Le plus haut enregistrement de température au monde pourrait être erroné : une nouvelle étude remet en question les 56,7 °C

La Death Valley, en Californie, détient le record de la température de l'air la plus haute du monde, 56,7 °C, enregistrée le 10 juillet 1913. Une nouvelle étude montre que cette valeur pourrait être erronée / Photo : iStock

Un nouveau regard sur le record de température de la Death Valley remet en question des chiffres établis depuis plus d’un siècle, suggérant qu’une réévaluation pourrait être nécessaire. Ce travail propose une analyse détaillée des données historico-météorologiques, soulevant des interrogations sur la précision des mesures autres que celles connues.

La Death Valley, en Californie, détient le record de la température de l'air la plus haute du monde, 56,7 °C, enregistrée le 10 juillet 1913. Une nouvelle étude montre que cette valeur pourrait être erronée / Photo : iStock

La Death Valley, en Californie, détient le record de température de l’air la plus haute du monde, 56,7 °C, enregistré le 10 juillet 1913. Une nouvelle étude montre que cette valeur pourrait être erronée / Photo :

Depuis 112 ans, la Death Valley est réputée pour le record de température de l’air le plus élevé jamais mesuré : 56,7 °C (134 °F), enregistré à Furnace Creek, dans le Greenland Ranch, le 10 juillet 1913. Un nouvel article, publié dans le Bulletin of the American Meteorological Society, indique que cette mesure est probablement exagérée et propose de réévaluer son statut.

La recherche menée par le météorologue Roy W. Spencer de l’Université de l’Alabama à Huntsville, avec le climatologue John R. Christy et le chasseur de tempêtes William T. Reid, a analysé les données de juillet provenant de stations situées dans un rayon de 250 km autour du Greenland Ranch entre 1923 et 2024. En corrigeant les données pour tenir compte des différences d’altitude et en comparant les maxima mensuels, l’équipe estime que la température plausible au Greenland Ranch ce 10 juillet 1913 aurait été d’environ 120 °F (48,9 °C), et non de 134 °F (56,7 °C). Sur la base de ces éléments, les auteurs recommandent d’envisager la rétractation du statut de record mondial.

Je partage l’avis de nombreux météorologistes et climatologues sur le scepticisme relatif au record mondial de la Death Valley”, déclare Roy Spencer, soulignant qu’une analyse quantitative faisait jusqu’alors défaut, et que cette nouvelle étude comble cette lacune.

La pertinence de cette révision est particulièrement significative : elle touche à la précision historique et à la qualité des enregistrements météorologiques. Elle a également des implications sur la manière dont nous comparons des événements extrêmes au fil du temps face au changement climatique. La demande de révision du record n’indique pas que la Death Valley ne fait pas partie des lieux les plus chauds de la Terre, mais que cette mesure unique de 56,7 °C pourrait ne pas répondre aux standards d’observation.

L’étude qui remet en cause le record de 56,7 °C dans la Death Valley

Dans l’étude, intitulée Death Valley Illusion: Evidence Against the 134 °F World Record, les auteurs calculent un intervalle de lapse rates (variations de température avec l’altitude) basé sur 102 ans de données estivales (1923–2024). En comparant la différence entre les maxima observés dans les stations plus élevées et la moyenne (ajustée pour l’altitude), ils reconstruisent quelle aurait été la température probable au Greenland Ranch au début de juillet 1913. Cette approche statistico-météorologique conduit à une estimation moyenne de 120 ± 2 °F (environ 48,9 °C) pour le 10 juillet 1913.

Les auteurs signalent aussi que les deux premières semaines de juillet 1913 apparaissent “falsément chaudes par rapport au comportement climatologique observé dans les stations environnantes, et que d’autres années montrent des anomalies similaires. D’après des reconstructions historiques et des documents d’archives, l’équipe considère qu’il est plausible que certaines mesures initiales du refuge instrumenté au Greenland Ranch aient été remplacées ou intégrées avec des valeurs provenant de thermomètres non standards, tels que ceux placés sur le porche du ranch.

Comment et pourquoi la valeur pourrait avoir été enregistrée

En 1911, le Weather Bureau a installé un refuge instrumenté au Greenland Ranch. Cependant, des documents photographiques et des récits historiques laissent penser que le responsable du ranch, Oscar Denton, aurait pu déplacer l’équipement ou remplacer des lectures par des thermomètres utilisés sur le porche — un emplacement plus chaud que celui du refuge installé et ne respectant pas les normes. Le porche, avec son double toit et proche de surfaces nues, aurait pu générer des lectures localement plus élevées que celles du refuge correctement situé.

À gauche, la copie carbone du formulaire climatique original du Greenland Ranch de juillet 1913. À droite, une capture d'écran du site web de l'Organisation météorologique mondiale (OMM) affichant la température de 134 °F (56,7 °C) comme le record le plus élevé au monde / Crédit : William Reid/stormbruiser.com

À gauche, la copie carbone du formulaire climatique original du Greenland Ranch de juillet 1913. À droite, une capture d’écran du site web de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) affichant la température de 134 °F (56,7 °C) comme le record le plus élevé au monde / Crédit : William Reid/stormbruiser.com

Roy Spencer, dans un article sur son blog, souligne que “la cause la plus probable est que les mesures rapportées par le responsable du ranch n’ont pas été prises de manière académique”, et qu’il est surprenant qu’un contrôle quantitatif n’ait pas été effectué précédemment, puisque les principes météorologiques pour valider ces records sont bien établis depuis des décennies. Cette combinaison d’anomalies statistiques et de preuves historiques est au cœur de la recommandation des auteurs de reconsidérer le record.