S’inspirant des substances adhésives sécrétées par certaines plantes carnivores, des scientifiques des Pays-Bas ont créé une colle biologique expérimentale à base de gouttelettes collantes capables de piéger les parasites. Elle peut être pulvérisée sur les plantes comme les pesticides, mais elle est durable et biodégradable.

Les chercheurs ont développé une révolutionnaire colle biologique expérimentale, durable et biodégradable capable de piéger les parasites qui infestent les cultures. L’objectif est de créer une alternative efficace et valide aux pesticides chimiques, extrêmement nocifs pour la biodiversité et l’environnement, mais dont l’utilisation est en constante augmentation en raison de la nécessité de soutenir les besoins alimentaires de la population mondiale croissante. Ce composé collant peut être efficacement pulvérisé sur les plantations – alimentaires ou ornementales – avec les mêmes méthodes et outils que pour la pulvérisation des pesticides ; il reste actif pendant longtemps sur les plantes avant de se dégrader naturellement. Les tests effectués sur certaines cultures ont mis en évidence la capacité significative de piéger des insectes particulièrement nuisibles tout en préservant les pollinisateurs plus grands comme les abeilles. Des expériences à plus grande échelle prévues pour l’été seront fondamentales pour déterminer l’efficacité du produit.
Une équipe de recherche des Pays-Bas dirigée par des scientifiques du Groupe de sciences agrotechnologiques et alimentaires de l’Université et de la recherche de Wageningen a développé la colle biologique contre les parasites, en collaboration étroite avec des collègues du Département du Groupe des Interactions Souterrain-Surfacique – Institut de Biologie de l’Université de Leiden. Les chercheurs, sous la direction du professeur Thomas E. Kodger, professeur à la section de Chimie physique de l’université néerlandaise, ont mis au point la colle en s’inspirant de la nature. Plus précisément, des trichomes glandulaires de certaines plantes carnivores comme celles du genre Drosera, qui sécrètent des gouttes collantes capables de piéger leurs proies. Pour créer le composé, le professeur Kodger et ses collègues ont généré des particules adhésives à partir de triglycérides réticulés d’origine végétale, soumis à l’oxydation. En fonction de la composition de ces huiles, il est possible d’obtenir un composé plus ou moins collant. Grâce à un traitement spécifique de séparation (à l’intérieur d’un mixeur), des gouttelettes collantes individuelles peuvent être pulvérisées sur les plantes, prêtes à piéger les insectes nuisibles aux cultures.
Les chercheurs ont mené des tests sur des plants de fraises, de chrysanthèmes et d’autres cultures aux Pays-Bas, parvenant à piéger en seulement deux jours plus de 60 pour cent des thrips occidentaux des serres (Frankliniella occidentalis). Ces insectes sont connus pour attaquer des centaines de plantes et causer d’énormes dégâts aux cultures alimentaires et ornementales ; il n’est donc pas surprenant qu’ils aient été la cible privilégiée de cette nouvelle colle biologique, qui semble avoir bien fonctionné lors des premiers essais. Les gouttelettes sont en effet restées collantes pendant des semaines.
Comme le soulignent les auteurs de l’étude, le papier tue-mouches est bien connu depuis longtemps, mais il peut également être mortel pour des insectes pollinisateurs précieux tels que les abeilles et les papillons. Les gouttelettes du nouveau composé sont conçues pour piéger de petits insectes comme les thrips, même s’il est possible qu’ils endommagent également des insectes « utiles ». Les chercheurs étudient la possibilité d’intégrer des substances odorantes naturelles à l’intérieur, capables d’attirer les thrips ou leurs prédateurs, comme l’Orius laevigatus, un insecte largement utilisé en agriculture pour combattre les parasites des plantes. L’espoir des chercheurs est que des tests plus approfondis pourront certifier la durabilité de la substance collante, une alternative potentiellement très valable aux pesticides traditionnels. Les détails de l’étude « Mimicking natural deterrent strategies in plants using adhesive spheres » ont été publiés sur PNAS.
