Des observations récentes sur l’objet interstellaire 3I/ATLAS révèlent une dynamique fascinante de sa queue, qui a changé de direction. Ce phénomène attire l’attention sur les mystères et les caractéristiques de cet objet, laissant place à des théories intrigantes sur sa nature.

L’évolution de la queue de 3I/ATLAS. Crédit : Jewitt / Luu / arXiv
Les observations de l’objet interstellaire 3I/ATLAS, réalisées entre juillet et août à l’aide de divers instruments, comme le Telescope Spatial Hubble, ont révélé la présence d’une anomalie : une anti-queue dirigée vers le Soleil, au lieu de l’opposée. De nouvelles investigations effectuées en septembre avec le Telescope Optique Nordique (NOT), un réflecteur Ritchey-Chrétien de 2,56 mètres situé à l’Observatoire du Roque de los Muchachos sur l’île de La Palma (Canaries, Espagne), ont montré que la queue de 3I/ATLAS a changé de direction, s’orientant maintenant à l’opposé du Soleil.
Les anti-queues, bien qu’inhabituelles, ne sont pas rares chez les comètes. Le cas de la « comète du siècle » C/2023 A3 (Tsuchinshan-ATLAS), observée l’automne dernier, en est un exemple. En majorité, les anti-queues sont des phénomènes optiques, résultant de la façon dont les poussières et les débris libérés par les comètes s’étendent derrière le noyau. Ces traînées peuvent, suivant la position de la comète par rapport à la Terre et au Soleil, sembler se diriger vers l’avant ou l’arrière, mais il s’agit surtout d’une illusion visuelle. Toutefois, certaines comètes peuvent développer de véritables anti-queues, avec du matériel qui se positionne effectivement devant le noyau. Ce phénomène est exceptionnel et se produit dans des circonstances spécifiques, souvent en raison de la rotation du noyau.
Il est important de rappeler que dans l’espace, il n’y a pas d’atmosphère. Les queues sont donc générées par la pression de radiation et le vent solaire, qui propulsent les matériaux libérés par le dégazage (induit par la chaleur du Soleil) derrière les noyaux cométaires. Dans le cas de 3I/ATLAS, les experts estiment que ce que nous avons observé en juillet et août était une vraie anti-queue et non un phénomène optique. Le Dr Michael Busch, chercheur en astronomie et astrophysique à la National Science Foundation, a expliqué : « Avec un noyau cométaire en rotation, le matériau éjecté d’un point peut se détacher à une vitesse héliocentrique qui le place devant ou derrière le noyau, indépendamment de la direction de son éjection. » « La poussière fine et le gaz expulsé, ajoute-t-il, sont poussés par la pression de radiation et le vent solaire. Cependant, les morceaux plus gros de matériau éjecté se dispersent le long de l’orbite, tant devant que derrière le noyau. Pour les comètes du système solaire, cela finit par donner naissance à une traînée de météoroïdes qui suit l’orbite complète. »
Les scientifiques David Jewitt et Jane Luu, qui ont réalisé les observations avec le télescope aux Canaries, expliquent dans le résumé de leur étude que l’apparition de la queue de 3I/ATLAS en septembre est due à une éjection lente de particules de poussière « à dominance optique » – à une vitesse de 5 mètres par seconde – et à leur « réponse lente subséquente à la pression de la radiation solaire ». En réalité, il n’y aurait rien d’inhabituel, mais simplement une dynamique de libération des débris particulière. Cet objet interstellaire a des milliards d’années et, selon une étude récente, il ne s’est jamais rapproché d’une étoile comme il le fait actuellement avec le Soleil, ce qui le fait considérer comme une sorte de capsule du temps, restant exposée à l’espace profond pendant des périodes énormes. Selon les experts, il renferme les secrets de son ancien système stellaire d’origine, dans le disque mince de la Voie lactée.
L’astronome et physicien israélien Abraham Avi Loeb, comme à son habitude, a interprété le changement de direction de la queue comme un autre possible indice de la nature technologique de 3I/ATLAS. Depuis un certain temps, il avance que cela pourrait être un vaisseau-mère extraterrestre. « Mon collègue Adam Hibberd souligne que si l’objet était un vaisseau spatial en ralentissement et que l’anti-queue était le jet d’un propulseur, alors cette transition de l’anti-queue à la queue serait tout à fait prévisible à l’approche du périhélie (qui sera atteint le 29 octobre). Dans ce cas, cette transition constituerait une technofirme sous la forme d’un phénomène inattendu, indicative d’une manœuvre contrôlée, probablement avec l’intention d’atteindre une orbite héliocentrique entre les orbites de Mars et de Jupiter. »
L’objet interstellaire vient tout juste d’entrer en conjonction avec le Soleil et sera invisible aux télescopes terrestres pendant quelques semaines. Pour Avi Loeb, c’est le moment idéal pour 3I/ATLAS, s’il s’agissait d’un vaisseau spatial extraterrestre, de libérer des mini-sondes vers les planètes du système solaire, en profitant d’une manœuvre d’Oberth au périhélie. Celles-ci ne sont que des hypothèses (très) fantaisistes et critiquées ; la plupart des experts soutiennent que 3I/ATLAS n’est rien d’autre qu’une comète extraterrestre, dont les particularités sont dues au fait qu’elle provient d’un système stellaire éloigné et a voyagé pendant des milliards d’années. Les détails de l’étude intitulée « Développement pré-périhélique de la comète interstellaire 3I/ATLAS », qui n’a pas encore été publiée dans une revue à comité de lecture, sont accessibles sur ArXiv.
