La relation entre le fait de se « scroccher » le cou et le risque d’ictus attire l’attention des chercheurs et des professionnels de santé. Diverses études examinent ce phénomène, en mettant en lumière des cas emblématiques et en analysant les mécanismes sous-jacents. Quel est réellement le risque ?
Différents études ont exploré la corrélation entre l’AVC ischémique et la manœuvre de craquement du cou, que ce soit de manière autonome ou avec le support d’un expert. Que disent les experts et quel est le risque réel.

Bien que cela soit extrêmement rare, se craquer le cou tout seul ou avec l’aide d’un professionnel de santé peut entraîner un AVC ischémique, généralement à la suite d’une lésion appelée dissection de l’artère vertébrale. Au-delà des incidents rapportés dans les médias internationaux, comme ceux de Josh Hader, 28 ans, et de Natalie Kunicki, 23 ans, qui ont subi un AVC après s’être étirés et craqués le cou, plusieurs cas cliniques ont été étudiés dans la littérature scientifique – pas beaucoup, en réalité – et la conclusion a été qu’une corrélation est possible. Bien qu’il s’agisse d’épisodes vraiment très rares, surtout après des manœuvres de manipulation du cou effectuées par des kinésithérapeutes et chiropraxistes. Il suffit de savoir que dans l’étude « Le risque associé à la manipulation vertébrale : un aperçu des revues » réalisée par des scientifiques danois de l’Hôpital Universitaire de Copenhague, il a été déterminé que l’incidence d’AVC ischémique à la suite de telles procédures, généralement effectuées pour réduire la douleur au cou, se situe entre 1 cas pour 20 000 traitements et 1 pour 250 000. Des chiffres qui soulignent la sécurité de ces manœuvres, bien qu’elle ne soit pas absolue. À ce sujet, en Italie, une manœuvre réalisée par un ostéopathe sur le présentateur d’Unomattina, Massimiliano Ossini, est devenue virale. Mais pourquoi se craquer le cou peut-il mener à un AVC ?
Tout d’abord, il est essentiel de souligner que lorsque le cou, les doigts et d’autres articulations craquent, le bruit que nous entendons n’est pas produit par les os ou les ligaments, mais par la rupture de petites bulles de gaz qui se forment dans le liquide synovial, un fluide qui imprègne les articulations pour rendre les mouvements souples et fluides. Le changement de pression du liquide causé par les mouvements déclenche la formation de ces bulles, qui peuvent se rompre naturellement ou être facilitées par certaines manœuvres. Dans le cou, elles se génèrent lorsque nous étirons ou tirons sur les ligaments et peuvent être rompues pour soulager la tension, la raideur et la douleur. Pas étonnant, comme expliqué dans un article publié sur The Conversation par la professeure Christine Roffe, professeur de médecine des AVC à l’Université de Keele (Royaume-Unis), que se craquer le cou soit une manœuvre de manipulation vertébrale que réalisent des chiropraticiens et des kinésithérapeutes pour soulager la douleur au cou. En général, « il est couramment admis que les bruits indiquent une procédure réussie ». Cependant, comme souligné, ces manœuvres ne sont pas complètement dépourvues de risques.
La professeure Roffe explique en effet que se craquer le cou peut provoquer une petite déchirure de l’une des deux artères vertébrales, entraînant la formation de caillots sanguins qui peuvent à leur tour entraver ou bloquer le flux sanguin vers une partie du cerveau, menant jusqu’à provoquer un AVC ischémique. « Les deux artères vertébrales (artères principales du cou) se rejoignent pour former l’artère basilique qui approvisionne en sang la partie postérieure du cerveau. Elles sont vulnérables aux lésions causées par la rotation et la flexion du cou, car elles traversent les canaux osseux dans les bras latéraux des vertèbres et sont étirées lorsque le cou est tourné », explique la scientifique. « L’habitude de se craquer le cou peut affaiblir les ligaments qui maintiennent les articulations entre les vertèbres, permettant des mouvements plus amples du cou et rendant les artères plus vulnérables aux lésions », a ajouté l’experte.
Dans certains cas rapportés, comme celui de Josh Hader, l’AVC s’est manifesté immédiatement, juste après s’être craqué le cou en s’aidant d’une main. Il a immédiatement ressenti un engourdissement d’un côté du corps et est resté semi-paralysé, perdant la capacité de marcher. Les médecins de l’Hôpital Mercy d’Oklahoma City lui ont diagnostiqué un AVC précisément à cause de la rupture de l’artère vertébrale. Selon la professeure Goffe, ce ne serait pas l’événement en soi qui aurait déclenché l’AVC immédiat, étant donné qu’il faudrait un certain temps pour la formation d’un caillot sanguin et son obstruction ; l’experte explique que la lésion était certainement déjà présente (le jeune homme avait en effet des douleurs au cou depuis des semaines) et que la manœuvre a simplement fait précipiter une situation déjà endommagée. « Se craquer le cou peut causer un AVC, surtout si cela se fait régulièrement. Mais, selon nos connaissances actuelles, le risque d’un AVC est minime. Alors que les bruits de craquement du cou lors d’une activité physique normale ne sont pas préoccupants, il est préférable d’éviter de se craquer le cou de manière habituelle », a conclu l’experte.
Interrogé sur ce qui est arrivé à Josh Hader, le neurologue George Harris de l’hôpital Johnston-Willis – HCA Healthcare Virginia a souligné que l’idée que se craquer le cou puisse être une cause directe d’AVC est une idée lointaine, étant donné que cette éventualité est extrêmement rare. « Je m’inquiéterais beaucoup plus du fait que fumer des cigarettes ou commander des frites supplémentaires représentent un risque plus grand d’AVC que le craquement du cou », a commenté ironiquement le médecin, se référant aux principaux facteurs de risque d’AVC (cholestérol élevé, hypertension et effectivement, tabagisme). Le professeur Harris a souligné que la déchirure de l’artère vertébrale peut se produire sous effort musculaire, par exemple chez les culturistes ou chez ceux qui subissent un coup du lapin après un accident de voiture, mais c’est néanmoins un événement rare. Le jeune homme devait avoir une précondition presque de « tempête parfaite » avant de se craquer le cou, la mèche qui l’a conduit à l’AVC. Tous les études n’arrivent pas à des conclusions définitives sur l’association entre les manœuvres de manipulation vertébrale et l’AVC (ou accident vasculaire cérébral), mais bien que ce risque soit extrêmement faible, il ne doit pas être exclu a priori.
