert de Coldplay en 2016. Les billets officiels avaient disparu d’un coup, 100 000 pour être exact. Le portail se détraque et se vend. Quelques minutes passent et les billets réapparaissent sur les sites de billetterie secondaires. En vente, cependant, à des chiffres fous. Un problème jusqu’ici jamais résolu.
Non seulement cela, Dice pourrait également devenir une vitrine pour la musique émergente. Profitant de sa vocation sociale, le réseau pourrait parrainer et donner une plus grande visibilité aux concerts mineurs dans des salles plus petites. Un autre avantage est la capacité de promouvoir des projets sur le marché mondial. Un exemple : dans la newsletter française de Dice, les festivals italiens peuvent être sponsorisés et vice versa.
Risques de l’application
Des algorithmes sont impliqués. L’application est en effet connectée à des services de streaming musical, par exemple Spotify ou Apple Music. L’algorithme enregistre les données d’audience, les artistes préférés, le genre musical de référence, traite le tout puis propose les concerts sur l’écran principal en fonction des goûts de chacun. Ou envoyez une notification pour signaler un événement. Un mécanisme très dangereux. D’abord parce qu’il y a un risque d’aplatissement et d’uniformisation des goûts musicaux.
Les recommandations algorithmiques ont une influence décisive sur les choix musicaux de millions de personnes, et le risque est que le top 50 en rotation devienne l’emblème de la culture populaire, effaçant tout le reste. Fondamentalement, tout le monde entend les mêmes choses et se retrouve coincé dans une boucle algorithmique. Spotify enseigne, c’est la musique qui choisit la personne.
Et puis il y a la chambre écologique, un incontournable de l’ère numérique. Des gens qui s’enferment dans des bulles, écoutent les mêmes chansons lors de concerts, ou le même genre qu’ils choisissent en streaming. Il n’y a pas de place pour découvrir de nouveaux genres, donc une tranche du public restera fossilisée sur son genre de référence et n’ira pas plus loin.
Il est né pour combler un vide
Mis à part les avantages et les inconvénients, Dice occupe un espace qui devait être comblé. Avant il y avait Facebook, pour promouvoir des événements, des concerts, des soirées découvertes. Puis il a perdu prise, les utilisateurs, puis il a tenté de se rattraper avec Instagram, qui n’est pas génétiquement adapté pour programmer des soirées. Et enfin vient Dice. Cela fonctionne si bien que des films, des critiques de films, des expositions et des spectacles seront également promus dans les mois à venir. Et il réfléchit déjà à la façon d’occuper les scènes des festivals de musique avec des artistes sélectionnés par Dice lui-même. L’idée est de devenir de plus en plus une référence (numérique et physique) de la culture internationale.
