Une étude récente révèle que les leçons générées par l’intelligence artificielle se concentrent sur la mémorisation, négligeant l’analyse et la créativité, entraînant un apprentissage passif. Les enseignants doivent utiliser ces outils de manière réfléchie pour éviter des approches éducatives superficielles et inadaptées aux besoins des élèves.
Les plans de cours créés par l’IA négligent l’analyse et la créativité
La promesse de l’intelligence artificielle dans le domaine éducatif attirait l’attention : des outils capables de générer des plans de cours complets en quelques secondes, économisant temps et efforts pour des enseignants surchargés. Pourtant, une nouvelle recherche montre que la réalité est très différente. Les matériaux produits par des chatbots comme ChatGPT, Gemini ou Copilot manquent de profondeur pédagogique, reproduisant des erreurs traditionnelles de l’enseignement, laissant de côté des perspectives historiques diverses et proposant des expériences d’apprentissage monotones et peu inspirantes.
Une étude récente sur l’enseignement de l’éducation civique aux États-Unis indique que les plans générés par l’IA n’améliorent pas les techniques existantes en termes d’efficacité, d’engagement ou de capacité à motiver les élèves. En réalité, les chercheurs ont constaté que ces matériaux favorisent un apprentissage passif basé sur la mémorisation, laissant de côté la réflexion critique ou le raisonnement analytique. De plus, ils ignorent largement les voix et les expériences des groupes historiquement marginalisés, un phénomène également observable dans le domaine de la santé.
La popularité de l’IA chez les enseignants a rapidement augmenté. Un sondage de Gallup publié en septembre 2025 révèle que 60 % des enseignants de primaire et de secondaire aux États-Unis utilisent déjà un outil d’IA, principalement pour préparer des cours et concevoir des matériaux. La tentation est claire : ce qui nécessitait auparavant des heures de travail manuel peut désormais être généré en quelques clics. En revanche, les chatbots généralistes, conçus pour répondre à tous types de demandes, ne sont pas spécifiquement développés pour l’éducation, mais plutôt comme des systèmes polyvalents entraînés avec de vastes quantités de textes d’Internet.
Des leçons sans âme ni diversité
Les chercheurs ont décidé de vérifier dans quelle mesure ces outils pouvaient offrir des plans de cours utiles et diversifiés. Pour cela, ils ont demandé à trois modèles (ChatGPT-4o, Gemini 1.5 Flash et Microsoft Copilot) de générer des plans de leçons d’éducation civique pour des élèves de huitième année à Massachusetts. Ils ont analysé 311 plans de cours comportant 2 230 activités basées sur les normes étatiques, et les ont évalués selon deux cadres pédagogiques largement acceptés : la taxonomie de Bloom et les niveaux d’intégration multiculturelle de James Banks.
Les résultats étaient sans appel. Selon la taxonomie de Bloom, qui distingue entre des compétences de pensée « inférieures » (mémoriser, comprendre, appliquer) et « supérieures » (analyser, évaluer, créer), 90 % des activités se concentraient sur les niveaux les plus basiques. Les leçons demandaient aux élèves de mémoriser des définitions, de résumer des textes ou de réciter des faits, mais rarement de les inviter à analyser des problèmes civiques, à débattre de questions politiques ou à participer à des projets d’action sociale.
Concernant la diversité, les données étaient encore plus révélatrices. En appliquant le modèle de Banks, qui évalue dans quelle mesure les matériaux éducatifs intègrent des perspectives culturelles et sociales variées, les chercheurs ont découvert que seulement 6 % des leçons incluaient du contenu multiculturel. De plus, ces rares références se limitaient généralement à des commémorations ou à des personnages héroïques, sans approfondir l’expérience des femmes, des personnes noires, latinas, asiatiques, autochtones ou en situation de handicap. En fin de compte, l’IA semblait proposer une version réduite et homogène de l’histoire, semblable à un manuel des années 90 plutôt qu’à un outil du XXIe siècle.
Les auteurs de l’étude le résument sans détour : les plans générés par l’IA sont ennuyeux, traditionnels et apparaissant inspirants, mais manquent de substance. Si les enseignants les adoptaient sans modification, le résultat serait un apprentissage civique plat, dépourvu de pensée critique et de lien avec la réalité sociale des élèves.
Au-delà des chiffres, les implications sont considérables. Les chatbots ne comprennent pas les dynamiques réelles de la classe ni les besoins spécifiques de chaque groupe d’élèves. Bien qu’ils prétendent « comprendre » les demandes de l’utilisateur, en réalité, ils prédisent simplement le mot suivant le plus probable dans une séquence de texte. Ils dépendent de modèles statistiques, non d’une compréhension contextuelle ou d’une intention pédagogique.
Par conséquent, les chercheurs mettent en garde contre le risque de se fier aveuglément à des outils qui ne sont pas conçus pour améliorer l’enseignement, mais pour l’automatiser. Face à la flexibilité et à la personnalisation requises par l’éducation, les chatbots ont tendance à offrir des solutions standardisées, structurées étape par étape, peu en phase avec le travail créatif d’un enseignant.
Cependant, les auteurs de l’étude ne rejettent pas complètement leur utilité. L’IA peut être un outil complémentaire, mais pas substitutif, si elle est utilisée avec discernement. Ils ont d’ailleurs trouvé des idées intéressantes dans certaines activités générées, en particulier pour les devoirs ou les exercices d’extension. Au lieu de demander à l’IA de « concevoir un cours sur la Convention constitutionnelle », les enseignants pourraient formuler des indications plus précises : inclure des activités d’analyse et de création selon la taxonomie de Bloom, intégrer des perspectives historiques occultées et promouvoir des projets de participation civique basés sur le modèle multiculturel de Banks.
Le message est clair : les enseignants doivent être des utilisateurs critiques, non des adoptants passifs. L’intelligence artificielle n’est pas une solution magique, mais un outil qui nécessite une expertise pédagogique pour être utilisé correctement. À long terme, le véritable défi sera de former les enseignants à comprendre ses limites et ses possibilités, et de favoriser davantage de recherches sur la manière dont l’IA peut s’intégrer dans l’éducation sans la déshumaniser.
