L’incendie de Crans-Montana a engendré de nombreuses victimes, dont des adolescents. Ce tragique événement déclenche un processus de coopération internationale pour accueillir les blessés. Les infrastructures médicales doivent s’adapter rapidement pour faire face aux nombreux cas de brûlures graves et autres blessures précoces, nécessitant une réponse organisée.

Le récent incendie de Crans-Montana a coûté la vie à 40 personnes, dont six jeunes Italiens, et a blessé plus de 110 personnes. Lorsqu’un incident grave entraîne tant de blessés que les hôpitaux locaux ne peuvent pas gérer, un protocol de coopération internationale s’active. Ce protocole fait appel à des infrastructures et des experts d’autres pays, tous unis dans un seul objectif : sauver le plus de vies possible et soigner les survivants.
Ces événements sont techniquement qualifiés de « mass disaster », soit « désastres de masse ». Ils peuvent résulter de diverses causes, comme des événements naturels extrêmes, des accidents, des explosions ou des incendies. Lorsque le désastre est dû à un incendie majeur, tel que celui ayant touché le bar Le Constellation, il est désigné comme un incident de « Mass casualty incidents (BMCI) », impliquant un nombre élevé de personnes souffrant de brûlures graves. Ces événements sont rares et peuvent facilement surcharger les infrastructures sanitaires, souvent mal équipées pour gérer un grand nombre de ces cas en même temps.
Une personne dirigent le Centre Grands Brûlés et Chirurgie Plastique à l’hôpital Villa Scassi de Gênes, également membre de la Société Italienne de Chirurgie Plastique Ricostructive et Esthétique (SICPRE), possède une vaste expérience dans la gestion des désastres de masse. Après l’incendie de Crans-Montana, son centre a rapidement fourni des stocks de broméline, un médicament spécialisé essentiel aux premières étapes du traitement des brûlures sévères à l’hôpital Niguarda de Milan.
Qu’est-ce qui définit un désastre de masse ?
Un désastre de masse n’indique pas nécessairement qu’il y ait des centaines de blessés. Même un incident avec dix victimes peut être considéré comme un désastre dans une localité où cela entraîne un surcroît de travail local.
Le lieu de l’incident et le type d’infrastructures disponibles jouent un rôle crucial. Les victimes de ces événements sont généralement des patients polytraumatisés, présentant plusieurs blessures sur divers organes, et des brûlures sont souvent présentes.
Qu’est-ce qui le distingue d’une urgence sanitaire ordinaire ?
Un désastre de masse est un événement exceptionnel et rare, mais qui requiert en général un niveau d’expertise nettement plus élevé, disproportionné par rapport aux événements quotidiens.
Pourquoi l’incendie de Crans-Montana a-t-il été traité comme un désastre de masse ?
La surcharge des infrastructures sanitaires locales est au cœur de la question. Dans une station de ski comme Crans-Montana, ainsi que dans toute la Suisse, il n’y a pas suffisamment de centres spécialisés pour gérer des centaines de blessés. Les brûlures étant une affection rare, elles nécessitent des établissements et des spécialistes hautement qualifiés. Même sept ou huit brûlés graves à gérer simultanément représentent une situation d’urgence bien au-delà de la normale.
Comment gérer une telle situation ?
En Europe, le traitement des brûlures est centralisé. Cela implique l’existence d’équipes spécialisées capables de mener des interventions chirurgicales multidisciplinaires de haut niveau. Dans ces situations, l’important est d’éviter la formation de bottleneck (goulots d’étranglement).
Qu’indique cela ?
Si plusieurs personnes souffrent de brûlures graves, il n’est pas possible de toutes les envoyer dans un seul centre, car il ne peut pas les prendre en charge en même temps. D’où l’importance du triage : l’équipe d’experts sur place détermine, selon leur état, quels patients doivent être transférés dans un centre de brûlures spécialisé et lesquels peuvent être envoyés vers un hôpital fournissant un support de base.
Comment cela fonctionne-t-il opérationnellement ?
Peu après l’incendie de Crans-Montana, un État membre de l’Union Européenne a sollicité l’assistance du Mécanisme de Protection Civile Européen, similaire à une protection civile à l’échelle européenne. Celui-ci se met en relation avec les services de protection civile des différents pays afin d’organiser l’envoi d’équipes spécialisées, de trouver des lits disponibles dans divers centres, ainsi que de coordonner le transfert des blessés et de préparer les stocks de matériaux, équipements hospitaliers et médicaments nécessaires.
Pour Crans-Montana, comment a-t-on établi quels pays accueilleraient les blessés ?
Après le triage initial, l’identification des patients a été effectuée quand cela était possible. Ensuite, la décision a été de les envoyer dans tel ou tel centre en fonction de leur proximité avec le lieu de l’accident ou de la présence de leurs familles. L’objectif reste d’éviter un stress supplémentaire pour les familles.
Le Centre des Brûlés que vous dirigez a-t-il été contacté ?
Nous avons été contactés immédiatement par la Protection Civile pour constituer l’équipe à envoyer sur place, prête le jour même de l’incident. Cependant, l’équipe de Milan a lancé l’opération, tandis que nous sommes restés en support.
Quels sont les aspects les plus critiques dans ces situations ?
Dans de telles circonstances, l’élément le plus critique est l’accès aux soins intensifs, car malheureusement, les poumons sont souvent touchés. Cela a également été le cas à Crans-Montana, où certains jeunes ont inhalé des matériaux toxiques fondus durant l’incendie, tels que les mousses présentes dans les plafonds. Même quelques minutes d’inhalation de ces substances hautement toxiques peuvent gravement endommager les poumons.
Ainsi, le plus grand problème auquel nous faisons face avec les jeunes actuellement dans des centres spécialisés est que même si leurs brûlures sont soignées, leurs poumons pourraient ne pas fonctionner une fois débranchés des machines.
Y a-t-il suffisant de soins intensifs ?
Les brûlés graves sont des patients très particuliers, nécessitant des soins intensifs dédiés et complètement stériles. L’un des standards requis par la Société Européenne des Brûlures (European Burn Association) est d’avoir des unités de soins intensifs spécifiquement destinées aux patients brûlés. Cela est essentiel car leur système immunitaire est très affaibli. Rappelons que la peau est notre première barrière contre le risque d’infections.
Qu’en est-il de la gestion des stocks de médicaments ?
La gestion des médicaments fait également partie de la réponse aux désastres de masse. Par exemple, notre hôpital de Gênes a fourni nos stocks de broméline, un enzym essentiel pour le traitement d’urgence des brûlures, que nous avons immédiatement envoyés à Niguarda.
Tout cela ne se fait pas au hasard, mais suit un programme européen détaillé élaboré par la Société Européenne des Brûlures, qui depuis des années évalue les centres de brûlures en Europe. L’objectif est de définir des normes de soins et d’assistance tout en soutenant au mieux l’efficacité dans la gestion et le transfert des patients, pour garantir les soins appropriés et le bon usage des médicaments, qui sont souvent très spécialisés.
