Les images de sabbies mobiles, souvent dramatiques au cinéma, trompent sur leur véritable nature. En réalité, ces formations, dangereuses mais moins mortelles que les légendes les dépeignent, révèlent une complexité fascinante. Ce phénomène naturel mérite d’être exploré afin de comprendre ses dangers réels et les mesures de sécurité à adopter.
Monstre dans de nombreux films d’aventure, les sables mouvants ne peuvent en réalité pas tuer une personne comme cela est souvent (ou plutôt, était) montré à Hollywood. Voici ce qu’ils sont et pourquoi ils représentent tout de même un danger mortel.

Les sables mouvants sont un classique des films d’aventure vintage et entre les années 60 et 80, ils étaient pratiquement incontournables dans les blockbusters du genre. Les figurants et les méchants finissaient généralement engloutis, rencontrant une fin atroce, tandis que les héros parvenaient à en réchapper grâce à des acrobaties improbables et à l’aide de leurs compagnons. Que ce soit le sable du désert ou une marais menaçant dans une forêt tropicale, cela ne faisait aucune différence ; les sables mouvants étaient une sorte de monstre omniprésent contre lequel tous les “Indiana Jones” de l’époque devaient se confronter. Depuis les années 90, ils ont rapidement disparu, et aujourd’hui, on ne les voit pratiquement plus au cinéma (ou presque). La raison en est très simple. Bien qu’ils puissent être effectivement dangereux et mortels, les sables mouvants ne peuvent pas tuer une personne de la manière cruelle et dramatique montrée dans les anciens films, c’est-à-dire en l’avalant complètement jusqu’à la tête, jusqu’à l’étouffer ou l’immerger.

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Pour comprendre pourquoi, il faut se référer au principe d’Archimède, énoncé par le célèbre physicien et mathématicien de Syracuse il y a plus de 2 000 ans. Le principe indique qu’un corps immergé dans un fluide subit une force dirigée de bas en haut d’intensité équivalente à la force de poids du fluide déplacé ; en pratique, le corps dévise son poids et rien d’autre. C’est précisément la poussée d’Archimède qui en découle qui nous permet de flotter. Puisque les sables mouvants ont une densité d’environ 2 grammes par millilitre et celle d’une personne est d’environ 1 gramme par millilitre, grâce au deuxième principe d’Archimède, nous ne pouvons pas physiquement s’enfoncer complètement dans ce fluide visqueux, mais jusqu’à la taille, à peu près. Quand en effet le corps enfoncé déplace un volume de sables mouvants équivalent à son propre poids, la poussée d’Archimède vers le haut atteint l’équilibre et empêche la personne de s’enfoncer davantage. Cela a été prouvé dans plusieurs études scientifiques, y compris l’article “Quicksand can’t suck you under” publié dans Nature par la scientifique Roxanne Khamsi et ses collègues. La célèbre série télévisée MythBusters a également consacré un épisode pour contredire les risques cinématographiques des sables mouvants (qui restent néanmoins potentiellement mortels, comme nous le verrons dans un paragraphe suivant).

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Qu’est-ce que les sables mouvants
Mais qu’est-ce que les sables mouvants ? Bien qu’ils soient associés au désert dans les films, les véritables sables mouvants ont entre leurs « ingrédients » principaux de l’eau. C’est pourquoi les panneaux indiquant le danger des sables mouvants se trouvent à proximité de mers, lacs, rivières, marais et autres plans d’eau. D’un point de vue purement scientifique, il s’agit d’un colloïde, c’est-à-dire d’un mélange de substances dans lequel un matériau granulaire – dans ce cas, du sable, de l’argile ou autre – est finement dispersé dans l’eau, qu’elle soit douce ou salée. Bien qu’ils semblent solides en surface, la viscosité des sables mouvants varie en fonction du stress mécanique auquel ils sont soumis. S’ils sont immobiles, le mélange est dense et compact, mais lorsqu’ils sont sollicités, par exemple en marchant dessus, ils se fluidifient en raison de la faible adhésion des grains suspendus dans l’eau qui perdent en cohésion. C’est ce mécanisme qui nous fait s’enfoncer. Les sables mouvants sont à tous égards un fluide non newtonien, c’est-à-dire qu’ils ne suivent pas les lois de Newton sur la viscosité, mais sont basés justement sur le stress mécanique. Plus précisément, ils sont soumis à un phénomène que les experts appellent shear thinning (amincissement au cisaillement). Heureusement, comme indiqué, pendant que l’on s’enfonce, le deuxième principe d’Archimède entre en jeu et nous sauve la vie. Mais ce n’est pas toujours le cas.
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Les dangers des sables mouvants
Les sables mouvants peuvent en effet être extrêmement sournois. Une fois bloqué à l’intérieur, s’en libérer est très compliqué. L’étude susmentionnée dans Nature a déterminé par une expérience spécifique que les sédiments accumulés autour du corps ont une viscosité très élevée, donc réussir à les déplacer peut nécessiter une force surhumaine. Il a été calculé que pour sortir le pied d’une personne piégée dans les sables mouvants à une vitesse d’un centimètre par seconde, il faut la même force nécessaire pour soulever une voiture de taille moyenne. La meilleure façon de sortir, selon les experts, est de bouger lentement et progressivement les jambes, afin d’« assouplir » le sédiment et de faire écouler l’eau, comme expliqué par le professeur Daniel Bonn à National Geographic, physicien à l’Institut Van der Waals-Zeeman de l’Université d’Amsterdam.
Bien que l’on ne puisse pas s’enfoncer complètement dans les sables mouvants, cela n’indique pas du tout qu’ils ne sont pas dangereux. Ceux qui restent bloqués et ne peuvent pas sortir, par exemple, peuvent perdre la vie à cause de déshydratation, hypothermie ou même noyade; en effet, les sables mouvants se trouvent souvent dans des zones de marée. Lorsque la marée monte, si l’on se retrouve piégé sans possibilité de sortir, il y a un réel risque de noyade. Dans certains endroits, il ne faut même pas sous-estimer la possibilité d’être attaqué par des prédateurs ou de subir des insolations graves. Bouger pour essayer de se libérer peut également exacerber les risques.
La dynamique des sables mouvants peut néanmoins être très complexe, en fonction du lieu et des composants impliqués, c’est pourquoi les interdictions doivent absolument être respectées. Il est impossible d’exclure que la présence de trous sur des fonds plus ou moins profonds, des substrats particuliers et d’autres conditions puissent finalement nous « engloutir ». Parfois, on considère même comme sables mouvants le sable du désert, la neige fine et même les silos avec des dépôts de céréales, dans lesquels plusieurs travailleurs perdent la vie chaque année. En France, parmi les lieux où l’on trouve des sables mouvants figurent le Delta du Po, la Lagune de Venise et le Lac de Giacopiane en Ligurie, où un accident mortel s’est produit récemment.
