Le fossile d’un dragon épée du Jurassique : une merveille qui révèle sa mort et son dernier festin

Le fossile de "drago spada" Xiphodracon goldencapensis, Crédit : Dean Lomax

Une découverte récente révèle les restes remarquablement bien préservés d’une espèce marine préhistorique, enrichissant notre compréhension de la biodiversité passée. Ce fossile clé offre des indices sur les adaptations et les défis rencontrés par les anciens reptiles marins, invitant à explorer les mystères de cette période fascinante.

Le fossile de "drago spada" Xiphodracon goldencapensis, Crédit : Dean Lomax

Le fossile de « drago spada » Xiphodracon goldencapensis, Crédit : Dean Lomax

Une nouvelle espèce de reptile marin ayant vécu au Jurassique et appartenant au groupe des ichtyosaures, a été décrite par des paléontologues. Cette espèce éteinte a reçu le nom scientifique, Xiphodracon goldencapensis, également connu sous l’appellation commune de “drago spada du Dorset”, en référence au site Royaume-Unis où le fossile a été découvert (quasiment parfaitement conservé en trois dimensions). Selon les scientifiques, celui-ci conserve même des traces de tissus mous et de son dernier repas, sans oublier des indications de maladies et sur les circonstances de sa mort, probablement causée par un autre grand reptile marin. Les ichtyosaures, au physionomie hydrodynamique, étaient familièrement appelés “dragons marins”, et la nouvelle espèce se distingue par un long rostre garni de dents dentelées, d’où l’appellation “drago spada”.

Le fossile a été découvert dans une région souvent désignée sous le nom de Jurassic Coast, le long de la côte occidentale du Dorset, comprenant plusieurs formations entre Lyme Regis, Charmouth et Seatown. Au cours des 200 dernières années, un grand nombre de fossiles d’ichtyosaures datant du Jurassique ont été trouvés ici, nombreux étant dans un excellent état de conservation. Ce qui rend le fossile de Xiphodracon goldencapensis particulièrement précieux et important est son âge précis, correspondant à la période du Pliensbachien, une époque géologique du Jurassique inférieur, entre 192,9 et 183 millions d’années. Les paléontologues estiment que ce fossile a environ 190 millions d’années. Quelques fossiles d’ichtyosaures du Pliensbachien sont connus, généralement des fragments ; celui du drago spada est le premier presque complet, en excellent état. Il est considéré significatif par les experts, car une grande différence se manifeste entre les fossiles d’ichtyosaures d’avant et d’après le Pliensbachien, témoignant d’une évolution majeure durant cette période. Le drago spada représente donc un exemple de ce moment de transition, causé par des facteurs encore mystérieux.

La description de la nouvelle espèce a été réalisée par une équipe de recherche internationale dirigée par un professeur de la Faculté de Sciences de la Terre de l’Université de Bristol, expert en ces reptiles marins, en étroite collaboration avec des collègues des départements de Sciences de la Terre d’autres universités. Le fossile, dont il ne manque qu’une partie des vertèbres caudales et une pinnule arrière, est conservé en trois dimensions ; généralement, comme l’expliquent les experts, les os sont trouvés aplatis et les fossiles prennent un aspect bidimensionnel, ce qui n’est pas le cas ici. Le crâne présente de grands yeux – les plus grands jamais vus chez un animal – et un long rostre doté de petits dents acérées, servant à chasser des ammonites, des bélemnites, ainsi que des poissons et autres animaux marins préhistoriques. Cet animal évoluait dans un océan peu profond avec un fond anoxique et toxique, ce qui aurait facilité la conservation de ses restes.

L’ichtyosaure, identifié sous le nom de code ROM VP52596, fut extrait à l’est de Golden Cap (entre Charmouth et Seatown) au Dorset en 2001 et acquis par le Royal Ontario Museum du Canada. Ce n’est que récemment que les scientifiques ont pu l’étudier en profondeur. Parmi les caractéristiques exceptionnelles du fossile figurent des malformations au niveau des dents et des os, probablement causées par des blessures ou des maladies, tandis que le crâne présente des traces de potentiels morsures d’un grand prédateur marin, probablement responsable de la mort de l’individu, mesurant environ 3 mètres (soit la taille d’un delfin moyen). Comme mentionné, entre les côtes, une masse sombre a pu représenter le dernier repas du drago spada, et des traces de possibles tissus mous entourent la colonne vertébrale, l’une des nageoires et la ceinture pelvique. La forme de l’os lacrymal est également inhabituelle.

Le fossile de "drago spada" Xiphodracon goldencapensis, Crédit : Dean Lomax

Le fossile de « drago spada » Xiphodracon goldencapensis, Crédit : Dean Lomax

“Je me souviens d’avoir vu le squelette pour la première fois en 2016”, a déclaré un professeur dans un communiqué de presse. “À l’époque, je savais qu’il était inhabituel, mais je ne m’attendais pas à ce qu’il joue un rôle si crucial pour combler une lacune dans notre connaissance d’un changement faunique complexe survenu durant le Pliensbachien. Cette époque est particulièrement importante pour les ichtyosaures, car plusieurs familles ont disparu et d’autres sont apparues, et pourtant Xiphodracon représente un ‘élément manquant du puzzle des ichtyosaures’. Il est plus étroitement apparenté à des espèces du Jurassique supérieur (dans le Toarcien) et sa découverte aide à établir le moment de ce changement faunique, bien plus tôt que prévu.”

Ce professeur a étudié et décrit de nombreux fossiles d’ichtyosaures, y compris une grande femelle enceinte, un spécimen de 10 mètres chassant comme un hibou, et le gigantesque Ichthyotitan severnensis ou “grand lézard poisson du Severn”, qui mesurait selon les estimations au moins 25 mètres, équivalente à celle d’une grande baleine. Le fossile de cette créature majestueuse a été découvert par une jeune fille et son père lors d’une promenade dans le Somerset, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Les détails de cette nouvelle recherche, “Une nouvelle espèce d’ichtyosaure à long rostre étroit éclaire un turnover faunique complexe durant un intervalle insuffisamment échantillonné du Jurassique précoce (Pliensbachien)”, dédiée au drago spada, ont été publiés dans la revue scientifique Papers in Palaeonotology.