Pilule contraceptive liée à un risque accru de cancer du cerveau, selon une étude

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Des chercheurs français ont révélé une corrélation entre l’utilisation du contraceptif oral désogestrel et le développement d’un type de tumeur cérébrale. Le risque augmente en fonction de la durée d’utilisation, mettant en lumière des enjeux importants pour les femmes concernées par cette méthode contraceptive.

Des chercheurs français ont identifié une association entre l’utilisation prolongée de la pilule contraceptive et un risque accru de développer un type de tumeur cérébrale. Plus précisément, l’usage du progestatif désogestrel – un contraceptif hormonal – est lié à une augmentation du risque de ménigiome intracranien, une tumeur se formant sur les membranes (pia mère, dure mère et aracnoïde) protégeant le cerveau et la moelle épinière. Ces tumeurs, généralement benignes et à croissance lente, peuvent néanmoins entraîner des troubles neurologiques significatifs et nécessiter une intervention chirurgicale. Il est important de noter que le risque identifié par les chercheurs est faible et lié à une utilisation prolongée, le tout étant issu d’une étude d’association qui ne révèle pas un rapport de cause à effet, contrairement aux études plus rigoureuses réalisées en double aveugle, randomisées et contrôlées par placebo, qui représentent la norme en recherche scientifique.

La constatation que l’utilisation prolongée de la pilule contraceptive contenant le principe actif désogestrel est associée à un risque accru de ménigiome – les ménigiomes étant les tumeurs cérébrales primaires les plus courants et majoritairement observés chez les femmes – a été effectuée par une équipe de recherche française dirigée par des scientifiques de l’Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé. Ce groupe a collaboré étroitement avec des collègues de différents instituts, notamment le Département de gynécologie médicale à l’Hôpital de Bicêtre (Université Paris-Saclay), le Département de neurochirurgie à l’Hôpital Universitaire Lariboisière (Université Paris-Cité), et l’Université de Versailles St-Quentin-en-Yvelines. Les chercheurs, sous la direction de la professeure Noémie Roland, ont tiré leurs conclusions après avoir analysé des données statistiques provenant de plus de 90 000 femmes dans le système de données de santé national français (Système National des Données de Santé). Ils ont comparé les données de 8 391 patientes ayant subi une intervention chirurgicale pour retirer un ménigiome avec celles de 80 000 autres n’ayant pas cette maladie, mais ayant la même année de naissance et la même localisation géographique. L’âge moyen des participantes était d’environ 59 ans.

La professeure Roland et ses collègues ont examiné l’utilisation des trois contraceptifs oraux désogestrel, lévonorgestrel ou lévonorgestrel en combinaison avec œstrogènes et ont recherché les associations avec le ménigiome intracrânien. Il a été constaté que parmi les 8 391 femmes opérées pour cette tumeur cérébrale, 287 (soit 3,4 %) avaient utilisé le désogestrel à une dose de 75 microgrammes; 17 (0,2 %) avaient utilisé du lévonorgestrel à 30 microgrammes; et 157 (1,9 %) avaient utilisé le lévonorgestrel en association avec des œstrogènes. En combinant toutes les données, il a été observé que le rapport de risque de ménigiome intracranien augmentait progressivement avec la durée d’utilisation du désogestrel : 1,02 pour un usage à court terme ; 1,32 pour un usage prolongé ; 1,52 pour 5 à 7 ans d’utilisation ; et 2,09 pour plus de 7 ans. En d’autres termes, une femme sur environ 17 000 utilisant sans interruption le désogestrel pendant 5 ans pourrait développer un ménigiome nécessitant une intervention, tandis que pour moins de 5 ans, le risque est d’une sur environ 67 000.

Ces chiffres sont relativement rassurants et non alarmants, cependant, les auteurs de l’étude insistent sur l’importance de surveiller l’état neurologique en cas d’utilisation prolongée de ce progestatif synthétique comme contraceptif oral. Par ailleurs, aucune association n’a été trouvée avec le lévonorgestrel, qui pourrait donc représenter une alternative au désogestrel. Il est à noter que le risque de ménigiome disparaît après un an d’arrêt du traitement au contraceptif hormonal, comme l’a indiqué le neurochirurgien Gilles Reuter dans un article accompagnant l’étude.

L’expert a précisé que, généralement, les ménigiomes induits par les progestatifs « tendent à se localiser à la base du crâne antérieur et moyen » et sont souvent asymptomatiques. Toutefois, selon leur emplacement, ils peuvent causer : “céphalées; des déficits neurologiques focaux, y compris des déficits des nerfs crâniens ; convulsions; des changements d’humeur ou de personnalité, confusion ou difficultés cognitives.” Les femmes ressentant ces symptômes devraient passer une IRM, conclut l’expert. Les détails de la recherche intitulée « Contraceptifs oraux avec progestatifs désogestrel ou lévonorgestrel et risque de ménigiome intracrânien : étude nationale de cas-témoignages » ont été publiés dans la revue scientifique The British Medical Journal.