Adieu au chiurlottello, le premier oiseau éteint d’Europe, d’Afrique et d’Asie : la responsabilité nous incombe entièrement

Un chiurlottello. Screenshot Rarer British Birds

Une étude récente révèle que le chiurlottello, un oiseau migrateur emblématique, a presque disparu, avec une probabilité d’extinction atteignant 96%. Malgré sa vaste aire de répartition en Europe, en Asie et en Afrique, l’absence de observations depuis 1995 soulève des préoccupations majeures sur la biodiversité mondiale.

Les chercheurs ont conclu que le chiurlottello est éteint à 96 % de probabilité, avec le dernier aperçu datant de 1995. C’est la première espèce d’oiseau d’Asie, d’Afrique et d’Europe à s’éteindre. Les causes de cette extinction sont principalement dues aux activités humaines.

Un chiurlottello. Screenshot Rarer British Birds

Un chiurlottello. Screenshot Rarer British Birds

Malgré son vaste territoire de distribution et de reproduction, englobant l’Europe de l’Est, le bassin méditerranéen, le Moyen-Orient et la côte nord-ouest de l’Afrique, le chiurlottello (Numenius tenuirostris) est considéré comme éteint par les scientifiques. C’est la première espèce d’oiseau migrateur à disparaître au cours des temps modernes, malgré un habitat largement accessible. L’extinction de cet oiseau magnifique de la famille des scolopacidae, à laquelle appartiennent aussi les plus connus beccasses et beccaccini, alerte les biologistes de la conservation sur l’urgence de protéger la biodiversité face à la détruction des habitats, au changement climatique, à l’in pollution et à d’autres facteurs menaçant la survie des espèces. Ce fait est d’autant plus choquant que le chiurlottello bénéficiait d’une immense aire de répartition ; on pense généralement que les espèces endémiques des petites îles sont beaucoup plus menacées. Ici, nous observons une extinction récente d’un animal dont l’habitat couvrait trois continents, malgré des lois de protection strictes, signalant une crise imminente. Nous faisons face à une sixième extinction de masse et le chiurlottello est encore une victime de l’insatiabilité et du manque de vision de notre espèce.

Une illustration du chiurlottello. Crédit : Wikipedia

Une illustration du chiurlottello. Crédit : Wikipedia

La décision concernant l’extinction de l’oiseau migrateur a été prise par une équipe de recherche internationale dirigée par des scientifiques britanniques du Centre pour la science de la conservation de la RSPB et du Muséum d’histoire naturelle de Londres, en collaboration avec plusieurs instituts. Parmi eux, le Centre pour la recherche sur la biodiversité et l’environnement, la Faculté des sciences de la vie de l’University College de Londres, BirdLife International et le Naturalis Biodiversity Center à Leyde. Les chercheurs, coordonnés par les docteurs Alex Bond et Graeme M. Buchanan, ont rapporté que le dernier aperçu confirmé du chiurlottello remonte à 1995 au Maroc, avec un autre aperçu en 2001, mais non vérifié. Depuis près de 30 ans, les chercheurs ont mené des expéditions « extensives et intensives » dans les pays connus pour avoir abrité des populations et des sites de reproduction, sans succès.

Crédit : Wikipedia

Crédit : Wikipedia

Dans cette nouvelle étude, le docteur Bond et ses collègues ont développé un modèle probabiliste d’extinction basé sur les schémas de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), en prenant en compte plusieurs paramètres. De la menace sur l’espèce aux efforts de recherche menés depuis que celle-ci a été déclarée protégée (1988), en passant par toutes les observations (non seulement les aperçus documentés mais aussi les spécimens et échantillons présents dans les musées, ainsi que des aperçus non confirmés). En croisant toutes ces données, les chercheurs en sont arrivés à une seule conclusion : le chiurlottello est éteint à 96 pour cent de probabilités. Sa disparition serait survenue vers 1995, lors de l’ultime observation au Maroc.

Les scientifiques ne peuvent pas définir quelle a été la principale cause déclenchante de cette extinction, mais il est clair que l’homme a joué un rôle : Homo sapiens. La dégradation des précieuses zones humides (où ces oiseaux vivent et se nourrissent surtout) ; la chasse illégale ; l’in pollution ; l’activité humaine ; et le changement climatique sont tous considérés comme des facteurs possibles, même si leur impact individuel ne peut être mesuré. Bien que dans cette nouvelle étude le chiurlottello soit pratiquement éteint, il est encore classé comme en danger critique d’extinction dans la Liste Rouge de l’UICN. Il faut en effet attendre 50 ans avant qu’une déclaration officielle d’extinction puisse être faite. L’étude « Extinction globale du Curlew à bec fin (Numenius tenuirostris) », publiée dans la revue scientifique IBIS : The International Journal of Avian Science, sera utilisée par l’UICN pour reclasser l’état de cet unfortunate oiseau migrateur à l’avenir.