Le hydrates de méthane, surnommés « glace ardente », représentent une source énergétique intrigante nichée sous nos océans. Toutefois, leur extraction soulève des questions essentielles concernant la stabilité et l’impact environnemental, alors que des changements climatiques pourraient exacerber les risques liés au relâchement de ce puissant gaz à effet de serre.
Le méthane solide, connu également sous le nom de glace ardente, est l’hydrate de méthane, un composé où une molécule de méthane est emprisonnée dans un réseau cristallin composé de six molécules d’eau (CH46H20), se formant à des températures basses (-15 °C) et à haute pression ambiante (20 bar).
Ces conditions particulières restreignent la formation et la stabilité des hydrates de méthane à certains environnements favorables, incluant principalement les fonds marins, où ce type de composé est particulièrement répandu. Cependant, les hydrates de méthane peuvent également être trouvés dans le pergélisol et les glaces plus profondes. Selon l’US Geological Survey, les hydrates de méthane sont de loin la source d’hydrocarbures la plus abondante au monde.
Dans les fonds marins, plusieurs communiqués ont mis en évidence que de grands dépôts de méthane solide se trouvent près des marges continentales, à des profondeurs d’eau allant de 350 à 5000 mètres. En Europe, une étude scientifique notable (le communiqué Minshull) a documenté la présence de grands volumes dans diverses zones au large du continent, particulièrement sur la plateforme occidentale s’étendant vers l’Irlande et l’Islande.
Dans la mer Méditerranée, cependant, bien qu’il existe d’importantes réserves de gaz méthane conventionnel, les hydrates de méthane sont moins répandus que prévu, probablement en raison de la formation de ce composé qui “est fortement limitée par la présence de fortes concentrations de sel dans le sous-sol”, comme le démontre une étude récemment publiée dans la revue Geology.
Avantages et risques du méthane solide
Le méthane solide, en tant que ressource énergétique, constitue une opportunité pour réduire notre dépendance au pétrole et à d’autres combustibles fossiles, compte tenu de l’abondance de ce composé et de la possibilité d’obtenir de grandes quantités de méthane – comme on le sait, le méthane est un hydrocarbure qui, en brûlant, libère la moindre quantité de carbone. Son utilisation, cependant, n’est pas sans risques, en relation avec les problématiques liées à une extraction sécurisée et durable.
Les molécules de méthane solide, comme mentionné, ressemblent à des cristaux de glace contenant du méthane, dont la stabilité est sensible à des variations minimales de température et de pression. Avec de telles variations, même pendant quelques secondes, la glace fond et le méthane s’échappe sous forme gazeuse. Cela rend même l’échantillonnage une opération complexe, car une fois à la surface, la plupart du méthane se disperse et, avec les technologies actuelles, seule une petite partie est récupérée sous forme solide.
Cette caractéristique représente “l’une des principales limitations à l’extraction du méthane stocké sous forme d’hydrate et également l’une des potentielles sources de problèmes environnementaux graves liés à son utilisation”, précise également l’ENI dans un document sur les hydrates de méthane, suggérant une grande prudence dans la course à l’utilisation de ces composés.
Les risques liés au méthane solide sont également associés à un éventuel fonte en raison des changements climatiques. L’augmentation progressive des températures pourrait en effet influencer la stabilité des hydrates de méthane et, par conséquent, entraîner le relâchement de méthane dans l’environnement. “Étant donné les connaissances actuelles – expliquent les auteurs d’un récent article sur les défis environnementaux découlant des scénarios de changement climatique – il n’est pas clair quels pourraient être les risques environnementaux de tels relâchements dans un avenir proche, tant pour les écosystèmes que pour la stabilité des fonds marins.”
Ce qui est certain, c’est que le relâchement de grandes quantités de méthane, qu’il soit dû à un processus d’extraction irresponsable ou aux effets des changements climatiques, pourrait avoir un impact sérieux sur le réchauffement climatique, le méthane étant un gaz à effet de serre 20 fois plus puissant que le dioxyde de carbone.
Dans cette situation, un nouvel accroissement des températures pourrait également provoquer la fusion de grandes quantités d’hydrates dans les fonds marins, les terrains couverts par le pergélisol et les glaces polaires, avec par ailleurs le risque de glissements de terrain à grande échelle dans les zones affectées par des extractions ou une fonte, entraînant une série de processus aux effets finaux difficilement prévisibles.
