Un récent incident tragique lors d’un transfert de cheveux en Turquie soulève des questions sur la sécurité des interventions. De plus en plus d’anglo-saxons se tournent vers le pays pour des tarifs alléchants, mais la qualité et la sécurité des procédures sont-elles garanties dans ces cliniques? Un expert partage des réflexions sur le sujet.

Début août, un homme anglais de 38 ans, Martyn Latchman, est mort après avoir ressenti des malaises durant la préparation d’un transfert de cheveux à Istanbul. Ce dernier se trouvait dans une clinique réputée, Dr Cinik, fréquentée par des célébrités telles que Rio Ferdinand. Selon le Guardian, il s’agissait de son deuxième transfert de cheveux, le premier ayant été un succès l’été dernier. La clinique a déclaré que toutes les évaluations médicales nécessaires avaient été effectuées avant l’opération. La police turque a lancé une enquête sur les causes de cette tragédie.
Sans aborder ce cas particulier, il est évident que le tourisme médical, notamment pour les transferts de cheveux, connaît un essor impressionnant, surtout en Turquie. Selon Milano Finanza, ce secteur est déjà évalué à environ 50 milliards d’euros en 2020. La Turquie, grâce à ses offres attractives, propose des voyages incluant des services comme des limousines et des hôtels de luxe, faisant de ces transferts l’une des procédures médicales les plus rentables pour les patients étrangers. Il est estimé qu’en une année, les centaines de cliniques turques auraient réalisé plus d’un million de transferts. La clinique Dr Cinik, dans son communiqué concernant le décès de Latchman, a indiqué avoir réalisé plus de 70 000 interventions.
Tout comme pour le tourisme médical dentaire, les prix très bas des transferts de cheveux en Turquie, comparés à ceux pratiqués en Italie, soulèvent des questions quant au niveau de sécurité des procédures. Netcost-security.fr a échangé avec un expert en chirurgie plastique et dermatologie sur ce sujet.
Quel est votre avis sur le succès des transferts de cheveux en Turquie?
Ces transferts sont devenus un véritable secteur économique en Turquie. À Istanbul, on compte des centaines de centres. Le problème principal est qu’il y a moins de médecins que d’interventions, ce qui fait que dans de nombreux établissements, les opérations sont réalisées par des techniciens ou des infirmiers, et non par des médecins qualifiés.
Pourriez-vous élaborer?
Dans une clinique comme celle où s’est produit le décès, environ dix transferts sont réalisés par jour, avec des interventions durants de six à huit heures. Ces opérations sont épuisantes pour les médecins, qui en Italie doivent avoir un jour de repos entre chaque intervention. Il est donc impossible que les médecins supervisent toutes les opérations. Il est fréquent que des patients rapportent ne jamais avoir rencontré leur médecin, ou seulement brièvement à leur arrivée.
Souvent, ces médecins ne se chargent que de la planification, laissant l’opération à du personnel non médical qu’ils appellent « techniciens ». Pourtant, cette intervention doit être entièrement réalisée par un médecin compétent, car la société internationale de chirurgie de la calvitie (ISHRS) exige que ses membres effectuent l’opération dans son intégralité. En Turquie, cela n’est pas garanti, ce qui diminue d’emblée la sécurité.
Les techniques utilisées en Italie et en Turquie sont-elles identiques?
Les transferts de cheveux peuvent être réalisés selon deux techniques : la méthode FUE, souvent moins chère, et la technique traditionnelle FUT, pratiquée par des chirurgiens plastiques. La première est la seule souvent proposée à l’étranger, mais elle n’est pas nécessairement adaptée à tous les patients.
Dans certains cas, la méthode FUT peut donner de meilleurs résultats. Il est donc essentiel de choisir la technique la plus appropriée pour chaque patient, nécessitant un médecin capable de proposer les deux. Cependant, ces deux techniques doivent être réalisées par un médecin qualifié.
Pourquoi les cliniques en Turquie sont-elles si peu coûteuses?
Cela s’explique par la durée et la complexité des interventions. Les patients sont souvent sous anesthésie générale ou sédation pendant six à huit heures, pouvant engendrer des réactions imprévues. Cela exige un personnel qualifié et des équipements d’urgence, notamment la présence d’un anesthésiste disponible durant toute l’opération. En cas de complications, comme celles ayant touché le patient anglais, les standards de sécurité en Turquie sont moins rigoureux que ceux imposés par la législation italienne.
Quels sont les coûts réels d’une telle intervention?
En Italie, le coût de la salle d’opération pour ce type d’intervention varie entre 500 et 1 000 euros de l’heure, multiplié par la durée totale de l’opération. À cela s’ajoutent les frais de personnel, mon équipe comptant environ huit personnes pour un intervention. Au final, une telle opération coûte entre 4 000 et 5 000 euros en Italie, rendant les offres à 1 700 euros en Turquie suspectes. Cela implique généralement un compromis sur la sécurité.
Quels sont les risques associés aux interventions réalisées dans des conditions non sécurisées?
De nombreuses personnes rentrent de Turquie avec de graves dommages dus à des transferts mal effectués. Je dirais que 30% de mes patients souffrent de complications liées à des procédures réalisées à l’étranger.
Quels types de dommages avez-vous observés?
Les problèmes vont des défauts esthétiques, tels que des lignes de cheveux mal proportionnées, à des problèmes de santé graves comme la nécrose du cuir chevelu, sans oublier les dommages irréparables des zones donneuses, avec des creux visibles à l’arrière de la tête.
Pourquoi est-il crucial de préserver cette zone donneuse?
La plupart de ces cliniques ne l’expliquent pas aux patients, mais un transfert de cheveux ne traite pas la cause de la calvitie. Les personnes ayant subi cette intervention auront souvent besoin d’autres opérations pour couvrir les zones touchées ultérieurement; d’où la nécessité de conserver la zone donneuse, d’où proviennent les follicules.
Dommages irréparables?
Dans de nombreux cas, oui. Beaucoup de mes patients ne pourront plus avoir un nouveau transfert capillaire. Un patient est venu avec une nécrose centrale du cuir chevelu, au-delà de l’imaginable. La situation était si sérieuse qu’il avait le crâne découvert. J’ai dû le traiter pendant des mois; il a guéri, mais malheureusement, il ne retrouvera plus ses cheveux.
Tous peuvent-ils bénéficier d’un transfert de cheveux?
Pas nécessairement. La calvitie peut avoir plusieurs origines, donc chaque cas ne saura pas bénéficier d’un auto-transfert. Une consultation approfondie avec un dermatologue, un tricologue ou un chirurgien plastique expérimenté est essentielle pour évaluer l’aptitude du patient avant l’intervention. Une préparation adéquate avant l’opération et un suivi post-opératoire de minimum un an sont cruciaux pour permettre une repousse complète. Ceux qui vont à l’étranger sont souvent opérés et renvoyés chez eux sans suivi.
Les cliniques en Turquie en parlent-elles?
D’après les témoignages de mes patients, ce n’est généralement pas le cas. Beaucoup de ces établissements font des devis uniquement à partir de photos. Souvent, des personnes se voient refuser l’opération à cause de problèmes de cuir chevelu qui, sans traitement approprié, peuvent compromettre le succès d’un transfert. Cette négligence est inacceptable et beaucoup de centres ne communiquent pas ces informations.
Pourriez-vous expliquer cela?
Beaucoup de patients reçoivent des assurances sans valeur légale ni fondement scientifique. Un patient m’a rapporté avoir signé une garantie avant l’opération, stipulant que tous les follicules transplantés s’implanteraient avec succès. Ce type de promesse est erroné; aucun chirurgien sérieux ne peut garantir des résultats biologiques, seulement des procédures sûres.

Photo de Marco Toscani
