Ce symptôme peut être un indicateur précoce de la maladie d’Alzheimer : il survient avant la baisse de la mémoire

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Une récente étude révèle un lien entre la perte de l’odorat et le développement de la maladie d’Alzheimer. Les chercheurs mettent au jour des mécanismes biologiques impliqués, ouvrant la voie à une détection précoce et à des traitements potentiellement efficaces pour les personnes à risque. Un sujet d’une importance capitale.

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La réduction de la capacité à percevoir les odeurs peut être un signal précoce de la maladie d’Alzheimer, qui représente la principale forme de démence dans le monde. De nombreuses conditions peuvent provoquer des déficits olfactifs, allant du COVID-19, provoqué par le coronavirus SARS-CoV-2, à la présence de polypes nasaux, jusqu’à des problèmes de septum nasal. Il est bien connu que certaines maladies neurodégénératives telles qu’Alzheimer et Parkinson sont également caractérisées par l’iposmie. Une nouvelle étude approfondie récemment publiée dans Nature Communications a révélé les mécanismes biologiques liant la démence à une diminution de la perception des odeurs, causée par une attaque des cellules immunitaires cérébrales contre les fibres neuronales impliquées dans les signaux olfactifs.

Ces changements de l’olfaction surviennent bien avant l’apparition des déficits cognitifs, tels que la perte de mémoire. Grâce à des tests spécifiques, les médecins peuvent identifier précocement les individus à risque de développer Alzheimer et les orienter vers les traitements les plus appropriés. En effet, il est connu que les anticorps monoclonaux récemment approuvés, comme le Donanemab, sont efficaces pour ralentir significativement la progression de la démence (jusqu’à 39 % dans les essais cliniques) s’ils sont administrés à un stade précoce de la maladie.

Les mécanismes biologiques reliant les déficits olfactifs à la maladie d’Alzheimer ont été mis en lumière par une équipe de recherche internationale. Cette équipe, dirigée par des scientifiques du Centre allemand pour les maladies neurodégénératives (DZNE) de Munich, a collaboré avec des collègues d’instituts tels que l’Institut de neuroradiologie de l’hôpital LMU, le Centre de neuropathologie et de recherche sur les prions de l’Université Ludwig-Maximilians, la Faculté de Médecine et de Santé de l’Université de Sydney (Australie) et d’autres. Les chercheurs ont abouti à leurs conclusions après avoir mené une série de tests sur des modèles murins (souris) et des patients, tels que des examens de diagnostic par imagerie avancée, notamment les scans PET (Tomographie par Émission de Positrons).

Les résultats indiquent que les changements initiaux causés par la maladie d’Alzheimer déclenchent une réponse immunitaire agressive des cellules de microglie envers les fibres neuronales associées à la perception des odeurs. Plus précisément, ces cellules parviennent à interrompre la communication entre deux zones du cerveau essentielles pour le sens de l’odorat : le bulbe olfactif et le locus coeruleus. La première, située dans le prosencéphale, traite initialement les odeurs détectées par les récepteurs des muqueuses nasales. La seconde, présente dans le tronc cérébral, module l’information olfactive par le biais de la libération du neurotransmetteur noradrénaline. Le locus coeruleus est étroitement lié au bulbe olfactif grâce à des fibres nerveuses longues. Les chercheurs ont mis en évidence le mécanisme physiopathologique entraînant cette interruption de communication, conduisant ainsi aux déficits olfactifs.

Dans les premières phases, selon les auteurs de l’étude, la maladie d’Alzheimer modifie les fibres neuronales (axones) reliant le bulbe olfactif et le locus coeruleus, les transformant en cibles pour les cellules de microglie. Ces dernières les considèrent comme inutiles et défectueuses et s’engagent donc dans leur destruction. Une réponse immunitaire anormale est alors déclenchée, entraînant la destruction de ces fibres et, par conséquent, l’iposmie. Plus spécifiquement, un acide gras, appelé phosphatidylsérine, est chassé vers l’extérieur des membranes de ces fibres. En conditions normales, cela constitue un signal pour initier la phagocytose, visant à « nettoyer » le tissu cérébral des connexions superflues et non fonctionnelles. Les chercheurs pensent que la maladie d’Alzheimer perturbe les connexions neuronales en amenant la phosphatidylsérine à migrer en dehors des membranes, déclenchant ainsi tout le mécanisme physiopathologique.

Une étude récente effectuée en Chine a révélé que les premiers signaux de la maladie d’Alzheimer peuvent être détectés jusqu’à 18 ans avant l’apparition d’un déclin cognitif, caractérisé par des modifications dans le langage, des problèmes d’orientation, la perte de mémoire, etc. Toutefois, ces signaux sont liés à l’apparition de biomarqueurs, comme la beta-amyloïde 42 dans le liquide céphalorachidien, qui ne peuvent être détectés qu’à travers des examens invasifs spécifiques. En revanche, les déficits olfactifs représentent parmi les premiers symptômes que les patients peuvent identifier directement. C’est pourquoi les scientifiques recommandent aux personnes de consulter un médecin si elles remarquent de telles variations. Cela pourrait les orienter vers des tests plus complets et permettre l’identification précoce de la démence, offrant ainsi de meilleures chances de traitement grâce à des interventions appropriées.

Un récent rapport de l’Université de Chicago suggère qu’un test de l’odorat pourrait vraiment aider à identifier précocement les personnes à risque de développer Alzheimer, tandis que des chercheurs australiens indiquent que se troubler le nez pourrait accroître le risque de contracter la maladie. Les détails de la nouvelle recherche intitulée “Early Locus Coeruleus noradrenergic axon loss drives olfactory dysfunction in Alzheimer’s disease” ont été publiés dans Nature Communications.