Ce dinosaure cuirassé possède l’armure la plus épineuse et ornée jamais découverte : des scientifiques ébahis

Reconstruction du dinosaure armuré. Crédit : Matthew Dempsey

Une nouvelle découverte archéologique révèle un dinosaure armuré du Jurassique moyen, doté d’une apparence unique et d’une armure ornée de pointes. Ses caractéristiques suggèrent des fonctions variées allant au-delà de la simple défense, tout en mettant en lumière les mystères de l’évolution de cette espèce fascinante.

Reconstruction du dinosaure armuré. Crédit : Matthew Dempsey

Reconstruction du dinosaure armuré. Crédit : Matthew Dempsey

Des paléontologues ont identifié un dinosaure armuré inhabituel datant du Jurassique moyen, caractérisé par une armure couverte de pointes mesurant jusqu’à 1 mètre et d’autres structures acérées. Ces redoutables épines étaient en grand nombre, présentant un aspect distinctif, et étaient fixées autour du cou avec une ceinture robuste, ressemblant à un collier. Selon les chercheurs ayant publié leur étude dans Nature, la curieuse armure de Spicomellus afer se différencie de celles d’autres vertébrés, qu’ils soient existants ou disparus. Cette coque était tellement singulière qu’elle pourrait avoir servi non seulement à la défense, mais également pour le courtage ou la communication entre espèces.

Les dinosaures armurés de la famille des anchilosauridés (Anchilosauridae) sont particulièrement fascinants, affichant un aspect de « char d’assaut » avec des outils de défense comme la redoutable queue massive qui leur a permis de se défendre contre de grands théropodes carnivores, tel que le tyrannosaure (Tyrannosaurus rex). Il est envisageable que, 60 millions d’années auparavant, ces créatures aient engagé des combats épiques et violents pour leur survie. Bien que l’environnement partagé avec Spicomellus afer soit inconnu, les fossiles, datés d’environ 165 millions d’années et retrouvés au Maroc (Afrique du Nord), indiquent un animal qui aurait pu représenter un défi même pour les prédateurs les plus voraces.

Le fossile de l’anchilosauridé a été décrit pour la première fois en 2021, lorsqu’un os particulier, une côte avec armure dermique fusionnée ornée de pointes, avait été découvert. Cependant, en 2023, une seconde découverte, signalée par un agriculteur, a impressionné les scientifiques : il s’agissait d’un spécimen de Spicomellus afer bien plus complet. Les paléontologues ont été particulièrement surpris par les quatre épines mesurant près d’un mètre qui émergeaient de la ceinture autour du cou, ainsi que par les petites épines, plaques dermiques et formes en larmes. De grandes épines étaient présentes sur les flancs, tandis qu’un large bouclier au niveau du bassin portait des épines dirigées vers l’arrière. Bien que la queue n’ait pas été préservée, les scientifiques estiment qu’elle était aussi pourvue d’une arme défensive redoutable, d’après l’analyse des vertèbres.

Un groupe de chercheurs, dont le principal était issu du Musée d’Histoire Naturelle de Londres et de la Faculté de Géographie, des Sciences de la Terre et de l’Environnement de l’Université de Birmingham, a étudié le Spicomellus afer. Ils ont collaboré avec des institutions telles que la Faculté des Sciences « Dhar El Mahraz » de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah (Maroc), le Phillip and Patricia Frost Museum of Science de Miami (États-Unis) et l’entreprise Emanya Fossil Preparation and Conservation de Sheffield. Les chercheurs soulignent que l’histoire fossile des ankylosauridés est en grande partie bien connue grâce aux découvertes du Cretacé supérieur, mais leur évolution initiale du Jurassique inférieur et moyen demeure « entourée de mystère », principalement due à la rareté des fossiles. La nouvelle espèce Spicomellus afer contribue partiellement à éclaircir cette lacune, mais demeure un véritable enigma pour les spécialistes.

Comme l’explique Richard Butler, l’un des co-auteurs de l’étude, les ankylosaures ultérieurs avaient des armures nettement moins décorées et élaborées. Généralement, l’évolution suit un parcours opposé à ce que l’on observe chez ce dinosaure, les caractéristiques les plus singulières apparaissant par la suite chez des ancêtres plus « simples ». De plus, la taille et le nombre des pointes suggèrent qu’elles ne servaient pas uniquement à la défense, mais pouvaient être gênantes à porter.

Se mouvoir ou se défendre avec une telle armure devait être difficile. Une analogie peut être faite avec les armures des guerriers médiévaux et les équipements modernes ; auparavant, la protection était totale, tandis qu’aujourd’hui, certaines parties restent exposées pour permettre plus de mobilité. Pour cette raison, selon les paléontologues, certaines ornementations de Spicomellus afer ont probablement joué un rôle semblable à celui de la queue d’un paon, utilisées pour des rituels de courtage ou pour rivaliser avec d’autres mâles.

Des recherches récentes ont montré que les ankylosauridés possédaient probablement des vocalisations similaires aux oiseaux, avec une structure anatomique dédiée relativement comparable à celle de leurs descendants modernes (les oiseaux étant des dinosaures d’un point de vue taxonomique). Fait intriguant, le plus beau fossile de dinosaure jamais découvert appartient à un dinosaure armuré, un nodosauridé, également classé parmi les ankylosauridés. Les résultats de l’étude intitulée « Extreme armour in the world’s oldest ankylosaur » ont été publiés dans Term.