Ces poissons du Jurassique avaient une tendance étrange (et incroyable) à mourir de la même façon

Les fossiles des poissons Tharsis du Jurassique. Crédit : Ebert & Kölbl–Ebert/Scientific Report

Une étude fascinante a révélé que des poissons préhistoriques de la formation jurassique allemande Tharsis mouraient souvent d’un moyen tragique et inattendu. Coincés avec des coquilles de céphalopodes dans leur bouche, ils subissaient une mort par suffocation. Cette découverte soulève des questions sur les comportements alimentaires de ces créatures anciennes.

Les fossiles des poissons Tharsis du Jurassique. Crédit : Ebert & Kölbl–Ebert/Scientific Report

Les fossiles des poissons Tharsis du Jurassique. Crédit : Ebert & Kölbl–Ebert/Scientific Report

Une étude approfondie des fossiles de poissons découverts dans une formation jurassique réputée en Allemagne a révélé un fait surprenant : de nombreux animaux aujourd’hui disparus ont tendance à mourir d’une manière tragique très similaire. Les paléontologues ont observé de nombreux spécimens avec une coquille pointue d’un céphalopode préhistorique (semblable à un calamar) bloquée entre la bouche et les branchies, ce qui entraînait une mort par suffocation. Cette trouvaille émane d’une étude publiée dans la revue Scientific Reports.

A priori, cela semble être un cas classique de « mort par gloutonnerie », observé aujourd’hui chez certains cormorans qui, ayant une proie trop grosse dans leur gorge, finissent par s’étouffer. Toutefois, les scientifiques avancent une interprétation différente. Ces poissons du Jurassique supérieur, connus sous le nom de Tharsis, qui évoluaient il y a environ 150 millions d’années, n’étaient pas des prédateurs des céphalopodes mentionnés, les belemnites. Ils mesuraient au maximum environ 25 cm, équivalents à une grande sardine, et se nourrissaient principalement de petits crustacés, de larves et d’autres organismes planctoniques.

Les Tharsis ne dédaignaient pas non plus de consommer des tissus mous en décomposition flottant, attirés par un festin facile. Les belemnites, dont la coquille se compose de trois éléments (proostraco, fragmocone et le rostro en calcite), avaient tendance à flotter après leur mort, en raison des gaz produits par leur décomposition. Cela explique pourquoi beaucoup d’entre elles ont été trouvées fossilées aux côtés d’autres mollusques se nourrissant de leurs restes.

Crédit : Ebert & Kölbl–Ebert/Scientific Report

Crédit : Ebert & Kölbl–Ebert/Scientific Report

Les experts avancent que, lorsqu’elles flottaient, les coquilles des belemnites pouvaient être accidentellement aspirées par les Tharsis, attirés par cette proie facile. Ils se retrouvaient alors avec un objet dur et acéré dans la bouche, dont ils ne pouvaient se débarrasser même en le faisant passer par les branchies. Cela les condamnait à une mort par asphyxie. « Ces poissons microcarnivores avaient l’habitude de sucer les tissus mous en décomposition ou les matières en excès comme les algues ou les bactéries présentes dans les objets flottants, mais lorsqu’un rostro de belemnite flottant et de forme aérodynamique était aspiré accidentellement, ils ne pouvaient plus se libérer de ces objets mortels », expliquent les auteurs de l’étude dans le résumé. « Dans tous les cas documentés, les poissons étaient retrouvés avec le fragmocone dans la bouche et le rostro pointu au-delà des branchies. » Ces accidents mortels étaient très courants, comme le montrent les différents restes fossiles dans ces conditions. À l’époque du Jurassique Supérieur, où se trouve aujourd’hui la Bavière, un luxuriant archipel tropical grouillait de vie marine.

Crédit : Ebert & Kölbl–Ebert/Scientific Report

Crédit : Ebert & Kölbl–Ebert/Scientific Report

Les chercheurs qui ont mis au jour ces décès absurdes des poissons jurassiques étaient deux scientifques allemands. Les fossiles étudiés proviennent de la formation géologique connue sous le nom de “calcaire de Solnhofen” ou “Plattenkalk de Solnhofen”, l’une des plus importantes pour la paléontologie au monde. Située dans le même village de Bavière, cette formation est une Konservat-Lagerstätte, un terme technique désignant un site où les fossiles sont si bien préservés qu’il est possible de trouver des traces de tissus mous. C’est également dans les carrières près de Solnhofen que l’on a découvert les fossiles du célèbre Archaeopteryx, un dinosaur dont l’apparence rappelle celles des oiseaux modernes (qui sont eux-mêmes formellement des dinosaures).

Les Tharsis ne sont présents que dans des formations jurassiques, tandis que les belemnites ont survécu au fil des époques géologiques, du Paleozoïque jusqu’à la fin du Crétacé, il y a environ 66 millions d’années. En fait, ces céphalopodes ont également été victimes de l’astéroïde lié à l’événement de Chicxulub, qui a conduit à l’extinction des dinosaures non aviaires et à 75 % des espèces animales vivant à cette époque. Il est intéressant de noter que les coquilles de ces mollusques similaires aux calamars modernes constituaient une menace importante pour les petits poissons préhistoriques. Les détails de cette recherche intitulée “Les poissons jurassiques s’étouffant avec des belemnites flottantes” ont été publiés dans Scientific Reports.