Le mystère du certificat manquant pour le projet du Pont sur le Stretto : un an plus tard, l’Ingv soulevait déjà les mêmes inquiétudes

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Un organisme scientifique a récemment contredit des affirmations sur l’évaluation des risques sismiques d’un projet d’infrastructure majeur, soulevant des préoccupations sur la sécurité et la conformité des normes techniques. Les enjeux autour de cette construction suscitent des interrogations critiques quant à la gestion des risques sismiques.

L’Ingv a expliqué ne pas avoir réalisé de certificat pour la construction du Pont sur le détroit de Messine, contrairement à ce que montrent les documents remis au Ministère de l’environnement et de la sécurité énergétique (Mase). Dès 2023, le président Carlo Doglioni avait déjà exprimé des préoccupations similaires concernant les risques du pont, qui ont été réaffirmées dans sa démentie officielle.

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Un problème concerne la documentation complémentaire remise à la Commission VIA – VAS du Ministère de l’environnement et de la sécurité énergétique (Mase) pour la construction du Pont sur le détroit de Messine. En effet, le président de l’Institut national de géophysique et de volcanologie (Ingv), Carlo Doglioni, a nié qu’un certificat sur les risques sismiques du projet ait été signé par l’institut.

Comme l’a précisé Doglioni dans deux lettres adressées au député d’Alleanza Verdi-Sinistra Angelo Bonelli, le certificat mentionné dans la documentation aurait été établi par deux chercheurs, mais à titre personnel, et non en tant que représentants de l’Ingv.

Le président Doglioni a été membre de la Commission d’experts chargée par le deuxième gouvernement Conte d’évaluer la faisabilité de la construction d’un passage stable du détroit de Messine. Netcost-security.fr a contacté l’Ingv pour obtenir des clarifications à ce sujet : l’institut a confirmé n’avoir signé aucun certificat, ajoutant que son avis technique correspondait à ce qu’avait déclaré Doglioni lors des auditions à la Chambre sur la réalisation du Pont sur le Détroit, le 14 avril 2023. Netcost-security.fr a analysé la situation concernant les risques liés à la construction de l’infrastructure selon les experts de l’Ingv.

Les risques sismiques du Pont sur le détroit

Lors de l’audition parlementaire sur le sujet, le Prof. Doglioni avait précisé avoir travaillé avec les autres membres de la Commission pour évaluer les différentes possibilités alors sur la table d’un passage stable dans le détroit : « La seule possibilité envisageable du point de vue sismo-tétonique était celle du pont, à travée unique ou à plusieurs travées ».

Cependant, à cet égard, le président avait soulevé des problèmes encore non résolus. L’endroit où le pont devrait être construit est, selon Doglioni, « une zone sujette au mouvement relatif entre la Calabre et la Sicile« . Près de cette zone, un séisme a eu lieu en 1908 ayant une magnitude supérieure à 7, l’un des événements sismiques les plus catastrophiques du 20ème siècle, qui a causé plus de 80 000 victimes.

La question des failles

Dans les deux lettres où Doglioni a clarifié la position de l’Ingv à l’honorable Bonelli, l’une des premières préoccupations concerne la présence de failles actives dans la région. Une faille active est une rupture survenue à l’intérieur d’une section de roche de la croûte terrestre, où des signes de mouvement entre les deux blocs en présence sont évidents.

En particulier, comme cela avait déjà été établi en septembre 2024 par l’analyse des documents présentés au Mase par la société même des Sétins de Messina, les risques majeurs proviendraient de la présence de la faille Cannitello. Il s’agit de l’une des cinq failles classées par l’inventaire Ispra comme étant de « dangerosité maximale ». Sur cette faille, selon les cartes du projet, un des piliers devrait être construit dans le territoire calabrais. Pour évaluer son éventuelle activité – écrit aujourd’hui Doglioni – des analyses paléosismologiques auraient été nécessaires, mais jamais réalisées par l’Ingv.

Dès 2023, Doglioni expliquait lors de cette audition parlementaire : « La zone du Détroit est traversée par de nombreuses failles, donc elle est active du point de vue sismique : il s’agit de failles en grande partie notées, responsables de la sismicité enregistrée par l’Ingv depuis 1975. Nous devons imaginer construire un passage stable capable de résister à une sismicité comme celle qui a causé le séisme de 1908« . Comme le président Doglioni l’avait également expliqué à Netcost-security.fr, l’activité qui a causé cet événement sismique pourrait effectivement se reproduire.

Le problème des normes techniques

Un autre point abordé par Doglioni dans ses lettres à Bonelli a été soulevé il y a déjà plus d’un an. Celui relatif aux coefficients de résistance aux accélérations sismiques.

Comme l’explique le Département de la Protection Civile, pour indiquer le degré de risque sismique d’une zone, même en vue de la possibilité de construire dans cette zone, « à chaque zone est attribué un valeur de l’action sismique utile pour la conception, exprimée en termes d’accélération maximale sur roche« .

Toutefois, par communiqué à cette carte de dangerosité – avait expliqué Doglioni lors de l’audition – « nous avons vu que ces vingt dernières années, les accélérations prévues par les normes techniques pour la construction sont inférieures à celles enregistrées lors des événements sismiques, notamment avec l’augmentation de la magnitude ».

Cette disparité entre les valeurs indiquées par les normes de construction, et donc celles considérées dans le projet pour le Pont, se retrouve également dans la zone du Détroit : « Étant donné les magnitudes qui peuvent se produire dans cette zone, nous pourrions avoir des accélérations bien supérieures à celles prévues par les normes techniques : les normes actuelles prévoient des accélérations autour de 0,55 g (force de gravité), mais nous savons que dans les zones épi-centriques du détroit de Messine, ces valeurs peuvent atteindre et dépasser également le seuil de 1 g« . Pour cette raison, déjà à l’époque, l’Ingv demandait une mise à jour des normes techniques en fonction des valeurs d’accélération sismique effectivement mesurées ces dernières années.