Cette croix gravée sur une roche pourrait être l’œuvre d’art la plus ancienne jamais découverte : une datation incroyable

Crédit: E. Ostrovsky / M. Smelansky / E. Paixao et L. Schunk

Une récente découverte à Marbella révèle une roche avec une ancienne incision en forme de croix, potentiellement l’art le plus ancien jamais identifié. Cet artefact, vieux de 200 000 ans, soulève des questions sur l’expression créative de nos ancêtres et sur leur présence dans la région durant le Paléolithique.

Dans un site archéologique à Marbella, en Espagne, la plus ancienne œuvre d’art connue aurait été mise au jour. Il s’agit d’une incision en croix sur une roche, retrouvée en 2022 à l’intérieur d’une grotte, en même temps qu’un ensemble d’outils datant du Paléolithique inférieur. Les estimations préliminaires des spécialistes indiquent que ces motifs datent de 200 000 ans. Cela représenterait environ 150 000 ans de plus que la plus ancienne peinture rupestre découverte en Indonésie, et 100 000 ans de plus qu’une tablette d’os sculptée trouvée en Chine, ainsi qu’un écart d’environ 100 000 à 150 000 ans par rapport à des gravures sur des objets trouvés dans certaines grottes israéliennes. La datation de l’incision en croix est comparable à celle de plusieurs empreintes de mains et de pieds d’enfants retrouvées près de Quesang, un village du Tibet. Les chercheurs de l’Université de Guangzhou (Chine) qui ont examiné ces empreintes estiment qu’elles n’ont pas été laissées au hasard, mais de façon intentionnelle, possiblement à des fins symboliques.

Crédit: E. Ostrovsky / M. Smelansky / E. Paixao et L. Schunk

Crédit: E. Ostrovsky / M. Smelansky / E. Paixao et L. Schunk

Toutes ces découvertes suggèrent que nos ancêtres possédaient un pensée abstraite et des capacités d’expression symbolique, des éléments qui nous distinguent des autres espèces animales et ont permis notre remarquable évolution cognitive. Un nombre croissant de preuves indique que ce comportement symbolique, esthétique et décoratif était déjà bien présent au Paléolithique moyen, bien plus tôt que ce que l’on pensait jusqu’à récemment. L’incision en croix trouvée sur la roche au site archéologique Coto Correa à Las Chapas de Marbella est vraisemblablement l’exemple le plus ancien de notre capacité à créer de l’art. Ce site est connu depuis les années 1950 grâce à la découverte d’outils et d’autres indices de l’utilisation de ces grottes comme refuges. La roche retrouvée en 2022 pourrait faire reculer encore davantage les limites de cette présence.

Les empreintes de pieds et de mains. Crédit: D.D. Zhang et al. / Science Bulletin

Les empreintes de pieds et de mains. Crédit: D.D. Zhang et al. / Science Bulletin

Comme l’a signalé le Département de la Culture, de l’Éducation et du patrimoine historique, la découverte de la roche gravée revêt une importance double : “D’une part, elle confirme la présence de colons à Marbella durant le Paléolithique moyen inférieur, une période peu connue en Espagne et sans précédent dans la province de Malaga. De plus, elle fournit cette pierre unique contenant une série de représentations graphiques d’origine humaine qui pourraient être plus anciennes de 100 000 ans comparativement aux plus anciennes peintures rupestres.” Cette remarque fait référence à la scène de chasse d’un sanglier découverte sur une paroi rocheuse de Leang Karampuang dans l’île de Sulawesi (Indonésie). Selon les estimations des experts de l’Université Griffith, son âge serait d’environ 51 200 ans.

La peinture rupestre de plus de 51 200 ans découverte dans l'île de Sulawesi. Crédit: Oktaviana et al., Nature, 2024

La peinture rupestre de plus de 51 200 ans découverte dans l’île de Sulawesi. Crédit: Oktaviana et al., Nature, 2024

L’incision en croix a été trouvée sur un bloc de gabbro, une roche magmatique formée par la lente solidification du magma, composée de minéraux tels que le pyroxène, le plagioclase et l’olivine. Les lignes qui la composent sont si nettes et définies que les experts estiment qu’elles n’ont pas été créées par des phénomènes naturels, mais bien gravées par un être humain (Homo sapiens, Denisova ou Néandertal, il est impossible de le déterminer). Ce qui est certain, c’est que la roche sera minutieusement scannée en trois dimensions et que de petits échantillons de matériau seront prélevés pour effectuer des analyses de datation avancées. Ce n’est qu’ainsi que nous aurons des informations plus précises sur le moment de sa réalisation. Après ces analyses par les experts du Département de la Culture, des études scientifiques seront préparées pour publication dans des revues spécialisées.