Un récent étude révèle les conséquences de la perte d’un être cher, avec des implications surprenantes sur la santé physique et mentale des individus éprouvés. L’analyse approfondie des effets à long terme met en lumière des statistiques alarmantes sur le risque accru de mortalité lié à ce chagrin. Les résultats suscitent une réflexion essentielle.

Les personnes profondément touchées par un chagrin courent un risque nettement plus élevé de mourir dans les dix ans suivant cet événement. Un nouveau étude publiée dans Frontiers in Public Health examine en détail les effets à long terme de cette expérience traumatique, à laquelle chacun d’entre nous sera confronté un jour. Entre la perte d’un être cher et celle d’un animal de compagnie, les répercussions émotionnelles, psychologiques et parfois physiques sont notables. Les réactions à court terme sont particulièrement étudiées et ont été parfois fatales.
La sindrome de Tako Tsubo, aussi appelée cardiomyopathie de stress ou sindrome du cœur brisé, affecte le ventricule gauche du cœur après des événements traumatiques comme le chagrin, pouvant également entraîner la mort. En 2022, un cas poignant a retenu l’attention internationale : Joe Garcia, mari de l’une des deux enseignantes tuées avec 19 enfants dans le tragique massacre d’Uvalde, au Texas, a succombé à seulement 43 ans deux jours après l’assassinat de son épouse Irma. Au-delà des faits marquants, de nombreuses histoires circulent sur des personnes ayant “mouru de chagrin” suite à la disparition d’un conjoint. Une étude récente parue dans le Journal of the American Heart Association indique que, bien que les femmes soient plus souvent touchées par cette sindrome, les hommes sont deux fois plus à risque d’en mourir.

Irma et Joe Garcia
Comme mentionné, la littérature scientifique sur les risques liés à un chagrin à court terme est vaste, tandis que celle sur les effets à long terme l’est beaucoup moins. Pour remédier à ce manque, une enquête de dix ans a été menée sur des personnes touchées par la perte d’un membre de la famille. Un groupe de chercheurs danois a été à l’origine de cette étude, en collaboration avec les spécialistes des soins palliatifs, du département d’oncologie de l’hôpital universitaire d’Aarhus, ainsi que du département de médecine clinique de l’université d’Aarhus et de l’institut danois du cancer. Les chercheurs, sous la direction de la docteure Mette Kjærgaard Nielsen du département de santé mentale, ont suivi environ 1.700 personnes (hommes et femmes) vivant au Danemark, éprouvées par un chagrin sévère.
Au début de l’enquête en 2012, les participants avaient en moyenne 62 ans et la plupart avaient perdu un conjoint ou un partenaire (66 %). Les autres pertes concernaient un parent (27 %) ou un autre proche (6 %). Les chercheurs ont pu suivre l’évolution de chaque participant en matière de prescriptions de médicaments anxiolytiques et antidépresseurs, ainsi que d’éventuelles thérapies de support psychologique. En croisant ces données, il est apparu que 38 % des participants souffraient de sintomi de chagrin “faibles”, tandis que 6 % ont vécu une expérience plus traumatique, avec un douleur aiguë et persistante. D’autres personnes ont développé des symptômes plus sévères des mois après la perte de leur proche.
Ces informations ont été enrichies par des certificats de décès, révélant la corrélation entre l’intensité du chagrin et le risque de mortalité. Ainsi, parmi ceux ayant vécu un chagrin intense, le risque de décès s’est avéré être supérieur de 88 % par rapport à ceux ayant réagi de manière plus légère. Un chagrin intense a aussi été associé à une incidence accrue de pathologies cardiovasculaires, de problèmes de santé mentale et de pensées suicidaires, comme l’a indiqué la docteure Kjærgaard Nielsen dans un communiqué. Ce groupe a en conséquence sollicité une aide sanitaire plus fréquemment. De plus, les personnes ayant vécu le chagrin de manière intense avaient également une prescription de médicaments psychotropes plus élevée, même avant la perte, suggérant que la santé mentale pourrait fortement affecter le risque de mortalité après la perte d’un être aimé.
Il est important de rappeler que le chagrin est également ressenti par d’autres animaux, comme le montre la douleur de l’orque Tahlequah qui a porté le corps de son petit mort pendant plusieurs jours, ou les éléphants qui enterrent les membres de leur groupe et réalisent même des “cérémonies funèbres”. Les détails de la nouvelle recherche “Trajectoires de chagrin et effets à long terme sur la santé chez les proches endeuillés : une étude prospective de cohorte populationnelle avec un suivi de dix ans” ont été publiés dans la revue scientifique Frontiers in Public Health.
