Apparition des drags bleus en Espagne : que sont-ils et pourquoi les plages ont-elles été fermées ? Explications d’un expert

Un exemplaire de drago bleu. Crédit : iStock

La côte d’Alicante en Espagne a récemment révélé la présence fascinante du drago bleu, un mollusque marin à la fois beau et dangereux. Les autorités ont opté pour la fermeture des plages locales afin de protéger les baigneurs de ce petit mais venimeux habitant des océans. Découvrez-en plus!

Un exemplaire de drago bleu. Crédit : iStock

Un exemplaire de drago bleu. Crédit :

Comme en 2023, plusieurs spécimens de drago bleu (Glaucus atlanticus) ont été aperçus le long de la côte d’Alicante, en Espagne. Ces mollusques gastéropodes, appartenant à l’ordre fascinant des nudibranches, se distinguent par leur allure et leurs couleurs bleu cobalt, azur et argent, qui leur valent leur nom commun. Bien que splendides, ces animaux sont également hautement toxiques. C’est pourquoi les autorités de la Communauté valencienne ont pris la décision de fermer certaines plages, notamment celle de Guardamar del Segura, exposées à ces mollusques. Mesurant environ 3 à 4 centimètres de long, ils sont petits mais potentiellement très dangereux pour l’homme, rendant nécessaire cette fermeture des plages bordant le Méditerranée.

Crédit : Sylke Rohrlach / wikipedia

Crédit : Sylke Rohrlach / wikipedia

Ces gasteropodes vivent dans l’Océan Atlantique, principalement dans des eaux tropicales, bien qu’un post sur Facebook d’un écologue marin ait indiqué qu’ils peuvent parfois être retrouvés dans la mer Méditerranée. Étrangement, leur présence dans les eaux espagnoles n’avait pas été documentée depuis 300 ans; ils sont réapparus en 2023 et ont de nouveau été observés cet été à Alicante. Ces animaux pélagiques sont déplacés par les courants, expliquant leur visite occasionnelle en Méditerranée, à travers le Stretto di Gibilterra, comme c’est le cas avec la célèbre caravelle portugaise (Physalia physalis). Cette espèce marine à la vie planctonique flotte sur le dos, transportée par les vagues et les courants.

Les interactions avec le sifonofore mentionné ci-dessus, un ensemble d’organismes appelés zooïdes vivant en symbiose, et d’autres cnidaires, sont à la base du puissant venin du drago bleu. Ces mollusques se nourrissent principalement de caravelles portugaise, de méduses et d’autres invertébrés urticants, accumulant les cnidocystes dans des structures spécialisées appelées cnidosacchi. Ces dernières sont concentrées dans des appendices digitiformes – trois de chaque côté – émergeant du corps central du mollusque, lui conférant une forme à la fois étrangère et angélique (il est d’ailleurs aussi connu sous le nom d’ange bleu). Ces structures ne sont pas des tentacules comme chez les calmars ou les seiches (les pieuvres ont des bras), mais des appendices que les zoologistes appellent cerata. “Glaucus atlanticus se nourrit principalement de siphonophores, notamment des hydrozoaires coloniaux – cnidaires parents de méduses et coraux – comme Velella velella ou Porpita porpita, mais surtout de Physalia physalis, la célèbre et dangereuse caravelle portugaise. Il ne se contente pas de grignoter ces organismes, il accumule leurs redoutables cnidocystes dans ses « pattes », pouvant ainsi les réutiliser comme arme de défense”, précise l’expert.

Caravelle portugaise. Crédit : Andrea Centini

Caravelle portugaise. Crédit : Andrea Centini

Les drago bleus restent des animaux pacifiques, mais lorsqu’ils sont dérangés, ils peuvent libérer brutalement toutes les substances urticantes stockées dans leurs cnidosacchi. Ces composés cardiotoxiques et neurotoxiques peuvent causer des lésions cutanées importantes et, chez les personnes sensibles, des conséquences potentiellement fatales, semblables à celles d’une piqûre d’abeille ou de frelon. Cela justifie la décision de fermer les plages et d’interdire la baignade dans les zones concernées en Espagne.

Crédit : Imtorn

Crédit : Imtorn

Observer les drago bleus peut être une expérience fascinante, mais il est vivement conseillé de ne pas les toucher sous aucun prétexte et d’en informer les autorités compétentes, compte tenu des dangers qu’ils représentent. Leur beauté atypique peut inciter des personnes, notamment les enfants, à les manipuler, ce qui présente des risques réels pour la santé. “Si vous les remarquez en faisant de la plongée, évitez de les toucher. Ils ne crachent pas de feu, mais libèrent du venin; donc mieux vaut les laisser tranquilles!”, avertit l’expert.

Ces animaux se distinguent également par leur manière de nager sur le dos, un fait souligné par l’expert. Ce que nous voyons au-dessus, ce sont en fait les magnifiques couleurs de leur ventre, ou plus précisément de leur pied, la structure sur laquelle reposent les mollusques gasteropodes, comme les escargots et les limaces. À la surface dorsale, les drago bleus affichent une coloration argentée. Ce phénomène s’explique par un adaptement évolutif, similaire à celui du poisson bleu – comme les sardines et les anchois – ainsi que d’autres animaux marins. Imaginez être une proie (ou même un prédateur) dans la colonne d’eau : vu du dessous, la couleur argentée se confond avec l’eau illuminée par le soleil, tandis que les teintes bleues observées du haut permettent de se camoufler dans l’immensité bleue, surtout pour une espèce pélagique. C’est pourquoi de nombreux poissons et espèces maritimes présentent cette distribution colorée distincte.