En mars, l’agence spatiale chinoise a lancé un satellite qui permettra de communiquer avec le côté caché de notre satellite, là où les signaux radio n’arrivent normalement pas. La mission, qui sera la première à amener un engin sur le côté « obscur » de la Lune puis à revenir avec des échantillons de sol, est sans précédent dans la course à l’espace.

@CNSA WATCHER | Le lanceur qui a mis en orbite la sonde chinoise Chang’e 6
Le lancement s’est déroulé parfaitement et maintenant Chang’e 6 vole en direction de la Lune avec ses ailes, deux immenses panneaux solaires, déployés dans l’espace. Ainsi, Pékin a envoyé une nouvelle mission vers notre satellite, cette fois-ci plus ambitieuse que les précédentes : la sonde devrait atterrir sur le côté caché de la Lune et prélever des échantillons de sol, puis les ramener sur Terre pour les analyser. Une entreprise qui marquerait une première pour les missions spatiales du monde entier : jusqu’à présent, des échantillons n’avaient été prélevés que sur le côté visible de la Lune. Déplacer la mission vers l’autre face de la Lune constitue un nouveau défi technique.
Quand et où la sonde Chang’e 6 atterrira-t-elle sur la Lune?
Avant aujourd’hui, l’Administration spatiale nationale chinoise avait mené à deux moments distincts une mission pour atterrir sur le côté caché de la Lune avec une sonde non habitée et une pour prélever des échantillons de la face visible. La difficulté à laquelle Chang’e 6 devra faire face est précisément d’unir les deux actions : atterrir sur la face non visible, prélever les échantillons et revenir. Le plus grand défi est celui des communications, qui ne sont possibles que si la sonde se trouve sur la face de la Lune que nous voyons chaque soir. Pour pallier ce problème, Queqiao-2, un satellite a été lancé en mars. Il orbitera autour de la Lune pour permettre la communication par le biais de signaux radio entre la sonde Chang’e 6 et la salle de contrôle sur Terre.
Le lancement a eu lieu vers midi en Italie (soit 18h en Chine) depuis le site de lancement spatial de Wenchang sur l’île de Hainan. L’atterrissage se produira après 57 jours de voyage, une fois que la sonde sera entrée en orbite lunaire et avec l’inclinaison adéquate. Les « pieds » de Chang’e 6 (qui porte le nom d’une divinité chinoise ayant volé vers la Lune) se poseront sur la surface d’Apollo, un cratère d’un diamètre de 537 kilomètres situé près du pôle sud lunaire. À la fin de son activité d’extraction, Chang’e 6 devrait ramener environ deux kilogrammes d’échantillons de sol pour analyser la structure, les propriétés physiques et la composition du sol lunaire.
La compétition spatiale
Si Chang’e 6 parvient à ramener sur Terre les échantillons de sol, alors l’agence spatiale chinoise pourra se targuer d’un succès que les autres n’ont pas réussi à obtenir. Avant le lancement chinois, en effet, les Américains et les Russes avaient réussi à prélever et à étudier le sol lunaire, mais uniquement du côté visible. Les États-Unis sont particulièrement préoccupés par cette situation. En effet, la NASA a dû une fois de plus retarder la deuxième mission Artemis, qui devait amener un équipage sur la Lune. Au départ, l’atterrissage était prévu pour une période comprise entre 2019 et 2021. Cette date a ensuite été reportée une première fois à 2023, puis à septembre 2025, mais il n’est pas exclu qu’elle puisse être encore repoussée. Une série de retards qui, combinée au succès du lancement de Chang’e 6, pourrait ternir les aspirations spatiales américaines.
Il n’y a pas seulement de la compétition dans l’espace. La China National Space Administration a permis l’utilisation du satellite de communication lunaire Queqiao aux autres pays qui s’approcheront de l’orbite lunaire. De plus, en ce qui concerne la station de recherche que la Chine prévoit de construire précisément au pôle sud de la Lune, une collaboration avec l’agence spatiale russe est déjà prévue. Le même vol de Chang’e 6 transporte plusieurs drapeaux : à bord ont été chargés des équipements provenant du monde entier, y compris d’Italie. Outre du matériel français, suédois et pakistanais, la sonde chinoise est équipée de matériel italien : il s’agit de l’Instrument for landing-Roving laser Retroreflector Investigations, un rétro-réflecteur laser produit par l’Institut National de Physique Nucléaire (INFN) qui aidera Chang’e 6 à mesurer la distance jusqu’à la Lune.
