Un chirurgien contracte le cancer d’un patient qu’il opérait : un cas unique en son genre

Un chirurgien a développé un nodule cancéreux à la main après s'être blessé lors d'une opération d'extraction de cette même tumeur / Photo iStock

Un chirurgien a récemment révélé un cas rare et surprenant, où une blessure faite lors d’une opération a conduit au développement de la même tumeur chez lui que celle qu’il était en train d’enlever. Ce phénomène soulève de nombreuses questions sur la transmission des cellules cancéreuses et illustre le caractère exceptionnel de cette situation médicale.

Lors d’une intervention chirurgicale pour retirer un histiocytome fibreux malin, le chirurgien s’est blessé à la main : cinq mois plus tard, il a découvert qu’il avait la même tumeur que le patient qu’il avait opéré.

Un chirurgien a développé un nodule cancéreux à la main après s'être blessé lors d'une opération d'extraction de cette même tumeur

Un chirurgien a développé un nodule cancéreux à la main après s’être blessé lors d’une opération d’extraction de cette même tumeur

Un cas clinique unique fait la une, où un chirurgien a contracté le cancer d’un patient qu’il était en train d’opérer. Le cancer n’est généralement pas une maladie contagieuse (il ne se propage pas comme un virus) à moins d’exceptions rares observées chez certains animaux (comme les chiens) et des cas humains isolés de transmission materno-fœtale pour des défauts génétiques (seulement 17 cas documentés en plus d’un siècle). Ce fait rend l’histoire du chirurgien, détaillée dans un rapport publié en 1996 dans le New England Journal of Medicine, absolument remarquable.

Que savons-nous sur le chirurgien qui a contracté le cancer du patient qu’il opérait

Le chirurgien, un homme de 53 ans, réalisait une opération pour enlever un histiocytome fibreux malin de l’abdomen d’un patient, un type de sarcome caractérisé par la présence d’histiocytes, ces cellules immunitaires qui migrent vers des tissus inappropriés, formant ainsi des excroissances tumorales. Pendant l’opération, le chirurgien s’est accidentellement blessé à la main, se coupant à la base du doigt moyen de la main gauche, alors qu’il tentait de placer un drainage pour le patient.

La plaie a été désinfectée et bandée immédiatement, mais cinq mois plus tard, le chirurgien remarqua qu’à l’endroit même où il s’était blessé, un petit nodule commençait à se former. Consulté par un spécialiste de la main, celui-ci observa “un gonflement dur, circonscrit, semblable à une tumeur de 3 cm de diamètre”, ce qui mena à une opération et à une analyse des tissus prélevés.

La tumeur du patient (A) et celle du chirurgien (B) étaient toutes deux des histiocytomes fibroses malins, dont les cellules cancéreuses étaient génétiquement identiques / Crédit NEJM

La tumeur du patient (A) et celle du chirurgien (B) étaient toutes deux des histiocytomes fibroses malins, dont les cellules cancéreuses étaient génétiquement identiques / Crédit NEJM

Les examens histologiques ont révélé qu’il s’agissait d’un histiocytome fibreux malin, le même type de cancer que le chirurgien opérait au moment de sa blessure à la main. Des analyses supplémentaires ont montré que les cellules cancéreuses étaient génétiquement identiques à celles du cancer du patient, ce qui a conduit l’équipe médicale à conclure que les cellules malignes avaient dû être transférées lors de la blessure du chirurgien. “Les deux tumeurs étaient des histiocytomes fibroses malins du sous-type storiforme-pleomorphe – précise le rapport – . Nous avons ensuite démontré que les sarcomes du patient et du chirurgien étaient génétiquement identiques.”

Dans le rapport, l’équipe décrit le cas comme un “transplant accidentel” d’un histiocytome fibreux malin du patient, notant qu’il s’agit d’une situation très inhabituelle car, généralement, un tissu transplanté génétiquement différent de celui de l’hôte est attaqué et détruit par le système immunitaire de l’hôte, entraînant un rejet. C’est pourquoi des médicaments immunosuppresseurs sont utilisés lors des greffes d’organes.

En effet, le chirurgien avait développé une inflammation autour de la coupure, mais visiblement, cette réponse immunitaire n’a pas pu empêcher les cellules cancéreuses de proliférer. Selon l’équipe, ces cellules pourraient avoir échappé au système immunitaire du chirurgien par différents mécanismes : par exemple, elles n’auraient pu produire suffisamment d’antigènes, des molécules qui activent le système immunitaire, déclenchant la production d’anticorps, comme souligné dans le rapport.