Un objet interstellaire intrigant, la comète 3I/ATLAS, suscite des spéculations sur sa nature unique. Avec une anti-coda pointant vers le Soleil, les chercheurs analysent ses caractéristiques atypiques, soulevant l’hypothèse d’une origine extraterrestre tout en soutenant qu’il pourrait s’agir d’un corps céleste classique.

La comète aliena 3I/Atlas. Crédit : NASA, ESA, David Jewitt. Joseph DePasquale
Le troisième objet interstellaire découvert dans le Système solaire continue d’étonner les scientifiques. La comète aliena 3I/ATLAS possède une coda de poussière orientée vers le Soleil, indiquant une direction opposée à celle que l’on attend habituellement. Bien que des comètes provenant de la Nebuleuse d’Oort puissent développer ce qu’on appelle une “anti-coda”, celle de 3I/ATLAS est particulièrement marquée. Cet aspect intriguant alimente les débats sur la nature précise de cet objet. Dernièrement, la théorie du physicien théorique Avi Loeb de l’Université de Harvard a fait l’objet d’attention, suggérant que 3I/ATLAS pourrait être un vaisseau spatial extraterrestre. La trajectoire improbable et les caractéristiques spectrales du gaz de la comète sont des indices suggérant cette hypothèse, bien que Loeb lui-même pense que nous faisons probablement face à un objet cométaire venu d’un autre monde.
La présence de l’anti-coda a été révélée par une équipe de recherche internationale dirigée par des scientifiques de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), en collaboration avec l’Observatoire Astronomique de Shanghai (Chine), le Space Telescope Science Institute de Baltimore (États-Unis), et l’Institut pour la Géophysique et la Physique Extraterrestre de la TU Braunschweig (Allemagne). Les chercheurs, sous la direction du professeur David Jewitt, ont conclu leurs observations après avoir ciblé l’objet avec le célèbre Téléscope Spatial Hubble, qui, malgré son ancienneté — lancé en 1990 — reste un outil précieux pour la recherche scientifique.
Les images capturées par le télescope montrent la présence d’une chevelure floue et d’une queue, caractéristiques communes des objets cométaires, même très éloignés. Actuellement, 3I/ATLAS se situe à environ 500 millions de kilomètres de la Terre et atteindra son périhélie le 29 octobre prochain, à une distance de 270 millions de kilomètres, soit 1,8 UA (unités astronomiques, la distance entre le Soleil et la Terre, d’environ 150 millions de kilomètres). Étonnamment, et comme mentionné précédemment, la queue de poussière ne s’oriente pas vers le Soleil, là où la pression de radiation aurait normalement dû la pousser. Selon Jewitt et ses collègues, cela pourrait s’expliquer par la “sublimation préférentielle de la glace sur le côté éclairé du noyau, et l’absence presque totale de sublimation sur le côté obscur”.
Les queues de poussière et de débris des comètes, souvent à l’origine de spectaculaires déchirements de météores, se forment grâce au processus de sublimation, qui transforme la glace “sale” en gaz sous l’effet du réchauffement solaire. Dans le cas de 3I/ATLAS, les particules seraient cependant trop grandes pour être transportées par la pression de radiation dans une queue normale, orientée à l’opposé du Soleil. Selon les scientifiques, cette comète serait très ancienne — estimée à 7 milliards d’années — et, durant son voyage dans notre galaxie, aurait subi un bombardement de rayons cosmiques bien plus intense et prolongé que celui des « comètes classiques » du Système solaire. Cela aurait durci la croûte de sorte qu’elle ne libère que des particules plus grandes qui ne sont pas poussées par la pression de radiation. Dans les mois à venir, à mesure qu’elle se rapproche du Soleil, cette croûte pourrait fondre, libérant les particules sous-jacentes et générant une queue conventionnelle au lieu d’une seule anti-coda atypique de macro-particules.
Bien sûr, ce ne sont que des spéculations, mais elles apportent une explication scientifique pour le comportement insolite et fascinant de 3I/ATLAS. Grâce aux observations avec Hubble, Jewitt et son équipe ont aussi pu estimer plus précisément les dimensions de la comète, qui s’avère être beaucoup plus petite que prévu (environ 20 km). Le noyau aurait en fait des dimensions comprises entre 320 mètres et 5,6 kilomètres. Malheureusement, la grande distance actuelle limite les estimations précises.
En attendant, la comète se déplace à une vitesse impressionnante de 209.000 kilomètres par heure, soit environ 60 kilomètres par seconde, un véritable projectile probablement accéléré par les forces gravitationnelles des différents corps célestes qu’elle a croisés. À moins qu’il ne s’agisse d’un vaisseau spatial extraterrestre hostile, comme le présente la théorie de la Forêt Sombre évoquée par Avi Loeb. Les détails de la nouvelle recherche “Observations du Télescope Spatial Hubble de l’Intrus Interstellaire 3I/ATLAS” ont été publiés sur ArXiv.
