L’Union européenne lance une action contre Google : « Injustice envers les éditeurs »

L'Union européenne lance une action contre Google : "Injustice envers les éditeurs"

La Commission européenne a lancé une enquête formelle sur Google, suspecté de cacher certains contenus commerciaux de médias européens dans les résultats de recherche. Cette situation soulève des préoccupations sur l’équité dans le traitement des éditeurs et leur accès à des revenus publicitaires critiques.

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La Commission européenne a initié une enquête formelle sur Google, suspecté d’avoir relégué au second plan – voire complètement dissimulé – certains contenus commerciaux publiés par des médias européens dans les résultats de recherche.

D’après les techniciens de Bruxelles, les rapports recueillis ces derniers mois révèlent que des sections entières des sites d’information consacrées à des partenariats avec des annonceurs seraient devenues difficiles d’accès pour les utilisateurs. Ce manque de visibilité pourrait signifier pour les éditeurs une perte de trafic et d’importantes pertes de revenus publicitaires.

« Nous sommes préoccupés par le fait que les politiques de Google ne garantissent pas un traitement équitable, raisonnable et non discriminatoire des éditeurs dans les résultats de recherche », a commenté Teresa Ribera, vice-présidente exécutive de la Commission européenne. « Nous enquêterons pour nous assurer que les éditeurs ne perdent pas de revenus cruciaux dans un moment difficile pour le secteur et pour garantir que Google respecte le Digital Markets Act. »

Le cadre réglementaire : que prévoit le Digital Markets Act

Le Digital Markets Act (DMA) – règlement européen destiné à réguler le pouvoir des grandes plateformes en ligne et à garantir une concurrence transparente – impose aux gatekeepers des conditions d’accès et de traitement “équitable, raisonnable et non discriminatoire” vis-à-vis des acteurs dépendant de leurs services.

Google, en tant que principal gatekeeper désigné, doit s’assurer que les éditeurs ne subissent pas de pénalités en matière d’indexation, particulièrement concernant des contenus légitimes respectant les normes publicitaires sectorielles. La Commission précise que l’enquête se concentre uniquement sur les contenus commerciaux créés en partenariat avec des sponsors, une pratique bien établie dans l’édition numérique.

Pourquoi l’enquête porte sur les partenariats commerciaux

Ces dernières années, de nombreux journaux européens ont mis en place des sections dédiées à des offres, des critiques ou des guides d’achats en collaboration avec des entreprises, répliquant ainsi les partenariats éditoriaux traditionnels en papier.

Cependant, Bruxelles estime que ces contenus ont été “déclassés” par Google à cause d’une stricte politique anti-spam. L’UE demandera donc aux éditeurs européens de fournir des données et des preuves sur d’éventuelles baisses de trafic ou de revenus.

La réponse de Google : « Accusations infondées, nuisibles aux utilisateurs »

Google a rejeté les accusations. Dans un communiqué sur son blog officiel, il a qualifié l’initiative européenne de “trompeuse” et “sans fondement”, rappelant qu’un tribunal allemand a déjà validé ses politiques anti-spam. Selon Google, ces mesures visent à garantir l’intégrité des résultats et à lutter contre les pratiques de « pay-for-play », c’est-à-dire des contenus créés exclusivement pour manipuler le classement dans les recherches.

Défendre la durabilité des médias : la perspective européenne

L’intervention de la Commission survient à un moment critique pour l’écosystème de l’information. Les rédactions européennes subissent depuis des années une baisse des revenus traditionnels, tandis que l’émergence de l’intelligence artificielle générative – comme l’a souligné la présidente Ursula von der Leyen dans son discours sur l’état de l’Union en 2025 – menace d’accentuer la perte d’audience et de financements.

Dans ce contexte, Bruxelles considère essentiel de veiller à ce que les géants technologiques n’imposent pas de conditions défavorables à ceux qui produisent du contenu, surtout lorsque ce dernier est l’un des rares canaux permettant de soutenir financièrement le secteur.

L’enquête s’inscrit dans le cadre de la procédure de “vérification de non-conformité” prévue par le DMA. En cas de violations avérées, le règlement prévoit des amendes pouvant atteindre 20 % du chiffre d’affaires mondial de l’entreprise concernée.