L’ascension du dark woke aux États-Unis : la gauche s’implique désormais avec les mèmes

L'ascension du dark woke aux États-Unis : la gauche s'implique désormais avec les mèmes

Le notions de « dark woke » émergent comme une réponse à la crise de la gauche américaine, un phénomène où le politiquement incorrect devient un atout pour séduire l’électorat. En imitant les stratégies de la droite, cette tendance redéfinit le combat politique à travers des memes satiriques et un discours provocateur.

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« Ma grand-mère a voté pour Trump, donc je me suis assuré qu’elle tombait dans les escaliers. » Nous pourrions ainsi résumer le dark woke, la face obscure de la gauche qui essaie de survivre dans un monde où le politiquement incorrect fait rire et remporte les élections. Sur les réseaux sociaux, l’hashtag est devenu viral, des memes contre Donald Trump et J.D. Vance ont fait leur apparition, et des députés démocrates partagent des insultes sur X. La gauche américaine est en crise, sa stratégie de communication ne fonctionne pas et elle se tourne alors vers la droite pour imiter.

Avec le dark woke, la gauche se salit, adaptant son contenu au langage de la droite. Trolling, mématisation, ironie mal placée pour parler aux tripes de l’électorat, c’est une stratégie viscérale. Elle abandonne le rêve d’éduquer les électeurs, l’objectif est plutôt de ridiculiser l’ennemi, de le neutraliser par des memes satiriques.

D’ailleurs, comme l’a expliqué le journaliste Ezra Klein, « Trump est désinhibé et c’est ce qui a propulsé son succès. Il est magnétique et captivant sur scène et dit des choses que d’autres n’oseraient pas. » La témérité, explique Klein, est la caractéristique principale de Trump qui a contaminé l’univers Maga. Et pas seulement, apparemment.

L’origine du dark woke coïncide avec un post d’Alexandria Ocasio-Cortez. La députée démocrate a qualifié Donald Trump d’agresseur sexuel. À ceux qui l’ont critiquée, elle a répondu « Oh, je t’ai dérangé ? Pleure encore plus. » Le post est devenu viral, récoltant plus de 17 millions de vues, et l’hashtag Dark Woke a fait son apparition sur les réseaux sociaux. L’idée fondatrice du dark wokeism mijotait depuis un certain temps, pensons simplement au meme Dark Brandon, l’alter ego maléfique de Biden devenu viral sur les réseaux en 2024.

En réalité, certains candidats démocrates comme Jasmine Crockett, Chris Murphy, John Fetterman et même Ocasio-Cortez, ont choisi des stratégies de communication plus agressives, insistant sur Fox News, insultant leurs adversaires. Actuellement, cette faction se radicalise. Ce n’est pas une surprise, aussi grâce à la provocation Trump a gagné un second mandat.

Le succès de la lutte antiwoke, et en contrepartie l’échec de la communication à gauche, dépend aussi des réseaux sociaux. Ou plutôt de la dépendance de la politique à ces plateformes. Ce sont la nouvelle arène qui touche la plus large part de l’électorat. Sur les réseaux sociaux, les algorithmes favorisent les contenus polarisants, créant du débat tout en enfermant les utilisateurs dans des chambres d’écho. Ils privilégient un langage des tripes, simple, direct, qui n’implique pas d’effort d’attention et qui peut être réduit à un meme. Cela, la droite de Trump l’a compris.

Pour le moment, le dark woke est un phénomène purement américain, mais comme le dit un vieux proverbe, lorsque l’Amérique éternue, l’Europe prend un rhume. Il pourrait donc s’agir simplement d’une question de temps. Est-ce une bonne tendance? Pas vraiment.

Le dark woke suit la règle de l’ancienne stratégie militaire, comme l’écrivait Sun Tzu dans L’art de la guerre, la meilleure défense est l’attaque. Pour Shakespeare, c’était combattre le feu par le feu, pour Hippocrate, le semblable avec le semblable. Et pourtant, le dark woke est un fragile patchwork format tweet qui risque de réduire le débat politique à un meme. Et si d’un côté la gauche doit cesser de confondre inaction et civilité, de l’autre, elle peut trouver mieux que des trolls vulgaires. Le dark woke est un rebranding. Il y a besoin d’une nouvelle idée.