Un nouvel article révèle les limites du tramadol dans le traitement de la douleur chronique, mettant en lumière des risques accrus d’effets indésirables graves, notamment des maladies cardiaques. Cette recherche soulève des questions cruciales sur son efficacité comparée à un placebo, incitant à reconsidérer son utilisation en pratiques médicales.

Un antidouleur courant, le tramadol, montrerait une efficacité limitée pour diminuer la douleur chronique et serait lié à un risque accru d’effets adverses graves, tels que des maladies cardiaques potentiellement mortelles. C’est ce qui ressort d’une étude approfondie publiée dans la revue scientifique BMJ Evidence-Based Medicine, qui a comparé les résultats de la prise d’analgésiques avec un placebo. Le tramadol modifie les niveaux de noradrénaline et de sérotonine dans le cerveau, réduisant ainsi la douleur sans traiter sa cause. Ce médicament, un opioïde synthétique, est utilisé depuis des décennies pour traiter les douleurs modérées à sévères, y compris les névralgies et les maux de tête. Aux États-Unis, il est largement prescrit car il présente un risque de dépendance moindre (bien que présent) par rapport à l’oxycodone et aux autres opioïdes forts. Toutefois, sa consommation comme drogue récréative augmente, et des cas de prescriptions falsifiées par des jeunes se multiplient en Italie, alors que l’accès à ce médicament nécessite une prescription médicale. Selon cette nouvelle étude, les avantages du tramadol seraient limités par rapport aux risques potentiels.
Une équipe de recherche danoise a déterminé que le tramadol est associé à un risque nettement plus élevé d’effets indésirables, tels que des infarctus, des douleurs thoraciques, ou une insuffisance cardiaque congestive. Ces chercheurs, provenant de plusieurs instituts, ont effectué une méta-analyse sur 19 études cliniques randomisées (publiées jusqu’en février 2025) impliquant plus de 6 500 participants âgés en moyenne de 58 ans, souffrant notamment de douleurs neuropathiques, d’arthrose et de douleurs lombaires chroniques.
Les données croisées ont révélé que ceux prenant du tramadol ont plus de deux fois plus de risques d’éprouver des effets indésirables graves. Les chercheurs ont trouvé la preuve que le tramadol engendre des effets néfastes (OR 2,13; IC 97,5% de 1,29 à 3,51; p = 0,001; certitude modérée des preuves), notamment dus à une plus grande incidence d’événements cardiaques et de néoplasies. En termes simples, l’utilisation de tramadol dans cette cohorte était liée à un risque 113 % supérieur d’événements indésirables tels que la coronaropathie, l’insuffisance cardiaque et les cancers. De plus, il y avait un accroissement des effets secondaires mineurs, bien que la certitude de ces données soit limitée. La méta-analyse a montré que le tramadol augmentait les risques de divers effets indésirables non graves, incluant la nausée, les vertiges, la constipation et la somnolence, tous avec un faible niveau de certitude.
Malgré sa prescription depuis longtemps, cette méta-analyse suggère que le tramadol a un effet bénéfique restreint sur la douleur chronique, même s’il existe : “L’ampleur de l’effet était inférieure à notre différence minimale importante prédéfinie de 1,0 point sur la NRS (échelle d’évaluation numérique NDR)”. Compte tenu de ces résultats, les chercheurs estiment que les effets indésirables du tramadol pour la gestion de la douleur dépassent probablement les bénéfices limités, suggérant ainsi aux médecins d’envisager d’autres alternatives, sans toutefois appeler directement les autorités à revoir la sécurité de ce médicament. Les détails de l’étude “Tramadol versus placebo for chronic pain: a systematic test with meta-analysis and trial sequential analysis” ont été publiés dans BMJ.
