Un chercheur clé de Meta envisage de quitter la société pour développer des IA plus humaines

Un des chercheurs les plus importants de Meta veut quitter la compagnie pour se concentrer sur la création d'une nouvelle génération de modèles IA "qui comprennent réellement les humains"

Yann LeCun, figure emblématique de la recherche en intelligence artificielle chez Meta, envisage de quitter son poste face à des réorientations stratégiques de l’entreprise. Il souhaite se concentrer sur un nouveau projet d’IA visant à comprendre le monde de manière plus humaine, en réponse à une vague de changements au sein de la société.

Yann LeCun, dirigeant du laboratoire de recherche FAIR de Meta, décide d’abandonner son poste au sein du géant technologique après une série de changements impulsés par Zuckerberg concernant la direction de la division IA de l’entreprise

Un des chercheurs les plus importants de Meta veut quitter la compagnie pour se concentrer sur la création d'une nouvelle génération de modèles IA "qui comprennent réellement les humains"
Le départ potentiel de LeCun survient durant une année marquée pour Meta par un exode de talents incluant la vice-présidente de l’IA Joelle Pineau

Yann LeCun, reconnu comme l’un des pères du deep learning et lauréat du Prix Turing en 2018, envisagerait de franchir ce pas et aurait déjà commencé des discussions pour lever des fonds nécessaires pour le lancement d’un nouveau projet axé sur le développement de « modèles de monde ». Cette « nouvelle génération » d’applications IA se différencierait des itérations actuelles en offrant aux machines une compréhension de l’environnement physique semblable à celle des humains, au lieu de se limiter au traitement du langage.

Bien qu’aucune relation directe entre le départ de LeCun et les réorganisations stratégiques de l’IA chez Meta n’ait été confirmée, sa décision arrive en plein milieu de plusieurs changements initiés par Zuckerberg pour repositionner les efforts des divisions IA de l’entreprise vers le développement d’une « superintelligence » capable de rivaliser avec les modèles d’OpenAI et Google, ayant ainsi créé en juillet de cette année une nouvelle division de l’entreprise nommée Meta Superintelligence Labs (MSL).

Dans le cadre de cette stratégie, Zuckerberg a recruté Alexandr Wang, un développeur qui a fondé la startup de marquage de données Scale AI à seulement 19 ans, investissant 14,3 milliards de dollars pour acquérir 49 % de son entreprise. Le jeune homme de 28 ans a été nommé directeur de l’IA de Meta et principal responsable du MSL. Suite à cette réorganisation, LeCun, qui répondait auparavant au Directeur de Produit, Chris Cox, a dû travailler sous les ordres de Wang, ce qui peut être perçu comme une diminution de l’influence du chercheur expérimenté au sein de l’organigramme de l’entreprise.

Par ailleurs, Zuckerberg a constitué une « équipe d’élite » appelée TBD Lab, dédiée au développement des prochaines versions des modèles de langage de la société. Ce groupe est composé d’anciens employés de concurrents directs tels qu’OpenAI et Google, que Mark a réussi à « recruter » en proposant des salaire extrêmement élevés.

Il est important de noter que cette réorganisation n’a pas été sans conséquences pour les employés de Meta. Étrangement, l’équipe la plus touchée a été le Fundamental AI Research Lab (FAIR), dirigé par LeCun depuis 2013, et qui se concentre sur le développement de projets de recherche à long terme. Cette division fondamentale a perdu 600 de ses employés juste quelques mois après la création du MSL, tandis que TBD Lab, la « perle » de Zuckerberg, est restée épargnée par les réductions.

La vision de LeCun

Selon le Financial Times, au-delà de la tension créée par les répercussions de la réorganisation sur les projets de LeCun, le désaccord entre lui et Zuckerberg découle de différences philosophiques.

LeCun exprime depuis des années des critiques à l’égard de l’obsession de l’industrie pour les modèles de langage tels que ChatGPT, qu’il juge « utiles » mais incapables d’atteindre un raisonnement similaire à celui des humains. Par exemple, il a écrit il y a un an et demi sur X : « Si vous êtes étudiant et que vous souhaitez développer la prochaine génération de systèmes d’IA, ne travaillez pas sur les LLMs ».

Sa vision alternative, d’où il puise ses travaux chez Meta, repose sur le développement de l’Architecture Prédictive d’Incrustation Conjointe (JEPA). Ce système permet aux modèles d’IA d’apprendre du monde à travers vidéos et données spatiales, créant ainsi une représentation interne du fonctionnement des choses dans la réalité.

Cette approche, inspirée de la façon dont nous apprenons, nous les humains et les autres animaux, pourrait permettre à l’IA d’anticiper des situations réelles et de saisir des concepts physiques, comme la gravité. Ces capacités sont hors de portée des LLM actuels, qui, selon LeCun, en se formant uniquement avec du texte, ne pourront jamais y parvenir.

Le départ potentiel de LeCun survient alors que Meta subit un exode de talents, avec des départs notables tels que celui de la vice-présidente de l’IA Joelle Pineau et les licenciements de 600 chercheurs. Ces mouvements et turbulences répondent vraisemblablement aux pressions des investisseurs suite au relatif échec de lancements, comme Llama 4 ou ses lunettes intelligentes.