Un mouvement prend de l’ampleur en opposition à une nouvelle régulation européenne. Des centaines d’e-mails inondent les eurodéputés, et un site dédié facilite cette mobilisation. Alors que des inquiétudes concernant la protection de la vie privée s’intensifient, le vote sur la régulation est reporté.

Evin Incir, 41 ans, est une eurodéputée suédoise. Depuis quelques semaines, sa boîte mail officielle rencontre des difficultés. “Nous recevons des centaines d’emails chaque jour”, a-t-elle expliqué au journal Politico.eu. Le contenu des emails peut varier, mais l’objet demeure identique : stopper la proposition sur le Chat Control. Le Conseil de l’UE se prépare à voter le Child Sexual Abuse Regulation (CSAR), un texte introduisant des outils de surveillance sur les plateformes pour lutter contre les abuses sexuels sur les mineurs.
Ce règlement repose sur la proposition qualifiée de Chat Control : un dispositif, dont les détails restent à définir, permettant aux forces de l’ordre de contrôler les conversations chiffrées à la recherche de matériel pédopornographique. Cette initiative a suscité de fortes critiques : donner accès aux discussions protégées sur des applications comme WhatsApp ou Telegram pourrait compromettre la vie privée.
Le site de Joachim contre Chat Control
Le flux d’emails adressés aux eurodéputés provient d’un unique site. Joachim, un ingénieur danois, a lancé le portail Fight Chat Control. Le principe repose sur le mail bombing : envoyer des vagues d’emails répétées afin de sensibiliser à une cause. Pour participer, il suffit de se rendre sur le site, de choisir le pays d’élection du parlementaire à contacter et de valider en quelques clics. Un modèle de message est également proposé.
Visiblement, le site bénéficie d’un trafic significatif. Joachim a indiqué qu’il avait atteint 2,5 millions de visites depuis son lancement. Cet afflux ne plaît guère aux eurodéputés, entraînant des milliers d’emails dans leur boîte de réception.
Report du vote initialement prévu le 14 octobre
Pour l’instant, le Child Sexual Abuse Regulation (CSAR) semble encore loin de l’approbation. Récemment, l’Allemagne a annoncé qu’elle ne voterait pas le texte tel qu’il est rédigé. La ministre Stefanie Hubig a affirmé : “Les crimes les plus graves ne justifient pas la violation des droits civils fondamentaux.” Un vote au Conseil de l’Union européenne était prévu pour le 14 octobre, mais il semblerait que cette session ait été retirée des agendas.
