Il s’agit de Serapias unknowna, une espèce protégée que des chercheurs ont trouvée dans les prairies et le long des pistes de la base aérienne de Solenzara, à Ventiseri, sur la côte sud-est de l’île.
Serapias unknowna à la base aérienne de Solenzara, Corse / Crédit : Margaux Julien (Ecotonia)
En Corse, loin des regards des locaux et des touristes, se cache une orchidée rare : la Serapias negligeaégalement connue sous le nom de Neglected Serapis, une espèce protégée classée comme proche de l’extinction sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Situé à l’intérieur de la base aérienne militaire de Solenzara, à Ventiseri, sur la côte sud-est de l’île, la Serapias negligea il est présent avec plus de 155 mille spécimens sur une superficie de 550 hectares, ce qui fait de cette population la plus grande jamais connue. Globalement, cette orchidée ne se trouve que dans le sud de la France (Provence et Corse), en Italie et le long de la côte orientale de l’Adriatique, mais aucune de ces régions ne possède une population aussi abondante que celle documentée dans la base militaire décrite de Solenzara.
Serapias unknowna dans les prairies de la base aérienne militaire de Solenzara, Corse / Crédit : Margaux Julien (Ecotonia)
Pour le découvrir, ce sont les chercheurs du Centre français de recherche en écologie et écologie évolutive (CEFE) et du cabinet Ecotonia, qui sont tombés sur cette population en évaluant la richesse floristique de cette zone militaire, considérée comme une zone importante pour la biodiversité végétale, tant pour sa position géographique que pour l’utilisation de la zone elle-même, n’étant pas accessible au public et avec des sols mal fertilisés et non traités. Leur étude, publiée dans le Journal de données sur la biodiversitéen effet, a documenté une impressionnante richesse végétale, dont 12 autres espèces d’orchidées.
Là Serapias negligea, en particulier, il était abondant le long des bords des pentes et dans les prairies à proximité des bâtiments militaires. Ces espaces, régulièrement tondus pour des raisons de sécurité, permettaient aux orchidées de s’épanouir dans un environnement peu dense avec peu d’espèces concurrentes, expliquent les chercheurs. L’emplacement du territoire, sur l’ancien lit de la rivière Travo, a également fourni un lit de galets de quelques centimètres de profondeur.
Au total, 522 espèces végétales ont été recensées au sein de la base aérienne, dont 19 sont protégées, ce qui représente au total 23 % des espèces végétales présentes en Corse. Parmi celles-ci, d’autres plantes très rares ont été trouvées, ainsi que des espèces en voie de disparition comme la gratiola (Gratiola officinalis) et leAnthemis arvensis subsp. embarquéune sous-espèce de la camomille des champs.
La protection de cette richesse est essentielle. « Si de futurs développements logistiques sont menés sur cette base, ils devront favoriser la conservation de cette biodiversité floristique exceptionnelle, et, en particulier, de cette orchidée particulièrement abondante. – ont souligné les savants -. Les bases militaires sont une formidable opportunité pour la conservation des espèces et bénéficieraient de la valorisation de leur patrimoine naturel« .
