Pourquoi veulent-ils te faire croire que manger de la viande est une preuve de virilité : les éclairages d’une anthropologue de l’alimentation

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La montée de la tendance carnivore sur les réseaux sociaux éclaire des enjeux plus profonds autour de l’alimentation et de l’identité. Plutôt qu’une simple mode, ce phénomène met en lumière la relation complexe entre la consommation de viande, les stéréotypes de genre et le déni face à la crise climatique.

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Sur les réseaux sociaux, certains se présentent comme meat influencer et diffusent d’innombrables photos d’eux en train de consommer énormément de viande. Des bistecche sont souvent dégustées, parfois même crues. Les adeptes, en majorité des hommes, vantent le goût et les prétendus bienfaits de ce régime sur le corps et la santé, défiant les connaissances scientifiques.

La popularité des régimes carnivores, particulièrement pour la viande rouge, va au-delà d’une simple tendance sur les réseaux sociaux. Ce phénomène social reflète des dynamiques de la société occidentale actuelle et des attitudes face à la crise climatique, illustrant un profond esprit de déni à l’égard de la science. L’anthropologue de l’alimentation, Gaia Cottino, a partagé des perspectives sur cette nouvelle obsession pour la viande.

Origines des régimes carnivores

Comme l’indiquent de nombreuses tendances alimentaires, les États-Unis ont été un terreau fertile pour les experts en régimes carnivores. « Ce contexte multiculturel aux États-Unis a engendré une incertitude culinaire, générant ainsi une anxiété face à la nourriture qui pousse les personnes à suivre des modes alimentaires », explique la professeure Cottino.

Il est important de noter que le régime carnivore promu par les meat influencer n’est pas une nouveauté totale, mais s’inscrit dans un héritage de pratiques antérieures. Cette tendance rappelle par exemple la Paleo diet, qui proposait un retour aux habitudes alimentaires des ancêtres, intégrant à la fois viande et produits de la chasse. À cet égard, l’héritage des “Carnivore Diet” développée par Shawn Baker est également évident.

Ce régime était basé sur une imitation partielle des habitudes des Inuits. Toutefois, il omettait des éléments cruciaux tels que l’intégration d’autres aliments pour éviter des carences comme le scorbuto.

Symbolique de la viande

La viande en tant qu’objet de cette mode alimentaire n’est pas sans signification.

Selon l’experte, les choix alimentaires ne répondent pas uniquement à des besoins nutritionnels, mais jouent aussi un rôle dans la définition de l’identité. La nourriture est un vecteur d’appartenance culturelle, religieuse, et même de genre. Concernant la viande, ce lien se renforce dans la société contemporaine, où elle est souvent associée à la sphère masculine.

Stereotypes de genre

Un des soutiens les plus en vue du régime carnivore aux États-Unis, l’acteur et podcasteur Joe Rogan, a souvent exprimé des positions misogynes et maschilistes dans son podcast populaire.

Le lien entre la viande rouge et une vision stéréotypée de ce qui est perçu comme masculin est significatif. Ce n’est pas seulement une question de contenu alimentaire, mais aussi de manière de consommer et de types de cuisson. Par exemple, le barbecue est souvent associé au masculin », observe Cottino.

Pour illustrer cela, recherchez « personne qui fait la grillade » sur internet, et vous trouverez des images d’hommes en chemises à carreaux devant des barbecues, témoignant d’une association culturelle claire.

Cette association ne provient pas uniquement d’un aspect évolutif, bien que certains points y contribuent. Les sociétés organisent leurs sphères de compétence en fonction du genre, où la viande rouge, symbole de force et virilité, se trouve souvent ancrée dans la sphère masculine.

La relation entre le régime végétalien, le militantisme climatique et la représentation virile de l’homme s’entrelacent à travers des siècles d’identité de genre, une question qui émerge aujourd’hui après des années de stéréotypes.

De nombreuses études universitaires ont examiné si l’appartenance au genre masculin influe sur les choix alimentaires, notamment en relation avec les régimes végétariens ou végétaliens.

Une étude de 2025 suggère que le régime végétalien est associé à une perception de moindre masculinité par rapport aux omnivores. Une autre étude de l’Université de Würzburg en 2023 a révélé que les hommes étaient moins disposés à choisir des options végétaliennes en raison d’une nécessité d’adhérer à un prototypique masculin.

Viande et déni climatique

Ces thèmes sont liés à un autre aspect à considérer : pourquoi cette obsession pour la viande s’affiche-t-elle aujourd’hui, particulièrement à une époque de déni scientifique concernant la crise climatique. En effet, la diete carnivore contredit des informations considérées comme avérées par la science. Les dangers d’une consommation excessive de viande rouge, surtout celle transformée, sont connus depuis longtemps : l’OMS a classé les viandes transformées comme cancérigènes et les viandes rouges comme probablement cancérigènes.

Cette exaltation de la viande pourrait être perçue comme une forme de réaction négationniste face au changement climatique. Alors que des militants proposent des régimes basés sur des preuves scientifiques, une position politique de déni, davantage conservatrice, valorise la consommation de viande, s’ancrant dans la sphère masculine et correspondant à une partie de l’électorat de Trump.

Aujourd’hui, choisir de manger ou non de la viande représente une position politique forte, en lien avec des questions de durabilité, de climat et de souffrance animale.