La présence des « grandes blattes volantes américaines » fait l’objet de discussions à Rome, suscitant l’inquiétude. Une analyse de cette espèce, ses origines et les risques sanitaires qu’elle représente permet de mieux comprendre cette situation et les enjeux qui en découlent.
Dans certains quartiers de la Capitale, on a signalé la présence de « grandes blattes volantes américaines ». Quelle est l’espèce engagée, d’où vient-elle et quels sont les risques pour la santé ?

Un spécimen de cafard rouge (Periplaneta americana). Crédit :
Récemment, des vidéos de ces grands cafards rosâtres sont devenues populaires dans plusieurs quartiers de Rome, faisant l’objet de ce qui est qualifié d’une « invasion » de « blattes volantes américaines ». Parfois, on présente cette prolifération comme une sorte de nouveauté, une invasion biologique par une « espèce étrangère » qui aurait été absente avant. Pourtant, cette situation n’est pas tout à fait comme ça. Ces grands cafards, qui peuvent mesurer jusqu’à 5,3 centimètres de long, sont présents depuis longtemps en Italie, surtout dans le Sud et le long de la côte tirrenienne, juste à proximité de la Capitale. Que se passe-t-il alors ?
Qui est le cafard Periplaneta americana
Tout d’abord, situons cette espèce, baptisée Periplaneta americana. Cet insecte, qui appartient à l’ordre des blattoïdes, n’est pas originaire du continent américain, mais d’Afrique. Selon les recherches des entomologistes Bell et Adiyodi en 1981, ce cafard a été introduit dans les Amériques en 1625 à travers le commerce maritime. Grâce à la mondialisation, il a rapidement envahi presque tous les recoins du monde, devenant en fait cosmopolite depuis longtemps grâce à sa grande adaptabilité. Nous ne sommes donc pas face à une espèce étrangère au sens strict, mais il s’agit cependant d’un animal envahissant et infestant pouvant avoir un impact sanitaire non négligeable.

Periplaneta americana. Crédit : Wikipedia
Comment reconnaître le cafard rouge
Comme indiqué, Periplaneta americana – communément appelé cafard rouge ou blatte rouge – se distingue des cafards communs (Blatta orientalis) et des cafards allemands (Blattella germanica) notamment par ses dimensions, sensiblement plus grandes. En effet, il mesure plus de 5 cm de longueur contre respectivement 3,3 et 1,6 centimètres. Son apparence est également très différente ; le cafard commun est noir, tandis que le cafard allemand est brun avec des antennes bien moins développées que celles du cafard rouge. Ce dernier est de couleur rosâtre, avec une tache jaune sur le pronotum, la partie du corps juste derrière la tête. Une autre caractéristique distinctive de Periplaneta americana est sa capacité à voler, surtout chez les males, dont les ailes sont plus développées que celles des femelles (elles dépassent légèrement l’abdomen). Cela explique en partie la supposée invasion de « grandes blattes volantes américaines » à Rome.
Bien qu’elles ne soient pas aussi prolifiques que Blattella germanica, qui peut donner naissance à des milliers d’individus par génération, les femelles du cafard rouge peuvent déposer environ 150 œufs tout au long de leur vie – les adultes vivent environ 400 jours, selon une étude de l’Université des Antilles. Cela indique que dans des conditions favorables, elles peuvent tout de même provoquer des infestations significatives, comme celles remarquées dans les vidéos récemment diffusées à Rome.
Comme d’autres cafards, la blatte rouge est lucifuge (elle ne supporte pas la lumière) et se réfugie donc dans des lieux sombres et humides. Elle apprécie également la chaleur et souffre du froid. Avec l’augmentation sensible des températures récentes, en cas d’infestations notables, ces insectes peuvent être aperçus à la lumière du jour, notamment en s’approchant de leurs refuges, comme les égouts, caves, canalisations, tas de bois et tout autre endroit abrité où ils peuvent trouver de la nourriture et de l’eau. Ce sont des insectes omnivores et saprophages, se nourrissant presque de tout, y compris de leurs congénères morts (bien qu’ils aient une préférence pour les sucreries).

Periplaneta americana. Crédit :
Il n’est pas surprenant que dans les conditions climatiques actuelles et dans des contextes où la saleté et les déchets sont abondants, les cafards rouges puissent proliférer et se reproduire facilement, finissant par envahir même les habitations à la recherche d’abris adéquats. Periplaneta americana est si répandu et reconnu en Italie qu’il figure pratiquement dans toutes les listes d’entreprises de dératisation. Nous le répétons, il ne s’agit pas d’une nouvelle espèce invasive étrangère ni d’une situation « extraordinaire ». Il faut garder à l’esprit que ces insectes préfèrent envahir les endroits où la nourriture est entreposée. Étant porteurs de nombreux bactéries et autres agents pathogènes, ils présentent un risque important pour la santé. Parmi les agents souvent associés à cet insecte figurent les bactéries du genre Salmonella, Escherichia coli, staphylocoque doré, Pseudomonas aeruginosa et d’autres.
