Deux nouveau-nés ont perdu la vie à l’hôpital de Bolzano à cause d’une infection causée par un germe opportuniste. Ce pathogène, particulièrement dangereux pour les personnes vulnérables, soulève des préoccupations sur les pratiques d’hygiène dans les milieux hospitaliers.

Colonie de bactéries Serratia marcescens sur plaque
Deux nouveau-nés prématurés, décédés dans le service de soins intensifs pédiatriques de l’hôpital de Bolzano, ont été infectés par Serratia, un germe souvent associé aux infections hospitalières. Ce micro-organisme, appartenant à la famille des bactéries Gram-négatives Enterobacteriaceae, a provoqué une infection généralisée (sepsie) chez les deux nourrissons, entraînant leur décès.
Les bactéries du genre Serratia, dont Serratia marcescens est la plus souvent impliquée dans les infections nosocomiales, sont généralement inoffensives pour les adultes en bonne santé. Cependant, chez les personnes fragiles et les nouveau-nés, surtout prématurés, elles peuvent causer une grande variété de maladies, telles que des infections des yeux, des infections cutanées, des infections urinaires, des pneumonies, des infections sanguines, des méningites et des sepsis.
Les circonstances ayant permis l’infection des nouveau-nés de l’hôpital de Bolzano restent inconnues, mais l’immaturité de leur système immunitaire et leur faible poids à la naissance ont été identifiés comme des facteurs de risque majeurs. Les mains contaminées du personnel médical sont actuellement considérées comme le principal vecteur de transmission du pathogène aux nourrissons.
Qu’est-ce que le germe Serratia et comment se transmet-il
Les bactéries du genre Serratia sont des pathogènes opportunistes que l’on trouve couramment dans l’environnement, particulièrement dans des conditions humides.
On reconnaît au moins 14 espèces et deux sous-espèces de bactéries Serratia, mais celle le plus souvent liée aux infections humaines est la espèce Serratia marcescens, un micro-organisme découvert en 1819 par le pharmacien vénitien Bartolomeo Bizio, capable de croître à des températures allant de 5 °C à 40°C et sur un large éventail de pH, entre 5 et 9.
Dans les foyers d’infections nosocomiales, ce micro-organisme est souvent isolé dans les lavabos, l’eau du robinet, les systèmes de climatisation, ainsi que sur des équipements comme les bronchoscope, laryngoscope, nébulisateurs, appareils de ventilation, distributeurs de lait, distributeurs de savon liquide et shampooing pour enfants.
Lorsque S. marcescens prolifère sur les surfaces, il produit un pigment rouge vif (prodigiosine), donnant une coloration rose, rose-orange ou orange aux surfaces, les recouvrant d’une sorte de pellicule visqueuse se nourrissant de matériaux contenant du phosphore ou des matières grasses, comme des résidus de savon et de shampooing.
Des facteurs contribuant à sa diffusion dans les contextes hospitaliers incluent une désinfection insuffisante des surfaces et des pratiques d’hygiène manuelle inappropriées par certains membres du personnel.
Une fois établi dans un environnement, les bactéries du genre Serratia sont très difficiles à éradiquer. « Ce qui rend aussi difficile le contrôle des épidémies causées par ce micro-organisme, qui peuvent parfois persister pendant des mois, voire des années« , précisent les auteurs d’une récente publication sur les infections à Serratia marcescens dans les unités de soins intensifs néonatals. Le diagnostic précoce des patients colonisés ou infectés et l’implémentation rapide de mesures de contrôle des infections sont des éléments clés pour freiner la propagation.”
Pourquoi le germe Serratia affecte-t-il les nouveau-nés
Les bactéries du genre Serratia, et en particulier Serratia marcescens, présentent une virulence relativement faible, mais chez les individus fragiles, immunodéprimés et les nouveau-nés, elles causent une large gamme de pathologies, dont les plus graves, souvent mortelles, sont les infections du système sanguin, les pneumonies et la sepsie. Chez les nouveau-nés, notamment s’ils sont prématurés, les facteurs de risque pour acquérir une infection nosocomiale à Serratia incluent :
- l’immaturité du système immunitaire
- le faible poids à la naissance (<1500 g) chez les prématurés
- la durée de l’hospitalisation
- l’administration d’antibiotiques, particulièrement d’un large spectre, avant l’identification précise du pathogène responsable.
Ce dernier risque est lié au fait que les souches de Serratia marcescens impliquées dans des événements épidémiques se sont souvent révélées multi-résistantes. Cette espèce présente en effet une résistance intrinsèque à diverses classes d’antibiotiques, y compris certains β-lactamines (comme l’amoxicilline, la pénicilline, les céphalosporines) et les tétracyclines, tout en développant une résistance croissante aux antibiotiques efficaces, tels que la gentamicine et la tobramycine.
Comment traiter une infection à Serratia marcescens
En général, les infections à S. marcescens sont traitées avec des antibiotiques, comme les céphalosporines de troisième génération. Toutefois, la rapidité avec laquelle ce micro-organisme acquiert une résistance aux médicaments a conduit l’Organisation mondiale de la santé à classer les bactéries Serratia parmi les pathogènes critiques pour la santé publique, pour lesquels de nouveaux antibiotiques sont urgemment nécessaires.
